Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Sous vos yeux ébahis… un pays qui se délabre

Par Marouen Achouri

Les quantités record de pluies qui sont tombées en à peine 48 heures ont révélé, encore une fois, la vétusté de l’infrastructure tunisienne dans les régions censées être les mieux « équipées ». Les flots ont également révélé un monceau d’incompétence et d’impréparation immense de la part de nos gouvernants. J’exclus de cela ceux qui étaient en première ligne durant les intempéries : Protection civile, police, Garde nationale, Armée, Steg, Sonede, Onas, en plus des personnels de l’Équipement, de l’Agriculture et d’autres départements.

Les intempéries, autant que leur intensité, étaient parfaitement prévisibles, mais l’État était occupé à poursuivre des fantômes. Au plus fort des précipitations, le président de la République recevait sa cheffe du gouvernement pour se plaindre du fait qu’il soit obligé d’intervenir à tous les niveaux, vu que les responsables ne font pas correctement leur travail.

Pendant toute la durée des inondations, la présidence du gouvernement a publié un seul communiqué, relatif à la liste des gouvernorats concernés par la suspension des cours. Évidemment, aucun responsable ne s’est adressé directement au peuple dans un discours officiel pour consoler les victimes et rassurer la population, pour évoquer les efforts déployés et soutenir les équipes sur le terrain.

Le chef de l’État a choisi de faire une tournée nocturne pour constater les dégâts, comme pour dire à la population qu’il n’y a pas de solutions, mais que l’État est présent. Même les décisions de suspension des cours ont pris du temps pour être prises, laissant les parents dans l’expectative jusqu’au bout de la nuit. Des centaines de parents n’ont pas pu aller travailler à cause de ces intempéries sans que personne ne daigne leur dire qu’ils ne seront pas pénalisés. Même les fonctionnaires se demandent si leurs jours d’absence seront comptabilisés ou pas. Personne n’est venu répondre à ces questions, parfois futiles certes, mais qui existent quand même. Pas un mot n’a été adressé à ceux dont les maisons ont été dévastées par les eaux, à ceux qui ont perdu leurs commerces ou leurs investissements à cause des inondations.

Des intempéries prévisibles, un État absent

Mais le délabrement n’est pas seulement matériel ni relatif à un phénomène climatique comme des pluies intenses. L’incompétence et le manque d’anticipation concernent des domaines aussi vitaux que les médicaments, par exemple. Des gens souffrent, dans leur chair, de douleurs insupportables, parce que l’approvisionnement en médicaments essentiels est devenu incertain. On parle de caisses sociales et de problèmes à résoudre.

Le président de la République a même demandé à son ministre des Affaires sociales de trouver des solutions révolutionnaires pour le problème structurel des caisses sociales, mais rien n’a été fait depuis. Même pas la nomination de PDG, car il faut savoir qu’aucune des trois caisses sociales n’a de PDG à sa tête. Le dernier PDG de la Caisse nationale d’assurance maladie n’est autre que… Kamel Maddouri.

Les prélèvements faits sur les salaires ne couvrent pas les retraites et le financement du système de santé. Le choix a été fait, durant le gouvernement de Youssef Chahed, de privilégier les retraites aux dépens de la Cnam. Ce choix a-t-il été révisé ? Y a-t-il eu des réformes pour intégrer le circuit parallèle au moins dans l’équation sociale ? Rien de tout cela.

La Loi de finances 2026 a prévu plus de prélèvements pour tenter de mieux financer les caisses sociales. Les experts sont pratiquement unanimes pour dire que cela ne suffira pas. Voilà tout ce dont nos gouvernants sont capables. En attendant, le système de santé se délabre jour après jour entre manque d’équipements, manque de médicaments et non-remboursement des pharmaciens.

Lors de sa rencontre avec les intervenants du secteur, Kaïs Saïed a « donné des instructions claires pour accélérer la mise en œuvre des solutions attendues par les citoyens, notamment en matière de couverture sociale, de constitution d’un stock stratégique de médicaments et d’amélioration des services de santé dans toutes les régions du pays ». Aucune décision opérationnelle, aucune dimension pratique. Le président a juste promis aux pharmaciens de faire en sorte qu’ils soient payés ; ils ont donc repris le fonctionnement du tiers payant. Pour combien de temps ? Personne ne le sait, et surtout pas l’État.

Caisses sociales, médicaments : la faillite silencieuse

Dans quel autre pays que la Tunisie une récolte exceptionnelle d’olives, et donc d’huile d’olive, peut devenir une malédiction pour l’agriculteur à l’origine de ladite récolte ? Les ministères du Commerce et de l’Agriculture ont fixé un prix de référence pour le kilo d’olives, un prix resté théorique, applicable uniquement dans les couloirs des ministères. Entre-temps, les agriculteurs se démènent avec les difficultés relatives à l’écoulement de leur production, exceptionnelle en termes de quantité et de qualité.

Le prix fixé par le ministère du Commerce pour les bananes ressemble plus à une blague qu’à une réalité. Pour rappel, le ministère avait fixé le prix du kilo de bananes à sept dinars. Ladite marchandise est vendue à près de vingt dinars le kilo, presque trois fois le prix fixé par les autorités.

Quand même l’abondance devient une malédiction

Évidemment, le constat peut être dressé par n’importe qui ayant un minimum d’objectivité. Il viendra alimenter les rumeurs interminables sur un possible remaniement, histoire de maintenir le rythme d’un chef du gouvernement par an. Un gouvernement composé du pur produit de l’administration auquel le président demandera des décisions révolutionnaires et des réformes inédites, et il viendra ensuite constater l’échec et être le premier à dire que les « services publics ne fonctionnent pas correctement ».

Le pays reste enfermé dans cette quadrature du cercle pendant que le pays se délabre jour après jour.

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

14 commentaires

  1. HatemC

    22 janvier 2026 | 16h37

    La tunisie c’est kandahar en pire

  2. HatemC

    22 janvier 2026 | 16h19

    « normalisation du chaos »
    Quand un citoyen essaie de changer les choses (nettoyer sa rue, réclamer des services, alerter les autorités) et que, systématiquement, rien ne change ou que les institutions ne répondent pas, il finit par cesser d’essayer.

    Un peuple peut s’habituer à vivre dans le chaos, le Tunisien s’est habitué … voir les photos que les médias diffusent pour illustrer leur articles, et ça ne les choquent pas
    ce n’est pas une tare culturelle, c’est un phénomène humain universel, pour le tunisien c’est pareil ailleurs … pourtant certains voyagent et voient que ce n’est pas pareil du tout … mais une fois en tunisie ils s’en accomodent rapidement

    Quand le désordre dure …
    10 ans
    20 ans
    une génération entière
    Il cesse d’être perçu comme une anomalie.
    Il devient le décor de base de la vie.

    Un enfant, ne connaît pas “avant” … Il internalise ce qu’il voit comme la norme, le chaos devient familier, l’ordre paraît artificiel, la règle paraît suspecte …

    Un trottoir cassé n’indigne plus.
    Un oued-décharge ne choque plus.
    Une façade délabrée devient “normale”.
    C’est ce que les sociologues appellent l’adaptation à la dégradation …. même les médias se sont habitués à ce désordre, le chaos visuel, ils vivent dans ce décor désordonné … et le montre en illustrant leurs articles, certaines photos sont choquantes et dégradantes mais normales pour le tunisien de l’intérieur …

    CE QUI CHOQUE UN ETRANGER OU UN TUNISIEN VIVANT A L’ETRANGER DEVIENT INVISIBLE POUR CELUI QUI LE VOIT TOUS LES JOURS. …

  3. Vladimir Guez

    22 janvier 2026 | 14h54

    Quand je pense que le Maroc s’est remis d’un tremblement de terre dévastateur il y a quelques mois et a quand même fournis des infrastructures et une organisation de classe mondiale ppur une CAN .
    Et que ce pays de clochards mettra dix ans a se relever de quelques jours de pluie.

  4. Rationnel

    22 janvier 2026 | 13h10

    Les citoyens ne peuvent plus rester de simples spectateurs qui ne font que dénoncer l’incurie de l’État. Chacun porte une part de responsabilité et doit l’assumer : arrêter de jeter les déchets dans les rues et les oueds, organiser des actions de nettoyage de quartiers, demander des comptes de manière structurée et participer à la réflexion sur l’aménagement de nos villes. Ce pays ne se reconstruira pas uniquement par des décrets pris d’en haut ; il a besoin de citoyens qui prennent une place active dans la gestion de leurs espaces, dans la solidarité avec les victimes, et dans la construction quotidienne de villes plus propres, plus résilientes et plus justes.
    On doit sortir de ce cerle vicieux ou citoyens et bureacrates se renvoient les torts, les réformes tardent, et pendant ce temps les citoyens subissent: maisons inondées, écoles fermées, olive et huile qui deviennent une malédiction, médicaments introuvables, prix officiels déconnectés de la réalité.

    Des solutions simples existent mais on prefere la complexite comme le note l’ouvrage de Mourad Tissaoui « De la complexité tunisienne au leadership africain ». Prenons l’exemple de la eFatoura (e-invoicing). Le décret de 2016 autorise explicitement la signature simple (OTP par SMS/email), mais la communication officielle a créé l’impression que le certificat USB est obligatoire. Des solutions gratuites ou à faible coût basées sur l’OTP sont techniquement réalisables et juridiquement conformes. Ce qu’il manque : une circulaire ministérielle confirmant que l’OTP suffit pour les TPE et freelances, et un portail gratuit officiel. Le problème n’est pas la loi, c’est son interprétation restrictive et la quete de la complexité.

    • zaghouan2040

      22 janvier 2026 | 14h20

      D’accord en ce qui concerne l’approche ; elle est pertinente, en théorie. Votre raisonnement présuppose l’existence d’un Etat de Droit, ce qui évidement n’est pas le cas

      En pratique nous avons affaire à une dictature policière régissant par l’intimidation et l’arbitraire des structures publiques nécrosées et corrompues.
      Quant à la population, il s’agit de sujets aliénés tétanisés par la peur plutôt que de citoyens responsables. La société civile est particulièrement affaiblie

      Encore une fois, même si cela n’est pas apparent, ne sous estimons pas le degré de putréfaction des institutions publiques tunisiennes et leur niveau de criminalisation sous l’effet de la toute puissance de l’économie informelle qui est désormais un véritable état dans l’etat

  5. HatemC

    22 janvier 2026 | 12h03

    Le savez vous ?
    Environ 45 % des constructions en Tunisie sont considérées comme anarchiques (bâties sans permis ou en dehors des zones aménagées).
    Environ 30 000 nouveaux logements informels apparaissent chaque année faute d’un stock foncier abordable pour les classes moyennes et populaires.

    En 2008, on estimait déjà qu’un plan anti-inondation global coûterait plus de 600 millions de dinars.
    Avec l’inflation et l’extension urbaine de 2026, ce chiffre se compte désormais en milliards de dinars.

    Fixer les populations dans les régions intérieures ne doit plus être présenté comme :
    – une réparation symbolique
    – une politique sociale douce
    – mais comme une nécessité de sécurité nationale.

    Fixer les populations dans les régions intérieures ( arrêt de l’exode rural vers les villes ) n’est plus seulement une question de « justice sociale », c’est une nécessité de sécurité nationale pour stopper la saturation ingérable des zones côtières.
    Il est urgemment nécessaire de connecter les zones intérieures par des infrastructures lourdes (autoroutes transversales, amélioration du rail) pour attirer l’industrie là où les gens vivent.
    Améliorer les conditions de vie dan toutes les régions du pays …
    Mettre l’accent sur une agriculture moderne (agriculture intelligente) et l’économie du savoir dans les régions, avec des incitations pour les jeunes entrepreneurs locaux.

    Le concept de « Ville Éponge » commence à être discuté par les experts tunisiens pour 2026, ce qui prouve que ce pays n’est pas démuni de compétences mais malheureusement ignorés ou mal utilisés …
    Plutôt que de simplement rejeter l’eau (ce que nos vieux tuyaux ne savent plus faire), il s’agit de transformer les quartiers en zones capables d’absorber l’eau via des parcs inondables et des revêtements poreux, il faut VEGETALISER CE PAYS …
    REDONNER UN SENS A CE QUE DISAIT NOS ANCETRES … » TOUNES EL KHADHRA …HC

  6. Mhammed Ben Hassine

    22 janvier 2026 | 10h48

    C’est vrai que cette tempête a fait des ravage en tunisie mais elle n’est pas la seulle sinistré voyons la France,la Sicile et la Grèce même avec leurs infrastructures beaucoup mieux que ma nôtre

  7. Mhammed Ben Hassine

    22 janvier 2026 | 10h22

    [la vétusté de l’infrastructure tunisienne]
    OK mais un grand mais
    Si marwen permettez mois de rectifier le tir
    Vous oubliez un paramètre de taille le taux d’absorption des pluies avoisine le « 0 »
    No.s ville s’étalent créant des espaces de béton d’asphalte
    L’eau ou va t il autre fois la terre labsorbe maintenant il ruisselle se regroupe et forme des cours d’eau intense et dévastateur en plus la l’intensité et la nature des pluies et le temps de précipitations favorisent ce phénomène
    Pour y remédier c’est un chantier titanesque

  8. zaghouan2040

    22 janvier 2026 | 9h23

    Il ne s’agit pas d’un processus de délabrement. Il s’agit d’un processus d’effondrement du pays en général et de ses institutions et services essentiels en particulier.
    Ce processus s’inscrit à long terme ;il est itératif donc peu spectaculaire.
    Des signaux faibles -qui se multiplient et se consolident- tendent à confirmer l’initialisation de cet effondrement global, qui sera difficilement réversible : il suffit d’étudier les cas de pays tels que le Pakistan les Philippines l’Équateur la Bolivie la Jamaïque le Burkina le Mali etc
    Ces signaux qui tendent à s’amplifier sont les suivants :
    l’incroyable prégnance du circuit informel et de la mafia qui constitue désormais un etat dans l’état avec ses propres regulations sa propre logistique ses propres methodes de planification etc ; il implique directement ou indirectement des centaines de milliers d’acteurs des structures entières d’organismes et institions publics et même un nombre croissant d’organismes bancaires et financiers à travers le blanchiment d’argent: le phénomène est profondément enraciné dans le pays, à tel point qu’il en devient un rouage essentiel : c’est le signe le plus tangible de l’effondrement qui s’annonce
    L’effondrement silencieux du système de santé publique : il est à un stade plus avancé qu’on ne le perçoit en général
    Le taux de faillite des PMEs, soigneusement occulté
    L’effondrement de l’investissement à haute valeur technologique, ainsi que des capacités d’innovation du pays
    Et bien sur, le délabrement continu et generalisé des infrastructures urbaines de transport routier , d’assainissement etc

  9. Fares

    21 janvier 2026 | 20h09

    Aboutissement de cette ballade nocturne en costume armani et mocassins? Est-ce que des fonds ont été débloqués pour aider les sinistrés ou bien c’était du populisme ? On l’a pas vu à Gabès le mec?

  10. ZARZOUMIA

    21 janvier 2026 | 18h48

    zid fittini balla , ALA RAMCHIT IL AIN , juste un malheur se produit et on essaye de l’exploiter par combattre l’ennemi , du PIPI DE CHAT et d’une imbécillité de débutants .

  11. zaghouan2040

    21 janvier 2026 | 17h35

    Les intempéries, autant que leur intensité, étaient parfaitement prévisibles, mais l’État était occupé à poursuivre des fantômes.

  12. le financier

    21 janvier 2026 | 17h16

    Le pb c est lui . La Tunisie possede des genie en finance en economie , en ingenieurie certains sont dans la Nasa , d autres reconnu mondialement , mais le selectionneur decide se suivre la voie du communisme et de selectionner les moins competent mais les plus fidele .
    Voila ou on en est et ca ne changera pas tant qu il ne change pas de politique ou qu il s en aille définitivement.
    Merci de nous avoir débarrassé d ennahda mais au lieu d etre parti sur un succès il va finir par partir avec un echec et la haine du peuple . Tantpis pour tout le monde .
    Mais ca va je viens de voir qu il a le soutient du roi sioniste de jordanie , avec Sissi , on se doute bien que les US et l italie se contente assez bien de cet employé

  13. Hannibal

    21 janvier 2026 | 16h58

    Le seul remaniement qu’il faut c’est celui des mentalités.
    Cela sert à quoi de remplacer des incompétents par des incompétents, de demander au gouvernement de faire ceci et cela alors qu’il vit dans la trouille perpétuelle.
    Il faut commencer par virer le patron qui se comporte comme un commentateur attablé dans un café sur une route nationale.