Pendant plus d’une décennie, une compagnie aérienne privée a été approvisionnée en carburant par une entreprise publique sans payer ses factures. Une ardoise de près de vingt millions de dinars, des pressions politiques avérées, des conflits d’intérêts flagrants, des plaintes tardives, des arrestations en cascade… et, aujourd’hui encore, une entreprise publique murée dans le silence. L’affaire Agil–Syphax n’est pas un simple dossier judiciaire : c’est le révélateur d’un système.
L’histoire commence comme beaucoup d’autres en Tunisie : par une complaisance administrative qui, à force de silence et d’arrangements, finit par devenir un scandale national.
Pendant des années, la compagnie aérienne privée Syphax Airlines a été approvisionnée en kérosène par la Société nationale de distribution des pétroles, plus connue sous son nom commercial Agil, sans honorer ses paiements. La dette accumulée atteindra 17 millions de dinars. Avec les intérêts de retard, elle frôle aujourd’hui les 19,7 millions. Un gouffre financier pour une entreprise publique, payé in fine par le contribuable.
Ce n’est pas une approximation. Dès 2015, Agil reconnaissait elle-même l’ampleur de la créance. « On a tout fait pour que Syphax Airlines paye ses dettes qui remontent à 2013, mais la compagnie fait la sourde oreille, se limitant à rembourser seulement un million de dinars parmi les 18 millions dont elle est redevable », déclarait alors Habib Mlawah, directeur central de l’exploitation et de la commercialisation des produits pétroliers, à nos confrères d’African Manager.
La question centrale n’a jamais été celle du non-paiement. Elle est celle-ci : comment une entreprise publique stratégique a-t-elle pu continuer à livrer du carburant à une compagnie privée défaillante, sans garanties, sans règlement, et sans réaction institutionnelle pendant des années ?
Les années de complaisance
Pour comprendre comment Agil en est arrivée là, il faut remonter au cœur du problème, entre 2013 et 2014, période durant laquelle la créance Syphax a véritablement explosé.
À cette époque, Agil est dirigée par Moncef Matoussi, PDG de 2013 à 2017. Un profil que nul ne peut raisonnablement qualifier d’incompétent : 24 années de carrière à l’Entreprise tunisienne des activités pétrolières (Etap), une expertise reconnue à l’international, un technicien respecté dans son domaine. Après son passage à Agil, il revient à la tête de l’Etap en 2017, puis prend la direction de Sergaz en 2020, poste qu’il occupe jusqu’en septembre 2023, date à laquelle il est rattrapé par le dossier Agil et incarcéré dans la foulée.
Et pourtant, en dépit de son expertise, c’est sous sa direction à Agil, que la créance Syphax continue de s’alourdir, mois après mois.
Pourquoi ? Parce que la question n’était pas technique. Elle était politique.
À l’époque, le ministère de tutelle est dirigé par Abdelkarim Harouni, ministre du Transport entre décembre 2011 et janvier 2014, figure majeure du pouvoir islamiste de l’époque et membre influent du conseil de la choura d’Ennahdha. Selon plusieurs éléments concordants, c’est bien à ce niveau que la pression s’exerce : Agil est sommée de continuer à fournir Syphax en kérosène, malgré l’absence de paiement. La logique économique cède devant la logique politique.
Le résultat est mécanique : l’ardoise explose.
Quand le conflit d’intérêts devient structurel
Mais l’affaire ne se limite pas à un jeu d’influence entre le ministre Harouni et le PDG Matoussi. Elle révèle un enchevêtrement beaucoup plus profond entre sphère publique et intérêts privés.
Salem Miladi est nommé ministre du Transport entre juillet et décembre 2011. C’est sous son autorité que Syphax obtient sa licence d’exploitation. Quelques mois plus tard, en janvier 2012, le même Salem Miladi est nommé directeur général de… Syphax Airlines.
Le ministre qui délivre une licence devient le dirigeant de l’entreprise bénéficiaire de cette licence.
À l’époque, Business News fut l’un des rares médias à dénoncer publiquement ce conflit d’intérêts. L’alerte était claire. Les faits étaient documentés. La réaction fut inexistante.
Pire encore : au lieu d’une remise en question, Agil et son environnement institutionnel ont opposé une omerta totale. Business News a même été privé d’encarts publicitaires de la part d’Agil après avoir persisté à s’intéresser de trop près au dossier Syphax. Le message était limpide : certaines questions ne devaient pas être posées et rendues publiques.
Frikha, l’homme qui traverse tous les pouvoirs
Au centre du dispositif se trouve Mohamed Frikha, fondateur et propriétaire de Syphax Airlines. Ancien député élu sur les listes d’Ennahdha, homme d’affaires habile, figure à l’aise dans tous les cercles du pouvoir.
Son parcours politique et relationnel est révélateur. Proche de l’ancien président Moncef Marzouki — qui ne voyageait qu’à bord de Syphax — puis très intégré dans l’écosystème islamiste, Frikha a su maintenir ses connexions bien après la chute de ce courant. Sous le pouvoir actuel, il reçoit même Kaïs Saïed au siège de sa société Telnet à l’occasion d’un événement autour du lancement d’un satellite tunisien.
Car pendant que Syphax s’effondrait sous le poids de ses dettes, l’autre entreprise de Frikha, Telnet, poursuivait tranquillement sa trajectoire. Société cotée en bourse, affichant une santé financière solide, respectée dans son secteur.
Deux trajectoires parallèles. Deux réalités économiques. Une même figure au centre. Et une constante : une proximité continue avec le pouvoir, quel qu’il soit.
Une plainte… quand la protection s’effondre
Ce n’est qu’en 2015 qu’Agil dépose plainte contre Syphax pour recouvrer ses créances. Un détail mérite d’être noté : cette plainte intervient après la sortie des islamistes du pouvoir. Autrement dit, lorsque le protecteur politique disparaît, la procédure judiciaire devient enfin possible.
Le paradoxe est cruel : au moment où la plainte est déposée, Syphax est déjà exsangue. La compagnie est pratiquement en cessation de paiement. Sa faillite officielle sera prononcée par la justice en décembre 2023. Trop tard pour espérer récupérer quoi que ce soit.
C’est ici que l’affaire bascule dans l’absurde.
Moncef Matoussi, celui-là même qui a déposé plainte contre Syphax, qui a tenté — tardivement certes — de protéger l’entreprise publique, se retrouve aujourd’hui en prison depuis plus de deux ans. Un expert international reconnu, un haut fonctionnaire de carrière, enfermé aux côtés de ceux dont les responsabilités politiques et structurelles semblent pourtant autrement plus lourdes.
Les arrestations en chaîne
Avec l’arrivée de Kaïs Saïed et la mise en scène d’une « guerre contre la corruption », le dossier Agil–Syphax est enfin rouvert judiciairement.
Septembre 2023 : arrestation de Mohamed Frikha, d’Abdelkarim Harouni, de Habib Mlawah et de Moncef Matoussi.
Décembre 2024 : arrestation de Salem Miladi.
Le procès s’ouvre devant la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis en novembre dernier. Il est reporté à décembre, puis à janvier. Lundi dernier, les cinq personnes détenues comparaissent et déposent une demande de liberté. Elle est rejetée. Le procès est de nouveau reporté, cette fois au 2 février 2025.
Le dossier judiciaire avance. Lentement. Péniblement. Dans un contexte où chaque report alimente davantage les interrogations.
Et aujourd’hui ? Le silence
Reste une question essentielle, presque absente du débat public : qu’en est-il d’Agil aujourd’hui ?
L’entreprise publique, pourtant échaudée par ce scandale, ne communique pratiquement rien sur l’affaire, encore moins sa situation financière actuelle. Aucun état clair de ses créances. Aucune transparence sur ses dettes. Aucun éclairage sur ses relations avec ses grands clients, publics comme privés.
On ignore combien d’entreprises doivent aujourd’hui de l’argent à Agil. On ignore si des pratiques similaires à celles observées avec Syphax existent encore. On ignore si des pressions politiques persistent. On ignore si des mécanismes de protection ont été mis en place.
Ce mutisme est d’autant plus inquiétant qu’il intervient après un scandale majeur, après des arrestations, après un choc institutionnel.
La direction précédente avait au moins fini par reconnaître publiquement l’ampleur des dettes de Syphax. Cette transparence tardive avait permis de documenter le scandale et, peut-être, de limiter les dégâts.
Aujourd’hui, cette transparence a disparu.
Un système plus qu’un dossier
L’affaire Agil–Syphax dépasse largement le cadre d’un contentieux commercial. Elle raconte autre chose : un mode de gouvernance. Un système où les entreprises publiques deviennent des variables d’ajustement politique.
À ce stade, les faits sont établis : une entreprise publique a continué à livrer du carburant à une compagnie privée lourdement endettée, sous pression politique ; un conflit d’intérêts manifeste a été ignoré ; une alerte médiatique a été étouffée ; une plainte a été déposée trop tard ; et de l’argent public a été perdu.
Ce n’est pas une accumulation d’erreurs isolées. C’est une mécanique.
Dans ce dossier, chaque rouage apparaît clairement : le ministre qui intervient, le haut responsable qui exécute, le dirigeant privé qui bénéficie, l’administration qui se tait, l’entreprise publique qui encaisse le choc, et le contribuable qui paie la facture. Pris séparément, ces éléments pourraient sembler anecdotiques. Mis bout à bout, ils dessinent un fonctionnement.
Le plus troublant est que ce fonctionnement n’a jamais été publiquement reconnu ni corrigé par Agil. Aucun audit rendu public sur la gouvernance d’Agil. Aucun bilan officiel sur les pratiques internes qui ont permis un tel dérapage. Aucun engagement clair sur de nouvelles règles destinées à éviter que cela ne se reproduise.
Aujourd’hui, le dossier est entre les mains de la justice. Mais la vraie question dépasse le sort judiciaire des personnes poursuivies.
Elle est simple : Agil a-t-elle changé ?
Rien ne permet de le dire. L’entreprise reste fermée sur ses chiffres. Elle ne publie pas l’état de ses créances. Elle ne communique pas sur ses engagements financiers. Elle ne répond pas aux interrogations légitimes sur ses relations avec ses grands clients, publics comme privés.
Le silence qui a permis le scandale d’hier est toujours là.
Et tant que ce silence persiste, tant que la transparence n’est pas devenue une obligation assumée, tant que la communication reste subie et non choisie, le risque demeure. Pas forcément avec les mêmes acteurs. Mais avec la même logique.
Maya Bouallégui











6 commentaires
jamel.tazarki
A) @Madame Maya Bouallégui, je vous cite:
– « Pendant plus d’une décennie, une compagnie aérienne privée a été approvisionnée en carburant par une entreprise publique sans payer ses factures. Une ardoise de près de vingt millions de dinars, »
–>
Réponse :
– Tant que la justice n’est pas indépendante, tant que les procès se tiennent à huis clos et que les avocats n’ont pas accès aux détenus, je ne crois rien de ce qu’on me dit. Il est en effet toujours possible de fabriquer de fausses factures pour alourdir la situation du présumé coupable.
– Je vois mal comment les deux avions de Syphax auraient pu consommer autant de kérosène pour 20 millions de dinars, alors qu’ils restaient cloués au sol 95 % du temps et étaient souvent hors service. Il faudrait également tenir compte du fait que le prix du kérosène était deux fois moins élevé qu’aujourd’hui.
– Il faudrait également se demander si des factures ont été « fabriquées » au nom de Syphax pour justifier la disparition sans traces de millions de dinars dans d’autres affaires de corruption n’ayant rien à voir avec cette société.
– etc., etc., etc.
–>
L’origine du mal est évidente, Madame Maya Bouallégui. Je m’explique:
L’inhibition de la liberté d’expression et des médias, de la liberté de réunion politique et syndicale, sans un Conseil supérieur de la magistrature (CSM) élu et non nommé par le président de la République, sans une Cour constitutionnelle et sans des partis politiques actifs, rend la lutte contre la corruption quasi impossible en étouffant la transparence et la responsabilité. Qui oserait, dans ces conditions, dénoncer la corruption ? Cette situation s’est aggravée après le putsch. –> Et comme d’habitude, le linge sale ne sera étalé qu’après le départ du dictateur en place.
–>
Une presse libre et une opposition politique et syndicale sont des contre-pouvoirs essentiels, car leur absence permet de dissimuler les abus, d’assurer l’impunité des acteurs publics et de freiner la détection des infractions, ce qui affaiblit les structures de gouvernance, diminue la croissance économique et les investissements.
–>
– Protection des droits : L’étouffement du débat public empêche la protection des droits des Tunisiens, notamment pour les groupes vulnérables, et favorise l’impunité.
– Alternative démocratique : La bonne gouvernance repose sur la transparence, le journalisme d’investigation et une opposition politique active pour surveiller l’abus de pouvoir et garantir l’intégrité.
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– La protection des droits : l’étouffement du débat public empêche de protéger les droits des Tunisiens, notamment ceux des groupes vulnérables, et favorise l’impunité.
–>
– Alternative démocratique : la bonne gouvernance repose sur la transparence, le journalisme d’investigation et une opposition politique active permettant de surveiller les abus de pouvoir et de garantir l’intégrité.
Fazit: L’inhibition (Limitation) de la liberté d’expression et des mass-médias, de réunion politique et syndicale, sans un CSM élu et non nommé par le président de la République, sans une Cour constitutionnelle et sans des partis politiques actifs rend la lutte contre la corruption quasi impossible. Qui oserait dans ces conditions dénoncer la corruption ? Cette situation s’est aggravée après le putsch. Comme d’habitude, le linge sale ne sera étalé qu’après le départ du dictateur en place.
B) À celles et ceux que cela pourrait intéresser, je tiens à préciser que l’abstraction est indispensable pour gérer la Tunisie sur les plans socio-économique, juridique, culturel, politique, etc. Je m’explique :
L’abstraction consiste à modéliser des concepts généraux en masquant la complexité des détails particuliers afin d’établir des règles générales, voire universelles, et d’éviter ainsi les raisonnements fondés sur des cas isolés. On part de principes généraux pour aboutir à des conclusions spécifiques, ce qui permet d’obtenir une structure logique plus robuste que des exemples tirés de cas particuliers.
–>
En effet, l’emprisonnement abusif de nos soi-disant corrompus ne résout pas le problème de la corruption, en l’absence de liberté d’expression, de liberté de la presse, de liberté de réunion politique et syndicale, d’un CSM élu et non nommé par le président de la République, d’une Cour constitutionnelle et de partis politiques actifs. Qui oserait sinon dénoncer la corruption ?
–>
Modélisation et règle générale : l’abstraction permet de définir un modèle ou une structure qui s’applique à de multiples instances réelles. L’approche consiste à partir de prémisses (règles, théories, axiomes) pour aboutir à des conclusions valides sur des cas concrets. Elle permet d’éviter les généralisations erronées basées sur des cas particuliers et de réutiliser des concepts.
Bonne journée
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
Lucky Luke
Si possible, apporter les modifications suivantes au commentaire initial:
*) [le tout bien camouflé sous l’égide de la mère de tout les maux: la crainte des répercussions..] par [le tout bien camouflé sous l’égide de la mère de tout les maux: la crainte des répercussions, nous n’avancerons pas d’un iota.]
*) [Les mots finaux de ce dialogue de sourds avec mon oncle étaient] par [Les mots finaux de mon oncle pendant ce dialogue de sourds étaient]
*) [Si vous y tenez beaucoup, à cet intérêt, pourquoi choisir le public ?] par [Si vous y tenez tellement, à cet intérêt, pourquoi avoir choisi le public ?]
Merci.
Amicalement,
L.L.
Lucky Luke
Le fonctionnement de ces entreprises et autres « entités » dites publiques n’a jamais été un secret dans la Joumhouriya.
À l’image de notre pouvoir exécutif qui s’amuse à jouer en même temps les rôles du pouvoir législatif et même judiciaire, nous assistons chez nos véreux décideurs, formés au sein de nos prestigieuses médrasas d’eunuques, ces temples autoproclamés de la haute sphère de l’administration publique tunisienne, là où les principes et les valeurs (de voleurs) inculqués à outrance, à savoir entre autres le favoritisme, l’arrivisme et le léchage de *** substituent les vraies valeurs et le rôle premier d’un haut fonctionnaire, à savoir servir l’intérêt suprême de l’état et de l’entreprise publique qu’il dirige ; un état qui par ailleurs ne se résume pas en la personne ou l’intérêt d’un supérieur ou d’un parti politique.
L’autre jour je discutais avec un oncle, lui même faisant partie de cette catégorie de « serviteurs » sus mentionnée, d’enarques pour être plus précis, et dont la seule préoccupation est de remplir leur carnet d’adresses, réseaux et cercles d’influence obligent, bref, on échangeait des propos concernant une énième nomination d’un nième directeur à la tête d’une grande petite banque (publique). Il m’a dit à un certain moment, mon grand ceci est une décision politique..
Nous y sommes, ainsi procède-t-on dans les républiques bananières. Tant que les nominations se font, aujourd’hui encore, sous la bannière de Dieu sait quelle désignation donner à ce fléau, l’appartenance, la loyauté, l’obédience, ou tout simplement la lâcheté et tant que « la fin justifie les moyens » secondée par la non moins fameuse devise « pecunia non olet », le tout bien camouflé sous l’égide de la mère de tout les maux: la crainte des répercussions..
Les mots finaux de ce dialogue de sourds avec mon oncle étaient: ici la vie est dure, c’est « dhra3ek ya 3allef, w akhta rassi w adhrab » !
Chères mesdames, chers messieurs, c’est ce qu’on apprend à l’ena en Tunisie.
Une chose est sûre, l’Histoire rattrapera tôt ou tard tous ceux et celles qui n’ont pas hésité un instant à piétiner principes et valeurs au nom de je ne sais quoi et qui n’est finalement rien d’autre que leur intérêt personnel. Si vous y tenez beaucoup, à cet intérêt, pourquoi choisir le public ? il fallait choisir une autre voie, celle du privé et non l’étatique, bande de macaques !
Ali Ouled Ameur
Je pense que l’origine des problèmes dans nos entreprises nationales ne provient pas des équipes dirigeantes mais de l’interférence des pouvoirs politiques dans la gestion de ces entreprises.
Bedis Guiga
À l’image des autres entreprises publiques ! Le premier créancier est l’état lui même ! Tunisair, tout les véhicules administratifs, la compagnie de navigation tunisienne et la compagnie des chemins de fers sont clients de AGIL Tunisie….. Qui parmis eux payent ? AGIL est en faillite non déclaré comme toutes les sociétés étatiques, y compris ***……. Y a du boulot !
le financier
une honte cette corruption et pendant ce tps , certains n ont pas de medicaments .
Que l etat saisisse les biens en tunisie et a l etrangers de tous ces voleurs