Le président américain, Donald Trump a officialisé, jeudi 22 janvier 2026 à Davos, le lancement de son « Conseil de la paix », lors d’une cérémonie de signature réunissant une trentaine de dirigeants. Malgré une mise en scène solennelle et un discours aux accents grandiloquents, la nouvelle organisation internationale suscite davantage de réserves que d’enthousiasme. Les grandes puissances brillent par leur absence et plusieurs alliés historiques de Washington préfèrent, pour l’instant, garder leurs distances.
Sur les soixante États invités, seuls trente-cinq auraient accepté de rejoindre le Conseil, parmi lesquels l’Arabie saoudite, la Turquie, la Hongrie ou encore la Biélorussie. La liste officielle des membres n’a pas été rendue publique. La Chine, la Russie et l’Inde n’ont pas répondu favorablement, tandis que les partenaires occidentaux observent un silence prudent.
Des adhésions déjà source de tensions
Les premières acceptations n’ont pas dissipé les crispations. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a donné son accord tout en dénonçant la création d’un sous-comité consacré à Gaza, où doivent siéger des représentants turcs et qataris. L’invitation adressée à Vladimir Poutine a, elle, provoqué l’irritation de plusieurs capitales européennes. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a d’ores et déjà indiqué qu’il refuserait de siéger aux côtés de son homologue russe.
Quant aux alliés traditionnels de Washington, ils temporisent. Paris a décliné, Londres a annoncé ne pas adhérer « pour le moment », Pékin n’a pas donné suite. Moscou entretient le flou, affirmant encore « étudier » la proposition.
La crainte d’un concurrent de l’ONU
Premier motif de réticence : la peur de voir émerger un substitut aux Nations unies. Conçu initialement comme un cadre destiné à traiter le conflit à Gaza, le Conseil a rapidement élargi son champ d’action. Le préambule de la charte évoque la volonté de « promouvoir la stabilité », de « rétablir une gouvernance légitime » et de garantir « une paix durable » dans toutes les régions menacées par des conflits.
Le texte de huit pages critique ouvertement les « institutions qui ont trop souvent échoué » et appelle à s’en « écarter » avec « courage », une allusion transparente à l’ONU. La Norvège et la France ont mis en garde contre un dispositif susceptible d’affaiblir le système multilatéral existant. Aucun autre membre permanent du Conseil de sécurité n’a, à ce stade, accepté l’offre américaine.
Un Conseil sous contrôle présidentiel
Autre sujet d’inquiétude : la place centrale accordée à Donald Trump. Si chaque État dispose officiellement d’une voix, toute décision doit être validée par le président du Conseil, ce qui lui confère un pouvoir de blocage déterminant. Premier président de l’organisation, il contrôle également l’agenda et les invitations, avec la possibilité de révoquer des membres, sauf opposition des deux tiers des participants.
Son mandat, théoriquement sans limite, peut être transmis à un successeur de son choix. Il ne peut être interrompu qu’en cas de démission ou d’incapacité reconnue à l’unanimité par un conseil exécutif qu’il constitue lui-même. Cette architecture institutionnelle alimente la méfiance, d’autant plus après les initiatives spectaculaires du début de l’année, de l’enlèvement de Nicolas Maduro aux menaces d’annexion du Groenland.
Un siège à prix d’or
La dimension financière achève de refroidir plusieurs capitales. La charte prévoit un mandat de trois ans pour chaque État membre, mais cette limite disparaît pour les pays versant plus d’un milliard de dollars dès la première année. Aucune précision n’est donnée sur l’affectation de ces fonds.
Cette clause, longtemps passée sous silence, n’a guère convaincu. Le Canada a fait savoir qu’il ne « paierait pas pour un siège », tout en laissant la porte entrouverte. « Il est important d’être à la table pour influencer le processus de l’intérieur », a néanmoins indiqué un proche du Premier ministre, évoquant des « détails à régler ».
Présenté comme une initiative destinée à réinventer la diplomatie mondiale, le « Conseil de la paix » apparaît, à ce stade, comme un projet fragile, contesté et loin de faire l’unanimité. Un lancement en demi-teinte pour une ambition affichée de refonder l’ordre international.
R.B.H










