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Visites carcérales refusées : la LTDH alerte sur la rupture de la coopération avec le ministère de la Justice

Par Nadya Jennene


La Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) a organisé, vendredi 23 janvier 2026, une conférence de presse pour exprimer ses vives inquiétudes face aux restrictions récemment imposées à ses visites dans les établissements pénitentiaires. Par la voix de son membre, Chedi Trifi, l’organisation a dénoncé une remise en cause unilatérale et injustifiée de la coopération établie depuis des années avec le ministère de la Justice.

Selon M. Trifi, pas moins de 23 demandes de visites de prisons ont été refusées ces dernières semaines. Une situation jugée d’autant plus préoccupante que les explications fournies par les autorités manquent de clarté et reposent, selon lui, sur une interprétation erronée des dispositions juridiques encadrant cette coopération.

Un mémorandum d’entente remis en cause

Il a rappelé que le mémorandum d’entente signé en 2015 entre la LTDH et le ministère de la Justice définissait clairement les modalités des visites. Ce texte prévoit une simple notification préalable aux autorités concernées, sans exiger d’autorisation formelle. Or, selon Chedi Trifi, le ministère de la Justice a récemment introduit des changements substantiels à cette pratique, en imposant une autorisation préalable non prévue par le texte initial.

Dans ce contexte, il s’est interrogé sur les raisons ayant conduit le ministère à mettre fin, de facto, à l’application du mémorandum, sans annonce officielle ni décision écrite explicitant cette rupture. Il a affirmé que, durant les premières années de cette collaboration, les visites se déroulaient dans un climat de confiance, permettant à la Ligue d’élaborer des rapports objectifs et rigoureux sur les conditions de détention.

M. Trifi a ajouté que la LTDH appelle le ministère de la Justice à rouvrir le dialogue, soulignant que l’organisation est disposée à engager des discussions afin de faire évoluer le mémorandum vers un accord plus formel, garantissant à la fois la transparence et le respect des droits humains dans les prisons tunisiennes.

Un enjeu de contrôle démocratique

L’ouverture des prisons à la société civile constitue, a-t-il insisté, une norme internationale reconnue, notamment dans des pays comme le Royaume-Uni. Il a rappelé que la Tunisie s’est engagée dans cette voie à travers ses obligations internationales et ses choix constitutionnels, en particulier dans la Constitution de 2022.

Depuis environ deux mois, et plus précisément depuis la grève de la faim observée par des détenus politiques, des dizaines de demandes de visites formulées selon la procédure habituelle ont été rejetées par l’administration pénitentiaire, qui invoque l’absence d’une autorisation expresse du ministère de la Justice.

Dans plusieurs communiqués, la LTDH a dénoncé ces refus ainsi que les déclarations du ministère de la Justice accusant la Ligue d’avoir outrepassé ses prérogatives, sans toutefois préciser la nature exacte de ces dépassements ni annoncer clairement l’abrogation du mémorandum d’entente.

À ce jour, malgré plusieurs démarches officielles adressées au ministère de la Justice, Chedi Trifi a indiqué que la LTDH n’avait reçu aucune réponse. Il a estimé que cette situation dépasse le cadre d’un simple différend administratif et touche au cœur des mécanismes de contrôle démocratique et de protection des droits humains dans les lieux de privation de liberté.

N.J

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