Par Sofiene Ben Hamida
« Ils ont livré son corps aux chiens ». C’est en ces mots d’une extrême violence que l’ancien président, français François Mitterrand, s’est insurgé contre la campagne diffamatoire et véhémente qui a été menée contre son Premier ministre et ami Pierre Bérégovoy. Ce dernier n’a pas résisté à l’invective et a fini par se donner la mort.
En Tunisie, le pouvoir en place adopte une politique basée sur un discours de haine et de division entre les franges d’une même population. Il alimente une aversion des démunis contre les nantis, des « bons » citoyens contre les mauvais, des patriotes contre les « traitres » et ses soutiens contre ses opposants. Reprenant la citation de l’ancien président français à notre compte, on est tenté de dire que chez nous, c’et le pouvoir qui livre le corps de ses détracteurs aux chiens.
La semaine dernière, des intempéries ont secoué la Tunisie. Elles ont causé plusieurs victimes et beaucoup de dégâts matériels. Des centaines de citoyens, peut-être des milliers, ont vu leurs commerces mis en faillite par la montée des eaux, leurs maisons dévastées et leurs meubles charriés par les flots.
Le beau village de Sidi Bou Saïd, situé dans la banlieue nord de la capitale, fait partie des zones les plus sinistrées et les plus touchées par les dernières pluies torrentielles. En l’espace d’une journée seulement, des trombes d’eau se sont abattues sur la colline de Sidi Bou Saïd. Selon les statistiques de l’Institut de la météorologie, les précipitations y ont atteint 208 millimètres en vingt quatre heures seulement, soit plus que l’ensemble des précipitations sur la Tunisie durant l’année 2024 (207,32 mm). Cette forte tempête, aggravée par une urbanisation incontrôlée depuis des décennies, qui a fragilisé la colline de Sidi Bou Saïd, a causé un désastreux glissement de terrain. Des dizaines d’habitations se sont en partie effondrées et plusieurs autres ont nécessité leur évacuation.
On s’attendait donc à un mouvement de solidarité avec les sinistrés de ce beau village touristique inscrit par l’Unesco comme patrimoine de l’humanité. On s’attendait à ce que des voix s’élèvent, des collectifs se forment pour exiger le déblocage immédiat d’un fond exceptionnel pour la restauration et la sauvegarde du site de Sidi Bou Saïd. Au lieu de cela, on a assisté à une déferlante de discours haineux, qui s’exultent, jubilent, se réjouissent de la peine des habitants de Sidi Bou Saïd, assimilés rapidement et sans discernement, à des nantis, à des bourgeois et à des riches dont la richesse a été mal acquise, sur le dos et les efforts non récompensés, des couches populaires.
On s’attendait aussi à ce que le ministre du Tourisme réagisse à cette catastrophe, que la ministre des Affaires culturelles publie un petit communiqué, rien que pour dire qu’elle est au courant du désastre et que la cheffe du gouvernement se manifeste une fois de son propre chef, sans qu’elle ne soit aiguillonnée par son président. On s’attendait surtout à ce que le président de la République, le seul acteur et décideur politique dans le pays, s’inquiète de cette calamité qui se produisait à quelques mètres, à vol d’oiseau, des fenêtres de son palais. Mais il a préféré tourner le dos à Sidi Bou Saïd pour aller patauger dans la boue des quartiers populaires.
Il y a quelques jours, un tribunal de première instance a condamné deux journalistes tunisiens, Borhen Bsaies et Mourad Zeghidi à trois ans et demi de prison avec confiscation de leurs biens et avoirs, dans une affaire en rapport avec le fisc. Ce verdict de pacotille qui ne résistera pas devant une chambre d’appel et qui a été prononcé uniquement pour maintenir les deux journalistes en détention, a été suffisant pour déclencher une campagne de dénigrement contre eux.
Le plus amusant, c’est que ces hordes de flagorneurs s’exultent de la confiscation des biens et des avoirs des deux supposés escrocs en col blanc qui se sont enrichis en flouant le fisc et volant l’argent de la communauté. En réalité, les « biens et les avoirs » de Borhen Bsaies se limitent à 80 mille dinars, alors que ceux de Mourad Zeghidi ne dépassent pas trois mille euros.
Avouons que pour deux journalistes qui ont occupé le devant de la scène médiatique durant plus de deux décennies, ces sommes sont dérisoires. Elles ne permettent pas pour l’un, d’acquérir une voiture de moyenne gamme, alors que pour l’autre, elle équivaut à peine à un seul salaire d’un cadre moyen en Europe.
En définitive donc, ce verdict absout Borhen et Mourad de toute intention d’enrichissement illicite. Il remet leur affaire dans son cadre initial unique, qui est celui de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. Il témoigne surtout des conditions matérielles lamentables des journalistes tunisiens.











6 commentaires
le financier
Ceux qui rit ne comprennent pas que ce seront eux les prochains .
Le pauvre qui se moque des malheurs du riche quand il subira les meme malheurs il n obtiendra aucune sympathie ou solidarité des riches .
KS a tué la solidarité pourtant prescrite par l islam .
Quand des opposants ou journalistes ou riche s ils sont innocent et vont en prison , suggère que cela sera pire pour les pauvres et non connus
zaghouan2040
Je reviens de la région de Bizerte; les dégâts sont très importants
Mr Ben Hamida a tout à fait raison de souligner l’impact économique ; ce sont semble t-il effectivement des dizaines de milliers de ménages qui sont impactés tous secteurs d’activité confondus, y compris les gens qui ont vu leur demeure inondée
Qui va rembourser ces gens ? Si l’on prend l’exemple des cultures sous serre il y a eu en l’espace d’une nuit des dizaines de milliers de dinars d’investissement perdus
Il parait aussi qu’a la Soukra des centaines de commerces ont été dévastés
Une grande partie de la Soukra est en fait une ancienne zone lagunaire qui jouait le role naturel de drainage des eaux pluviales et de leur écoulement vers la mer : un écosystème essentiel et complexe qui a été bétonné de manière anarchique imbécile et en fin de compte criminel
Pareil pour Soliman
Comme indiqué dans mon commentaire précédent le plateau collinaire de Sidi Bou Said a fait l’objet d’analyses hydrogéologiques des le début du siècle dernier et qui ont abouti à une cartographie des risques de glissement de terrain des 1954 : évidement c’est du travail de Français donc c’est de la merde c’est pourquoi nous arabeux avions totalement oublié leur existence
j’ai déjà déblatéré des dizaines de fois sur ce site sur les conséquences calamiteuses de la clochardisation de ce pays et de la généralisation des mentalités bédouines à tous les niveaux de la société et des institutions
Un campement bédouin ne sera jamais un pays
Hannibal
Dans ce pays, la solidarité ne signifie pas grand chose.
Donc, le dicton qui dit que lorsque la vache tombe, ses couteaux deviennent nombreux, s’applique tout le temps. Espérer qu’on se dise que cela peut m’arriver un jour est complètement vain.
De plus, la véhémence dont certains font preuve envers d’autres est un moyen d’essayer d’oublier leurs échecs.
Concernant les péripéties fiscales qui permettent d’abattre les « vaches », il est évident que si on cherche des poux, on en trouvera toujours, y compris chez le « champion » que certains se plaisent à dire qu’il est « propre ».
Les chiens aboient, la caravane passe.
A4
A lire en diagonale …
LA DIAGONALE DU FOU
Ecrit par A4 – Tunis, le 16 Juillet 2023
Comme sur un banal échiquier
Où pions, tours et reines se côtoient
Il y a de quoi être inquiet
Quand un fou se prend pour le roi
Un fou instable qui s’agite
Qui s’excite à mort, se déchaîne
Ne connaissant pas de limites
Ne nous épargnant aucune peine
Un fou qui devient fou à lier
Qui se croît au dessus de tout
Pour occuper seul l’échiquier
Et être l’unique manitou
Un fou au regard arrogant
Prisonnier de sa diagonale
Qui voudrait bien en zigzagant
Nous cacher sa haine viscérale
Et le voilà qui se défoule
Qu’il écrase tout sur son chemin
Qu’il entre en transe, qu’il perd la boule
Qu’il s’en prend aux pions blancs et bruns
Et c’est la diagonale du fou
Qui s’allonge et qui s’étire
Sans barrière ni garde-fou
Pour atteindre le délire
C’est une diagonale immense
Qui se fracasse sur les bords
Qui ne connait aucun bon sens
Aucun regret, aucun remords
Une diagonale infernale
Où il n’y a que des cases noires
Où des tactiques prises pour géniales
Nous plongeront dans du brouillard
Mais à la tombée de la nuit
Notre fou se brisera le bec
Et on ne retiendra de lui
Que c’était le roi … des échecs !
zaghouan2040
Quant on relit vos poèmes on se rappelle qu’il existe encore des gens brillants dans ce pays
Gg
Magnifique, comme toujours…