Le trésorier de l’Ordre des médecins de Tunisie, Samir Chtourou, a tiré la sonnette d’alarme, lundi 26 janvier 2026, sur les ondes de Mosaïque FM, au sujet de l’ampleur croissante de l’émigration des médecins tunisiens et de ses répercussions directes sur le système de santé national.
S’appuyant sur les données disponibles, il a indiqué que, selon l’Institut national de la statistique, 3.100 médecins ont quitté la Tunisie entre 2017 et 2021. Pour la période allant de 2022 à 2024, le rythme se serait accéléré, avec près de mille départs par an. En recoupant ces chiffres avec ceux du Syndicat des médecins hospitalo-universitaires, l’Ordre estime qu’environ six mille médecins ont émigré entre 2017 et 2024.
À ces flux s’ajoutent les médecins actuellement en cours de reconnaissance de diplômes à l’étranger. « Aujourd’hui, près de deux mille médecins tunisiens sont en France dans des procédures d’équivalence, et environ deux mille autres se trouvent en Allemagne », a précisé M. Chtourou, évoquant des chiffres « très importants ».
Un long parcours dans le secteur public avant le départ
Le responsable de l’Ordre a tenu à replacer ces départs dans leur contexte. Avant d’émigrer, les médecins passent, dans la majorité des cas, une longue période au sein du secteur public. Celle-ci comprend une année d’internat, cinq années de résidence, ainsi qu’un service obligatoire dans les régions, portant la durée minimale à sept ans. Dans certains régimes, notamment celui des affectations régionales, ce parcours peut dépasser douze années dans les établissements publics.
Absence de recrutements et blocage des carrières
Selon Samir Chtourou, la principale raison de cette hémorragie réside dans l’absence de perspectives professionnelles en Tunisie. « Il n’y a pratiquement plus de recrutements dans la fonction publique, faute de budget, on ne fait que combler les départs à la retraite », a-t-il souligné. Résultat : les jeunes spécialistes formés par l’État ne trouvent pas de postes pour être intégrés durablement dans les hôpitaux.
Le secteur privé, de son côté, ne parvient pas à absorber ces compétences. La baisse du pouvoir d’achat et la stagnation du marché des soins et la crise des caisses sociales ont entraîné une situation paradoxale : le nombre de fermetures de cabinets dépasse désormais celui des ouvertures. Les nouvelles installations concernent majoritairement des médecins proches de la retraite, avec une moyenne d’âge de 61 ans, tandis que les jeunes peinent à s’insérer et privilégient désormais l’émigration.
Des spécialités stratégiques particulièrement touchées
L’émigration concerne en priorité certaines disciplines très demandées en Europe, notamment en France et en Allemagne. Le trésorier de l’Ordre cite en particulier l’imagerie médicale, l’anesthésie-réanimation, plusieurs spécialités chirurgicales dans la gynécologie et la pédiatrie.
Plus inquiétant encore, la médecine de famille est désormais, elle aussi, fortement sollicitée à l’étranger. Or, rappelle Samir Chtourou, cette spécialité constitue « le pilier de la santé publique ». Son affaiblissement progressif en Tunisie fait peser une menace directe sur l’équilibre et la pérennité du système de soins.
M.B.Z












