L’économie tunisienne fait face à une dérive monétaire préoccupante, marquée par une hausse sans précédent de la masse fiduciaire en circulation, a averti, mardi 27 janvier 2026, l’économiste Ridha Chkoundali. Dans une intervention dans la matinale de Jawhara FM, il a tiré la sonnette d’alarme sur un phénomène qu’il a qualifié de menace structurelle grave pour la stabilité macroéconomique du pays.
Selon ses déclarations, le volume des billets et pièces en circulation a atteint un niveau record de 27.065 millions de dinars, un chiffre jugé extrêmement alarmant. « Lorsque la masse monétaire a franchi le seuil des 26.000 milliards, nous avons tous été stupéfaits. Nous avons identifié la cause principale de cette dérive et pointé clairement le dysfonctionnement, mais aucune réaction sérieuse n’est venue du côté du législateur », a-t-il déploré.
Cette situation traduit, selon lui, une inflation incontrôlée de la masse monétaire hors circuit bancaire, phénomène connu sous le terme de désintermédiation monétaire. En clair, une part croissante de la liquidité circule en dehors des circuits financiers formels, échappant ainsi au contrôle de la Banque centrale de Tunisie (BCT).
Or, la capacité de la Banque centrale à maîtriser l’inflation repose précisément sur sa faculté à réguler la masse monétaire transitant par les canaux organisés, notamment le système bancaire. « Lorsque la liquidité sort de ces circuits, la BCT perd ses leviers traditionnels d’intervention, notamment le pilotage du crédit, qu’il soit orienté vers la consommation ou vers des secteurs productifs stratégiques », a-t-il expliqué.
Cette dérive monétaire favorise mécaniquement l’expansion de l’économie parallèle, tout en privant les autorités monétaires de leur capacité à anticiper l’évolution de l’inflation dans les mois à venir. « Nous entrons dans une zone d’incertitude totale. La Banque centrale ne dispose plus des outils exécutifs nécessaires pour agir efficacement. C’est extrêmement dangereux », a insisté l’économiste.
Pour Ridha Chkoundali, la responsabilité incombe directement au législateur, à travers une série de réformes mal calibrées. Il a pointé notamment le nouveau cadre juridique régissant les chèques, qu’il considère comme l’élément déclencheur de cette « explosion » de l’économie informelle.
À cela s’ajoutent les dispositions de la loi de finances 2026, qui a supprimé le plafonnement des transactions en espèces à 5000 dinars, ainsi que l’introduction précipitée de la facturation électronique, alors même que l’administration numérique n’était pas opérationnellement prête. « De nombreux prestataires de services se retrouvent ainsi dans l’incapacité d’émettre des factures, qu’elles soient papier ou électroniques, les contraignant de facto à recourir au paiement en espèces », a-t-il précisé.
Interpellé sur la décision du ministère des Finances qui a tenté d’apaiser les tensions en évoquant une application progressive et souple de la facturation électronique, Ridha Chkoundali a rappelé un principe fondamental du droit : une loi ne peut être suspendue ou amendée que par une autre loi, et non par une simple circulaire administrative. « Le percepteur applique le texte légal, pas une note interne », a-t-il souligné appelant à des amendements législatifs clairs et formels via le Parlement.
Revenant sur la réforme récente du régime des chèques, dont l’objectif affiché était de réduire le volume des chèques impayés, l’économiste a noté que cette réforme n’avait pas atteint ses finalités. Si les sanctions ont été renforcées pour les chèques sans provision, les traites, moins encadrées juridiquement, connaissent une recrudescence inquiétante d’impayés.
Pour Ridha Chkoundali, on a déplacé le problème sans le résoudre. Le phénomène des traites non honorées s’aggrave, tandis que la réforme n’a pas permis de réduire significativement les chèques sans provisions. Le législateur doit, selon ses dires, reconnaître cet échec et ouvrir un dialogue avec les compétences et experts financiers.
Au-delà des considérations techniques, l’économiste a mis en garde contre les répercussions concrètes sur la vie économique : contraction des transactions, gel de la consommation durable, ralentissement de l’investissement et retour accéléré à des pratiques informelles.
Il a souligné, également, que l’absence de facturation, qu’elle soit électronique ou papier, entraîne une érosion directe des recettes fiscales, portant atteinte aux intérêts budgétaires de l’État, plaidant pour une révision urgente, cohérente et concertée des textes en vigueur, afin d’éviter un blocage durable de l’économie nationale.
N.J











8 commentaires
Rationnel
Un autre risque exagéré ? Une énième alerte de Chkondali qui prévient depuis des années contre le risque de la banqueroute, le risque de l’endettement auprès de la banque centrale et le risque de l’hyperinflation, mais toutes ces alertes sont restées sans lendemain. La Banque centrale américaine ne contrôle pas la liquidité en dollars car la majorité des dollars circulent en dehors des États-Unis dans un système qu’on appelle les euro-dollars en dehors du contrôle de la Fed. C’est un marché de plus de 50 trillions de dollars alors que la masse monétaire qui circule aux USA n’est que de 19 trillions. L’inflation reste raisonnable. Les transactions en cash sont en fait un avantage recherché par beaucoup de citoyens au monde qui ont des craintes sur l’émergence du capitalisme de surveillance (surveillance capitalism), un monde où l’argent en circulation sera de la Monnaie Numérique de Banque Centrale (MNBC ou CBDC en anglais). Les MNBC confèrent aux gouvernements des pouvoirs coercitifs accrus tout en offrant aux milliardaires tels que Zuckerberg, Musk et Thiel, ainsi qu’à des sociétés comme Palantir, un accès approfondi aux actions, préférences et habitudes des citoyens afin de mieux les contrôler.
philobog1
Rappel : la tragique loi des chèques a été élaborée.par le ministère de la …. justice, sans aucune consultation avec celui des finances, du commerce etc….
Un peu comme si une loi sur la santé était élaborée par le ministère du tourisme….
philobog1
La loi des chèques a appauvri tous les opérateurs commerciaux, l’état et enrichi les banques (qui n’en demandaient pas autant !) et le secteur parallèle
le financier
maintenant que Ridha se reveille , j avais expliquer ce phenomene il y a un an voir + lors de la volont2 de detruire le systeme du cheque pour faire plaisir a 1% d escroc qui ne voulait pas aller en prison .
Maintenant que l economie tunisienne est addicte au cash , il sera compliqu2 de revenir au cheque car le cheque signifie + de tva + de tax . l etat a perdu des rentr2s d argent et des financement .
KS a detruit le pays pour les 5prochaines ann2es , meme si on revenait au cheque ancienne formule utilis2 par les pays les plus moderne comme la France etc… . Il nous faudrait quelques mois pour reconvaincre les tunisiens d abondonner le cash
HatemC
En affaiblissant l’usage du chèque et en compliquant la facturation, le législateur a involontairement par son incompétence « désarmé » la Banque Centrale.
Sans outils pour combattre l’inflation ou relancer l’investissement, l’économie risque de stagner tout en voyant les prix s’envoler.
Pour faire simple …
En temps normal, si l’inflation est trop forte, la BCT augmente son taux directeur.
Cela rend le crédit plus cher dans les banques, les gens empruntent moins, consomment moins, et les prix finissent par baisser…
Si les transactions se font en liquide avec de l’argent stocké hors des banques, les gens n’ont pas besoin de crédit bancaire. La hausse des taux n’a donc aucun impact sur cette masse d’argent. L’inflation continue de grimper, et la BCT frappe dans le vide.
Cette situation crée une économie à deux vitesses
– Le formel n’a plus acces au crédit, les banques sont a sec
– L’informel profite de la suppression du plafond de cash pour blanchir de l’argent plus facilement, mais il ne crée pas d’emplois stables ni de protection sociale.
le financier
n importe quoi, zero nul.
Un de mes anciens eleves auraient mieux appris ses basics .
Le formel a toujours un poid plus grand , a travers le cout du credit , l investissement , la demande global . L inflation reste ancr2e dans le systeme formel a savoir combien les entreprises investissent , combien les menages empruntes . La dynamique maccro economique est toujours pilot2 par le credit , l investissement et l emploi informel .
La decision de la bct impacte le dinars et donc les importation exportation , les negociation de salaire et ca meme l informelle a besoin d une valeur aux bien qu elle utilise … .
Mais on est d accord que la transmission est moins parfaite avec + d informel , la politique agit mais plus lentement
HatemC
L’article décrit une victoire par K.O. de l’informel sur le formel, mais il va plus loin en expliquant que c’est une conséquence directe de décisions législatives contre-productives. Maintenant l’argent circule de la main à la main et dort sous les matelas conséquence :la BCT devient aveugle elle ne peut plus reguler l’économie par les taux d’intérêt si l’argent n’est plus dans le circuit bancaire… la faute revient au législateur…l’etat perd son principale levier pour relancer la croissance … a vouloir tout controler le législateur a ouvert la porte de l’informel …
le financier
faux la BCT peut encore reguler sur le M1 et le M2 et peut meme emettre de nouveau billet pour tuer les anciens qui dorment a la maison . mais l etat perd des rentrees d argent