Par Dr Thouraya Annabi-Attia et Dr Moncef BelHaj Yahia
Le décès d’un citoyen dans l’aéroport international de Tunis-Carthage en pleine journée pour défaut de prise en charge nous interpelle et interroge sur le système national de santé. Cela s’est passé le 9 janvier 2026. Il s’agit d’un médecin, Dr Slim Ben Salah. Mais il aurait pu s’agir de n’importe qui d’entre nous, n’importe quelle personne, tunisienne ou étrangère qui aurait eu un malaise cardiaque dans cet endroit.
Une prise en charge défaillante dans un lieu public sécurisé
Comment se fait-il qu’une agonie ait duré plus de 45 minutes dans un lieu public sous haute-sécurité et ait abouti au décès d’une personne bien informée et consciente entourée de sa famille tout aussi informée (sa fille médecin était présente) ? Voilà comment la famille décrit ce qui s’est passé : « Les circonstances de son décès sont choquantes. On n’arrive pas à croire que 45 minutes sont passées entre son malaise -pendant lequel il était parfaitement conscient- et son décès. Il n’y avait rien à l’aéroport, ni défibrillateur, ni médecin, ni médicaments (même pas dans la pharmacie privée de l’aéroport) … Ils avaient juste une chaise roulante, et l’ambulance a pris tout son temps pour arriver ».
Or, le site internet de l’aéroport de Tunis-Carthage cite parmi les services disponibles un service médical d’urgence : » Afin d’assurer le confort de ses voyageurs et visiteurs, l’aéroport de Tunis propose un service médical (médecins de garde, premiers soins et ambulances) pour les urgences sanitaires (hall public, zone des arrivée).
Par ailleurs, une pharmacie est située au 1er étage du hall public principal. Elle est ouverte du lundi au vendredi de 8h à 19h30 et du samedi au dimanche de 8h à 17h ».
Le décès du Dr Slim Ben Salah n’était pas une fatalité. De nos jours, on sait prendre en charge ces situations d’urgence, on connaît la procédure, on connaît les équipements minimums et les médicaments d’urgence. Si le service médical d’urgence de l’aéroport Tunis-Carthage avait été fonctionnel, il aurait pu être sauvé.
L’arrêt cardiaque, un enjeu majeur de santé publique
Certes de nombreux citoyens aussi choqués que la famille ont réagi, mais qu’en est-il des instances officielles chargées de notre sécurité ? A-t-on une réaction officielle de l’aéroport de Tunis-Carthage et du ministère de la Santé pour expliquer une telle défaillance et pour présenter les mesures prises pour éviter qu’elle ne se reproduise ? Rien à ce jour.
Avec le vieillissement de la population et l’augmentation des maladies non transmissibles, les arrêts cardiaques sont de plus en plus fréquents. Dans un grand nombre de cas, ils peuvent être récupérés grâce à des soins appropriés, même en dehors d’un cadre sanitaire. La prise en charge de ces accidents cardiaques en dehors d’un cadre hospitalier est aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique. Dans beaucoup de pays et ce depuis plusieurs années, des défibrillateurs automatisés externes (DAE) sont installés dans les espaces publics avec une les recommandations à suivre.
En Tunisie, le ministère de la Santé a organisé mercredi 22 octobre 2025, une réunion consacrée au lancement d’un projet national de prise en charge des cas d’arrêt cardiaque survenant en dehors du cadre hospitalier qui prévoit entre autres, la généralisation de l’installation des défibrillateurs. Qu’est-ce qui a été fait depuis ? Les arrêts cardiaques sont des urgences et l’urgence n’attend pas. Pourquoi ne pas commencer par les points chauds, comme les aéroports, les gares ferroviaires et les gares routières ?
Le Dr Slim Ben Salah a travaillé tout au long de sa vie pour que la Tunisie soit dotée d’un système de santé performant. Le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre est que son décès tragique soit le point de départ d’une action résolue pour que plus personne, dans notre pays, ne décède d’un arrêt cardiaque survenant dans l’espace public non pris en charge correctement.
BIO EXPRESS
Dr Thouraya Annabi-Attia et Dr Moncef BelHaj Yahia – Membres de l’Association Tunisienne de Défense du Droit à la Santé
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.











Commentaire
Tunisino
Oui, les médecins, souvent dans le curatif, pourquoi ne pas aborder le préventif? La Tunisie a vraiment besoin de citoyens et une cnam en bonne santé!