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Banques tunisiennes et croissance économique : le diagnostic de Ridha Chkoundali

Par Imen Nouira

Avec une croissance économique prévue à 1,7% en 2026 et des déséquilibres structurels persistants, Ridha Chkoundali prévient que les banques tunisiennes risquent de devenir de simples outils de gestion des crises plutôt que des moteurs de développement.

Le professeur universitaire en économie a publié, mardi 3 février 2026, une analyse approfondie du dernier rapport de Standard & Poor’s sur l’économie tunisienne et le secteur bancaire.

Dans son post Facebook, M. Chkoundali met en lumière les risques liés à une croissance économique faible et à la persistance de déséquilibres structurels, qui limitent la capacité des banques à jouer un rôle moteur dans le développement du pays.

Selon le rapport, la croissance économique tunisienne ne dépasserait pas 1,7% en 2026, un niveau jugé insuffisant pour générer une dynamique d’investissement significative ou stimuler la demande de financement bancaire. « Dans un tel contexte, les banques deviennent le reflet de la situation économique plutôt que des acteurs du développement, et se transforment d’agents de croissance en simples outils de gestion des déséquilibres », explique le professeur.

Un frein structurel au développement bancaire

Ridha Chkoundali souligne que cette croissance limitée n’est pas un phénomène temporaire, mais la conséquence directe du retard des réformes structurelles, notamment dans les entreprises publiques, le climat des affaires et la gouvernance. Cette lenteur a entraîné un recul des investissements publics et privés, réduisant les opportunités pour les banques d’étendre leurs activités de crédit et de générer des profits durables.

Il précise que si la consommation privée montre des signes de reprise et que la baisse des taux directeurs par la Banque centrale de Tunisie peut réduire le coût du crédit, « l’inflation élevée et la mauvaise qualité des prêts limitent l’effet positif de ces mesures, maintenant le coût des risques à des niveaux élevés ».

Dépendance accrue au financement du secteur public

Le professeur alerte sur la dépendance croissante des banques et de l’État vis-à-vis de la Banque centrale de Tunisie (BCT), une stratégie qui a permis à la Tunisie de respecter ses engagements internationaux en 2024 et 2025. Toutefois, « un recours excessif à cette approche pourrait fragiliser la crédibilité de la politique monétaire et alimenter les pressions inflationnistes, notamment en épuisant les marges de sécurité financière ».

Il insiste : « Ce que la BCT apporte aujourd’hui pour soutenir la stabilité pourrait demain devenir une source de vulnérabilité si ces mesures ne sont pas accompagnées de réformes concrètes ».

Le fléau des crédits non performants

M. Chkoundali évoque le problème persistant des prêts non remboursés, qui pourraient atteindre 16% du total des crédits. Cette proportion, selon lui, reflète « l’accumulation de déséquilibres anciens mal traités, notamment en raison de la lenteur des réformes légales relatives au recouvrement des créances et à l’effacement des prêts obsolètes ».

Malgré les efforts pour constituer des provisions, celles-ci restent insuffisantes, limitant la capacité des banques à absorber les chocs et fragilisant leur solidité financière. La rentabilité bancaire devrait rester faible en 2026 en raison des coûts opérationnels élevés, de la multiplication des agences et du retard dans la digitalisation des services. Dans ce contexte, le rendement sur les actifs et les capitaux propres reste limité, réduisant les marges d’amélioration de la capitalisation, surtout dans un environnement à risques.

La situation est aggravée par l’exposition des banques à l’État et aux entreprises publiques, renforçant l’interdépendance entre la santé des finances publiques et la stabilité du secteur bancaire.

Appel à des réformes structurelles profondes

Pour Ridha Chkoundali, « les banques à faible rentabilité et à forte exposition aux risques ne peuvent conduire le processus de relance économique ». Il plaide pour un passage de mesures de financement ponctuelles à une stratégie globale de réforme : traitement radical des crédits non performants, réduction du financement inflationniste, amélioration de la gouvernance et accélération de la digitalisation.

Sans ces réformes, avertit le professeur, « le secteur bancaire tunisien restera dans une position défensive, assurant un minimum de stabilité mais incapable de jouer son rôle naturel de levier pour la croissance et le développement ».

I.N.

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