Dans un communiqué publié mardi 3 février 2026, le mouvement Ennahdha a vivement réagi aux jugements rendus en première instance et en appel à l’encontre de plusieurs de ses dirigeants, ainsi que d’autres citoyens, dans l’affaire dite du « complot 2 » et dans d’autres dossiers connexes.
L’affaire de « complot 2 » s’inscrit dans une série de procédures judiciaires visant des personnalités réputées pour leur opposition au régime, mais également des individus sans notoriété politique apparente. L’enquête a été ouverte en mai 2023, tandis que le procès s’est tenu à partir du 6 mai 2025, faisant de ce dossier la deuxième affaire de ce type portée devant la justice.
Les chefs d’accusation retenus sont particulièrement lourds. Ils portent notamment sur la constitution d’une entente en vue de conspirer contre la sûreté intérieure de l’État, l’incitation à commettre des actes terroristes sur le sol tunisien, l’utilisation du territoire national pour la planification et la commission d’actes terroristes, ainsi que la diffusion d’informations et la conspiration contre la sécurité intérieure.
Dans son communiqué, Ennahda a avancé que les décisions judiciaires avaient donné lieu à des peines de prison particulièrement lourdes, excessives et révélatrices d’un mépris des règles fondamentales du procès équitable.
Estimant que ces jugements confirment, une fois de plus, ce qu’il décrit comme une instrumentalisation manifeste de la justice, le parti de Rached Ghannouchi a affirmé que les procédures, depuis les phases d’enquête et d’instruction jusqu’au prononcé des verdicts, avaient été entachées de graves violations des droits de la défense, d’un défaut de garanties d’impartialité et d’un non-respect des principes élémentaires de justice et d’équité.
Évoquant le dossier de l’affaire dite de « complot 2 », Ennahdha a précisé que le procès s’était tenu à distance, ce qui a poussé son président — poursuivi dans cette affaire — a refusé d’assister aux audiences, tant en première instance qu’en appel, à l’instar d’autres procédures le concernant.
Ennahdha a affirmé également que les décisions rendues le 2 février 2026, aussi bien en appel qu’en première instance, ne reposaient sur aucun fait matériel ni aucune preuve tangible susceptible d’étayer les accusations formulées.
Le parti a soutenu que ces verdicts bafouaient les principes de la présomption d’innocence, du respect des droits de la défense et des standards de neutralité judiciaire.
Réaffirmant son attachement à l’innocence de l’ensemble des personnes condamnées, le mouvement a réclamé leur libération immédiate et la cessation de ce qu’il qualifie de poursuites injustes à caractère politique.
Il a par ailleurs lancé un appel à l’ensemble des forces démocratiques, politiques, civiles, des organisations de défense des droits humains et des médias, les exhortant à se mobiliser pour exiger la libération de tous les détenus politiques et à dénoncer des jugements qu’il considère comme arbitraires.
La juridiction en charge de l’affaire a condamné Rached Ghannouchi et Kamel Bedoui à vingt ans de prison en appel, contre quatorze ans en première instance. Les peines de Fethi Beldi et Samir Hannachi ont également été alourdies, chacun écopant de quinze ans de réclusion. En revanche, les condamnations de Rayan Hamzaoui, Mehrez Zouari et Abdelkarim Laabidi ont été revues à la baisse, avec respectivement trois ans et sept ans de prison.
Les condamnés présents ont en outre été placés sous surveillance administrative de cinq ans, à l’exception de Rayan Hamzaoui, pour lequel cette mesure a été ramenée à deux ans. La Cour a par ailleurs prononcé un non-lieu en faveur de Ridha Ayari, poursuivi en état de liberté.
Enfin, les accusés en fuite ont été condamnés par contumace à trente-cinq ans de prison avec exécution immédiate, assortis d’une surveillance administrative de cinq ans.
Il s’agit notamment Mouadh Kheriji, Nadia Akacha, Shahrazad Akacha, Kamel Guizani, Lotfi Zitoun, Maher Zid, Mustapha Khedher, Adel Daâdaâ, Rafik Abdessalem et Abdelkader Ben Farhat, ont été condamnés par contumace à trente-cinq ans de prison, avec exécution immédiate. Ils ont également été placés sous surveillance administrative pour une durée de cinq ans.
Des mandats d’arrêt internationaux avaient été émis à l’encontre de douze accusés en fuite à l’étranger.
N.J










