1. Le « Government Shutdown » (États-Unis) : l’État pris en otage
Aux États-Unis, le blocage n’est pas qu’une dispute de mots, c’est une fermeture physique de l’administration. Le plus long de l’histoire, entre décembre 2018 et janvier 2019, illustre la radicalisation du système bipartite.
Le point de rupture a été le financement d’un mur à la frontière mexicaine. Donald Trump refusait de signer tout budget n’incluant pas ce financement, tandis que l’opposition démocrate refusait de céder. Pendant 35 jours, les parcs nationaux sont restés sans surveillance, les musées fermés, et 800.000 fonctionnaires ont dû travailler sans paye ou rester chez eux. Ce blocage montre comment une règle budgétaire peut devenir une arme de chantage politique massive.
2. L’impasse du Brexit (Royaume-Uni) : le Parlement contre lui-même
Entre 2016 et 2019, le Royaume-Uni a offert le spectacle d’une démocratie incapable de traduire un vote populaire en action législative. On a appelé cela le « Brexit Deadlock ».
Le blocage venait du fait que le Parlement était divisé en trois blocs irréconciliables : ceux qui voulaient un divorce doux, ceux qui voulaient une rupture nette, et ceux qui voulaient annuler le Brexit. Chaque proposition était systématiquement rejetée par les deux autres camps. Ce n’est qu’avec des élections législatives anticipées et un changement de leadership que le verrou a sauté, prouvant que parfois, seul un renouvellement total de l’assemblée peut briser une impasse.
3. Le paradoxe belge : gouverner sans gouvernement
La Belgique détient le record du monde de la plus longue crise politique en temps de paix. À deux reprises (541 jours en 2010-2011, puis 652 jours en 2019-2020), le pays a fonctionné sans gouvernement de plein exercice.
Ici, le blocage est structurel : il découle de la nécessité de faire cohabiter des partis flamands et francophones aux visions diamétralement opposées. Pourtant, contrairement aux États-Unis, le pays ne s’arrête pas de fonctionner. L’administration gère les « affaires courantes », ce qui soulève une question fascinante : un État peut-il survivre indéfiniment sans direction politique claire ?
4. Le blocage institutionnel suprême : le Conseil de Sécurité de l’ONU
C’est sans doute le blocage le plus lourd de conséquences pour la paix mondiale. Conçu en 1945 pour garantir la stabilité, le droit de veto accordé aux cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni) est devenu un outil de paralysie systématique.
Dès qu’un conflit touche aux intérêts de l’un de ces grands blocs, la machine onusienne s’enraye. Que ce soit pour l’Ukraine, la Syrie ou Gaza, le veto permet à une seule puissance de bloquer l’action de la communauté internationale. Ce blocage n’est pas un accident de parcours, mais une caractéristique intégrée du système qui rend l’ONU souvent impuissante face aux grandes crises humanitaires de notre siècle.
Pourquoi ces blocages sont-ils plus fréquents aujourd’hui ?
Contrairement aux crises du passé, les blocages modernes sont souvent alimentés par la polarisation médiatique. Dans un monde hyper-connecté, faire un compromis est souvent perçu par la base électorale comme une « trahison », poussant les dirigeants à maintenir l’immobilisme plutôt qu’à négocier.










