Il aura fallu des mois de silence poli, de séances soporifiques et de communiqués insipides pour que le Parlement tunisien découvre une vertu nouvelle : la prise de distance. Distance avec le gouvernement, s’entend. Pas avec le pouvoir, nuance importante. À l’Assemblée des représentants du peuple, l’heure n’est plus à la solidarité institutionnelle mais à la dissociation stratégique à l’occasion de l’élection de nouveaux membres du bureau de l’Assemblée et des membres des différentes commissions. En clair : l’échec, oui, mais sans nous.
Le député Imed Aouled Jebril, nouveau membre du bureau de l’ARP, l’a dit sans détour dans une déclaration à Express FM. Le bureau va « travailler à la vitesse supérieure ». Les ministres seront convoqués, discutés, interpellés. Et s’ils ne viennent pas ? Qu’importe. Leur absence « n’entravera pas le travail des députés ». Traduction non officielle : nous ferons semblant de travailler, même si le gouvernement fait semblant d’exister.
Le message est limpide. Le Parlement ne veut plus être otage d’un exécutif absent, maladroit ou politiquement invisible. À défaut de résultats, on affichera de l’agitation. À défaut de décisions, on produira du discours. Le tout avec un objectif très précis : ne plus être perçu comme le prolongement passif d’un gouvernement à la dérive.
« Nous ferons notre travail », même si le gouvernement ne fait pas le sien
Cette volonté de démarcation a trouvé sa formulation la plus politique dans la bouche du député Yasser Gourari. La proposition de loi sur la Cour constitutionnelle est désormais présentée comme une priorité. Ce n’est pas un détail technique, c’est un message frontal. Depuis 2022, le pouvoir exécutif est incapable de mettre en place l’une des institutions clés de l’État. Le Parlement, lui, entend avancer. Manière élégante de dire : nous ne partagerons pas votre immobilisme.
Ce positionnement n’est pas isolé. De nombreux députés martèlent désormais la même idée : nous ferons notre travail indépendamment du niveau de collaboration et d’implication du gouvernement. Une phrase qui sonne comme une déclaration d’autonomie, mais qui ressemble surtout à un aveu tardif. Où étiez-vous lorsque le gouvernement multipliait les improvisations ? Où étiez-vous lorsque les politiques publiques se résumaient à des slogans et des injonctions contradictoires ?
La critique du rendement gouvernemental est devenue presque un sport parlementaire. Le point culminant de cette fronde verbale a été la discussion du budget 2026. Un budget jugé irréaliste, déconnecté, fragile. Bref, un budget à l’image de la gouvernance actuelle. Et cette fois, les élus ont tenu à le dire haut et fort. Non par amour soudain de la rigueur économique, mais par instinct de survie politique.
Car la réalité est simple : les prochaines élections législatives approchent. Et personne, sur les bancs de l’ARP, ne veut être associé à cet échec ni en payer le prix dans les urnes. Le Parlement ne veut plus être le complice silencieux d’un naufrage annoncé. Très bien. Mais encore faut-il aller au bout du raisonnement.
Un courage à géométrie variable
Car c’est ici que la belle mécanique se grippe. Si le gouvernement est critiqué, parfois violemment, un nom reste soigneusement absent du débat parlementaire : Kaïs Saïed. Très rares sont les députés qui osent évoquer la responsabilité du président de la République. Pourtant, c’est lui qui nomme. C’est lui qui oriente. C’est lui qui, constitutionnellement, est chargé de définir et de mettre en œuvre les politiques publiques.
Kaïs Saïed porte la responsabilité politique de ce gouvernement, comme de tous ceux qui l’ont précédé depuis 2021. Une responsabilité évidente, centrale, structurante. Et pourtant, elle n’est jamais évoquée. Le Parlement critique les ministres, fustige les chiffres, dénonce l’inefficacité… mais s’arrête toujours à la porte de Carthage.
Le résultat est une scène politique presque absurde. Tout le monde s’acharne sur un gouvernement qui, certes, accumule les lacunes, mais qui ne dispose peut-être pas des moyens, ni de la marge de manœuvre correspondant aux exigences présidentielles. Un gouvernement sommé d’agir, sans pouvoir décider. De réussir, sans instruments. De répondre, sans stratégie.
Le Parlement veut se sauver. Très bien. Mais on ne se sauve pas en désignant un fusible commode tout en préservant la source du courant. À force de courage sélectif, l’ARP risque de convaincre de sa lucidité… tout en confirmant son impuissance. Se démarquer de l’échec est une chose. Assumer toute la vérité en est une autre. Et pour l’instant, le Parlement tunisien semble n’avoir choisi que la moitié la plus confortable du courage.











6 commentaires
Mhammed Ben Hassine
Parfois c’est ridicule de se comparer aux allemands français ou autres peuples réputés civilisé car et aussi simple nous nous ne sommes pas ni français ni allemands.
Le chemin est clair bien tracé on n’a qu’à le prendre mais non Gênes..
ZARZOUMIA
TIENS ! ça nous mordait les lèvres , la CNEWS de TUNISIE est bien LÀ , juste et pour confirmation il fallait du temps !! QUAND MÊME .
ZARZOUMIA
NORMALEMENT on doit le savoir :: on ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tuer :: c’est juste pour rappel en cas d’oubli ou autre .
jamel.tazarki
@M;r. Marouen Achouri: Essayez, s.v.p., d’expliquer à vos lecteurs les structures d’une démocratie ! En Allemagne, c’est à l’école que l’on enseigne aux écoliers ce qui définit une démocratie. En Tunisie, on ne le fait pas, et vous savez pourquoi ! Alors, c’est à Business News TN de le faire !
–>
L’enseignement des structures démocratiques est intégré au programme scolaire allemand, et pourquoi pas en Tunisie?:
– Enseigner le sens de la démocratie, les droits et devoirs, le fonctionnement constitutionnel, et l’importance des documents fondateurs, entre autres, CSM élu et Cour Constitutionnelle. L’enseignement des structures démocratiques est intégré au programme scolaire allemand, et ce, dès l’école primaire, voire de manière informelle à l’école maternelle. Voici les détails par niveau :
À l’école maternelle (dès 3 ans) : bien qu’il n’y ait pas de cours formels sur les institutions, les bases du « vivre ensemble », le respect d’autrui et les règles de la vie en collectivité sont abordées, posant les premiers jalons de la citoyenneté.
– à l’école élémentaire (dès 6 ans) : L’éducation civique devient un enseignement obligatoire et structuré. Les élèves explorent les notions de civisme, de citoyenneté et d’égalité, et apprennent à « faire société ». C’est là que les concepts plus spécifiques à la démocratie commencent à être introduits, de manière adaptée à leur âge.
– Au collège et au lycée : L’enseignement est plus approfondi, abordant des notions complexes telles que :
– les partis politiques, la République, les lois électorales, le Parlement, la Présidence de la République et le déroulement des élections.
– la séparation des pouvoirs, l’État de droit, la souveraineté du peuple, la Cour Constitutionnelle,
– la hiérarchie des normes (ou « pyramide du droit ») : 1) la Constitution, protégée par la Cour constitutionnelle, 2) les lois, 3) les décrets et les arrêtés, et 4) les circulaires.
– Les garanties constitutionnelles contre les abus de pouvoir ; une justice indépendante ; égalité devant la loi ;
– *Lien entre démocratie et développement socio-économique :
Le développement socio-économique a fondamentalement besoin de citoyens ayant un sens démocratique, car la démocratie crée un environnement propice à la participation citoyenne, à la bonne gouvernance et à la réduction des inégalités, favorisant ainsi l’innovation, la stabilité politique et l’alignement des politiques publiques avec les besoins réels de la population, conduisant à un développement plus inclusif et durable.
– Un sens démocratique fort chez les citoyens est un moteur du développement, car il assure que ce dernier soit ancré dans les valeurs de justice, de participation et de bien-être collectif, et non uniquement dans des objectifs économiques abstraits.
*Méthodes et outils pédagogiques.
– Pédagogies actives : utilisation d’exercices, de jeux de rôle, de discussions pour une compréhension ancrée dans la pratique.
– Des activités concrètes pour enseigner l’argumentation et le respect des autres.
– Projets concrets : organisation d’élections (conseils), mise en place d’instances de démocratie scolaire.
Bonne soirée
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
jamel.tazarki
A) La Cour constitutionnelle
– la Cour constitutionnelle assure la suprématie de la Constitution en contrôlant la conformité des lois votées par le Parlement avant leur promulgation par le président de la République ; Mais pour cela, il faut une constitution légitime, et non pas écrite en solo par KS.
Parallèlement, le pouvoir législatif (le Parlement) contrôle le pouvoir exécutif (le gouvernement) par le biais de questions, de commissions d’enquête et de motions de censure.
– Contrôle du législatif sur l’exécutif : le Parlement peut renverser le gouvernement par une motion de censure.
– Le président de la République peut dissoudre l’Assemblée nationale.
B) la promulgation
voir l’article de Business news tn du 9 décembre, intitulé « Loi de finances 2026 : faute de consensus, l’ARP tranchera définitivement »
– La promulgation est l’acte officiel par lequel le chef de l’État constate qu’une loi a été régulièrement adoptée par les deux chambres afin de la rendre exécutoire et ainsi applicable.
– La promulgation intervient après le vote de la loi par les deux chambres : le Parlement et le soi-disant Conseil national des régions et districts.
–>
Par conséquent, la loi devrait être adoptée par les deux chambres, sinon elle ne devrait pas être soumise au président de la République pour promulgation.
–>
On pourrait se demander ainsi pourquoi ce folklore de deux chambres qui ne nous coûte que de l’argent, du temps et de la frustration, si la loi est de toute façon promulguée, même si elle a été rejetée par l’une des deux chambres ?
–>
Comprenez enfin que c’est du non-sens, cet algorithme de vote des lois en Tunisie: En effet, une loi a été soumise recement à la promulgation auprès du président de la République alors qu’elle a été rejetée par l’une des deux chambres. C’est quoi cet Charabia?
jamel.tazarki
La faute revient à la neutralisation par la dictature des garanties constitutionnelles (Conseil supérieur de la magistrature composé de membres élus par les magistrats eux-mêmes, Cour constitutionnelle, séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, soumission des pouvoirs à la loi, etc.), qui sont censées protéger nos droits et libertés et établir un État de droit.
Selon Hegel, le « sens de l’histoire » signifie que le monde évolue dans une direction imposée à l’humanité par les progrès scientifiques, technologiques, sociopolitiques, économiques et logico-mathématiques (le développement de la raison, de la pensée rationnelle, de l’idéalisme, etc.). La trajectoire suivie par l’humanité n’est donc pas hasardeuse.
Exemples :
– Le passage de la monarchie absolue à la monarchie parlementaire en France a été imposé par le « sens de l’histoire », sous l’influence de l’esprit des Lumières : la monarchie absolue de Louis XIV n’avait pas d’autre choix que d’accepter la monarchie parlementaire.
– La mondialisation est la conséquence directe des progrès technologiques dans les moyens de transport (construction de bateaux et d’avions de grande capacité) et de télécommunication à bas prix. L’humanité n’a pas d’autre choix que de suivre le « sens de l’histoire » et d’accepter la mondialisation, qui prend une nouvelle forme grâce à Internet.
Ainsi, ce ne sont pas les hommes qui font l’histoire, mais l’histoire qui fait les hommes. Chaque époque est ainsi déterminée par un esprit particulier, le « Zeitgeist », qui structure et influence l’esprit universel de l’humanité.
Selon Hegel, les grands hommes et les grandes femmes qui font l’histoire sont l’incarnation de l’esprit de leur époque. Il cite notamment Napoléon, dont l’esprit révolutionnaire a donné naissance à l’État moderne. Selon lui, l’histoire est un processus qui s’accomplit malgré la volonté des hommes. Napoléon n’avait pas d’autre choix que de suivre « le sens de l’histoire », sous l’influence de l’esprit des Lumières qui structure et influence l’esprit universel de l’humanité.
–>
Au fil des générations et des civilisations, une prise de conscience progressive de l’idée d’un État de droit, de la liberté, du refus de la servitude, du colonialisme et des dictatures s’est opérée.
–>
L’État de droit, la liberté et le refus de la servitude ne sont pas une idée individuelle, mais une aspiration collective de l’humanité tout entière qui s’est manifestée de manière universelle partout sur notre planète. Avec l’arrivée d’Internet, cette aspiration se manifeste à l’échelle mondiale. L’histoire de l’humanité se fait de manière universelle, sous l’effet du cours inéluctable de l’histoire, et se poursuit à travers le Web.
–>
Or, Kais Saied voudrait inverser le cours de l’histoire ! Il n’a pas encore compris que le développement socio-économique, la justice et la protection des libertés passent par le droit, les constitutions politiques et les institutions, dont il nous refuse une partie. Il n’a pas encore compris que la protection des droits et des libertés nécessite des garanties constitutionnelles et pas seulement un président de la République soi-disant honnête.
–>
– Il n’y a pas de justice sans l’instauration d’une Cour constitutionnelle sur la base d’un Conseil supérieur de la magistrature dont la majorité des membres serait élue par les magistrats eux-mêmes, et non nommée par le président de la République.
Comprenez enfin qu’il est important de réclamer les droits et les libertés, mais il ne faut pas non plus négliger de réclamer les garanties constitutionnelles qui les protègent contre les abus de pouvoir: Conseil supérieur de la magistrature composé de membres élus par les magistrats eux-mêmes, Cour constitutionnelle, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la soumission des pouvoirs à la loi, etc.
A) CSM et Cour constitutionnelle
a1) Un Conseil supérieur de la magistrature (CSM) composé de membres élus par les magistrats eux-mêmes, –> élection de représentants (magistrats du siège et du parquet) pour siéger au sein du Conseil, garantissant ainsi leur indépendance dans la gestion des carrières et des nominations. Les magistrats du siège (juges) tranchent les litiges et rendent la justice de manière impartiale (assis), tandis que les magistrats du parquet (procureurs) défendent l’intérêt général, requièrent l’application de la loi et dirigent l’action publique (debout). Les premiers jugent, les seconds poursuivent au nom de la société en tant que représentants du ministère public.
–>
– Le CSM garantit l’indépendance et l’impartialité de la justice, conditions nécessaires à l’État de droit. En gérant la carrière des magistrats, en statuant sur leurs nominations et leur discipline, il contribue à assurer un système judiciaire indépendant des pressions extérieures.
– Le CSM est également le conseil de discipline des magistrats, ce qui lui permet de contrôler leur comportement et de veiller à ce que l’institution judiciaire respecte ses devoirs déontologiques.
– Le CSM renforce l’indépendance des magistrats en évitant toute ingérence politique ou hiérarchique et en garantissant que les jugements seront fondés uniquement sur le droit et les faits du dossier.
– Le CSM contribue à maintenir la confiance du public dans l’institution judiciaire, car l’indépendance et l’impartialité de la justice sont nécessaires pour garantir un procès équitable.
– Le CSM garantit le respect de l’égalité de tous devant la loi, car celle-ci repose sur l’accès à une magistrature impartiale.
– Les justiciables peuvent saisir le CSM pour dénoncer le comportement d’un magistrat, ce qui renforce le contrôle de ses actions et sa responsabilité.
a2) La composition de la Cour constitutionnelle devrait être la suivante :
– quatre membres sont élus par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) ; or, les membres de notre CSM ont été nommés par Kaïs Saïd : à vous de tirer des conclusions intelligentes et utiles.
– quatre membres doivent être élus par le Parlement. Peut-on encore faire confiance à « notre » Parlement après sa déformation de la loi électorale à quelques jours de l’élection présidentielle ?
– Quatre membres de cette Cour doivent être nommés par le président de la République.
–>
même si nous aurions bientôt une Cour constitutionnelle, elle serait probablement au service du président de la République.
– L’importance d’une Cour constitutionnelle réside dans sa mission de garantir le respect de la Constitution et de l’État de droit, en veillant à ce que les lois, les décrets, les arrêtés et les circulaires soient conformes à la Constitution du pays. Elle protège les droits et libertés fondamentaux des citoyens, limite les pouvoirs du législateur et veille à l’équilibre entre les pouvoirs publics.
– Rôle principal de la Cour Constitutionnelle:
– contrôle de constitutionnalité des lois : vérifie que les lois et règlements sont conformes à la Constitution et à d’autres textes à valeur constitutionnelle, comme la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ;
– protection des droits et libertés : elle protège les droits et libertés fondamentaux des citoyens, notamment en cas de contestation d’une loi existante.
– Régulation des pouvoirs publics : assure le bon fonctionnement des institutions de l’État et veille à l’équilibre des pouvoirs.
– contrôle des élections : veille à la régularité des élections nationales (présidentielle, législatives, référendum) et proclame les résultats ;
– Avis et contentieux : peut être amenée à donner des avis dans des situations spécifiques et à traiter des contentieux.
– Garantir la stabilité démocratique : assurer la stabilité démocratique en protégeant la Constitution des atteintes potentielles d’une majorité parlementaire, notamment dans les pays ayant connu des régimes autoritaires.
– Je rappelle que, dans les pays démocratiques, la hiérarchie des textes est la suivante :
1) la Constitution, protégée par la Cour constitutionnelle ;
2) les lois ;
3) les décrets et les arrêtés ;
4) les circulaires.
–>
Or, en Tunisie, cette hiérarchie n’est pas respectée, comme en témoigne la déformation de la loi électorale (« amendement ») à quelques jours de la récente élection présidentielle. De plus, les décrets et arrêtés sont souvent en contradiction avec la constitution.
Fazit: Kais Saied aurait pu réaliser des miracles pour la Tunisie et les Tunisiens s’il avait emprunté la voie de la démocratie et de l’État de droit plutôt que de nous imposer une dictature absurde!
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien