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Monastir — Chiot égorgé par trois hommes : quelles sanctions prévoit la loi tunisienne ?

Photo d'illustration

Par Nadya Jennene

La multiplication récente d’affaires de maltraitance animale en Tunisie, impliquant de plus en plus souvent des enfants ou des adolescents, suscite une profonde inquiétude. Longtemps perçus comme des faits isolés, ces actes d’une violence extrême, largement relayés sur les réseaux sociaux, révèlent désormais un phénomène préoccupant, aux ramifications sociales, éducatives et judiciaires complexes. Entre insuffisance de prévention, défaillances de l’encadrement familial et réponses pénales peu dissuasives, la question de la protection animale s’impose aujourd’hui comme un révélateur alarmant de dérives plus profondes au sein de la société.

La diffusion, il y a de cela quelques jours, sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant des hommes impliqués dans un acte de cruauté extrême envers un animal a profondément choqué l’opinion publique tunisienne. Face à cette situation, l’avocat Elyes Jilani est intervenu, mercredi 4 février 2026, dans la matinale de Jawhara FM, pour apporter un éclairage juridique sur ce que prévoit la législation tunisienne en matière de maltraitance animale.

S’il est unanimement admis que la protection des citoyens contre les dangers potentiels liés aux animaux errants constitue une préoccupation légitime — notamment lorsqu’il s’agit de chiens pouvant représenter un risque pour les enfants ou les personnes âgées — cette exigence de sécurité ne saurait en aucun cas justifier des actes de violence gratuite envers les animaux. La loi tunisienne, tout comme les valeurs sociales, religieuses, et culturelles du pays, repose sur un principe fondamental : le respect du vivant.

L’affaire en question, survenue dans le gouvernorat de Monastir, met en cause trois jeunes hommes ayant non seulement commis des actes d’une brutalité extrême à l’encontre d’un chiot, mais ayant également choisi de les filmer et de les diffuser publiquement. Dans un premier temps, ils ont tenté de lui donner la mort en l’enfermant dans un sac, qu’ils ont maintenu fermé pendant un certain temps. Constatant ensuite que l’animal était toujours en vie, ils lui ont maintenu le museau fermé à l’aide d’un câble métallique, puis ont décidé de poursuivre leur acte en lui ôtant la vie par égorgement. L’ensemble de la scène a été filmé à l’aide d’un téléphone portable par les auteurs eux-mêmes, avant d’être volontairement publiée en ligne.

Du « terrorisme psychologique »

L’avocat Elyes Jellali a souligné la gravité juridique de tels agissements. Selon lui, les images diffusées constituent une violence d’autant plus préoccupante qu’elle est préméditée, documentée et exhibée. Il a avancé que la diffusion de telles scènes pourrait être assimilée à une forme de « terrorisme psychologique », dans la mesure où elle instille un sentiment de peur, de malaise et d’insécurité chez les citoyens, et porte atteinte à l’équilibre social.

Sur le plan strictement juridique, la législation tunisienne est sans ambiguïté. Plusieurs textes répressifs, notamment issus du Code pénal ainsi que de l’« arrêté beylical » toujours en vigueur relatif à la protection des animaux, criminalisent les actes de maltraitance, de torture et de mise à mort injustifiée d’animaux. Les sanctions prévues varient en fonction de la gravité des faits : elles peuvent aller de simples amendes à des peines d’emprisonnement pouvant atteindre cinq ans lorsque les actes ont entraîné la mort de l’animal à la suite de sévices graves.

L’avocat a rappelé par ailleurs que la jurisprudence tunisienne avait déjà connu des décisions exemplaires en la matière. Certaines juridictions ont prononcé des peines privatives de liberté, confirmées en appel, assorties d’amendes financières, marquant ainsi une volonté claire de réprimer fermement ce type de comportements. 

Une autre question centrale soulevée concerne l’âge des auteurs présumés. Le fait que les personnes impliquées soient mineures ne signifie nullement une absence de responsabilité pénale. Certes, la loi prévoit un régime spécifique applicable aux mineurs, avec des mesures éducatives et une prise en charge adaptée. Toutefois, cela n’exclut ni les poursuites judiciaires ni la reconnaissance de l’existence d’une infraction pénale, a précisé l’avocat. Une infraction demeure une infraction, quel que soit l’âge de son auteur, et appelle nécessairement une réponse de l’État.

Quant à l’initiative de poursuite, elle revient, selon ses dires, au ministère public. La diffusion publique d’images d’une telle violence est en elle-même suffisante pour justifier l’ouverture d’une enquête, dès lors qu’elle porte atteinte à l’ordre public et provoque un trouble manifeste au sein de la société.


Violences répétées contre les animaux

Au-delà du droit, cette affaire pose une question sociétale majeure : celle du rôle de la famille, de l’éducation et de l’accompagnement psychologique des enfants et des adolescents. Car si la loi sanctionne, la prévention demeure le premier rempart contre la dérive des comportements violents, surtout que cette affaire est loin d’être un cas isolé.

Ces derniers mois, plusieurs faits d’une extrême gravité ont mis en lumière la récurrence de la maltraitance animale en Tunisie. 

À Sousse, en décembre 2025, une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux a provoqué une onde de choc et une indignation généralisée. Les images montraient une femme commettant des actes de cruauté d’une violence insoutenable envers un animal, en pleine voie publique. La diffusion de cette séquence a ravivé un sentiment de peur et d’incompréhension parmi les habitants de la région, déjà éprouvés par des faits similaires signalés auparavant.

Un membre de la société civile a livré un témoignage accablant. Selon lui, l’auteure présumée souffrirait de troubles mentaux sévères, ayant fait l’objet de plusieurs internements suivis de remises en liberté, malgré des comportements jugés dangereux. Une situation qualifiée d’irresponsable, tant les actes reprochés s’inscriraient dans une spirale de violence répétée.

Plus tôt, en août 2025, une autre affaire a secoué l’opinion publique. Une femme accusée d’actes de cruauté sur des chats (éventration, immolation, sévices graves) a été arrêtée et placée en détention. Les poursuites engagées concernent plusieurs chefs d’accusation, notamment des infractions environnementales, des atteintes aux biens d’autrui et des faits de maltraitance animale.

Ces affaires, tragiques et répétées, montrent à quel point la maltraitance animale en Tunisie est devenue un phénomène préoccupant, nécessitant à la fois une réaction juridique ferme et une vigilance sociale accrue. Si la loi prévoit des sanctions adaptées à la gravité des actes, leur application doit s’accompagner d’une prévention efficace, centrée sur l’éducation, l’accompagnement familial et le suivi psychologique des mineurs. Car au-delà de la protection des animaux, il s’agit de préserver l’équilibre social et de prévenir la banalisation de la violence chez les jeunes générations. L’État, les familles et la société civile ont donc un rôle complémentaire et indispensable pour que de tels drames ne se reproduisent plus, et que le respect du vivant reste un principe fondamental partagé par tous.

N.J

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5 commentaires

  1. HatemC

    4 février 2026 | 21h18

    Le diagnostic est sombre

    Lorsque la grossièreté et la cruauté deviennent des marqueurs identitaires pour une partie de la jeunesse, on fait face à un effondrement des « neurones miroirs » de la société (la capacité biologique et sociale à ressentir la douleur de l’autre).

    À force de voir du sang, de la violence verbale et du mépris dans l’espace public, une partie de la population s’est « désensibilisée ».

    La rupture du contrat social ….
    Si l’école ne transmet plus de valeurs et que la religion est vidée de sa substance éthique pour ne devenir qu’un rituel, il ne reste que la loi de la jungle.

    Certains pensent que le mal n’est pas irréversible, mais qu’il nécessite un traitement d’une brutalité égale à la dérive constatée.
    C’est la théorie de la « Vitre Brisée » :

    Si vous laissez une vitre brisée sans réparation, tout le quartier finit par se dégrader…. autour de vous tous les quartiers sont dégradés ou je me trompe ?????

    Si l’État frappe fort (prison ferme, déchéance de certains droits, amendes lourdes pour les parents de mineurs), il réimpose une « peur » qui, à défaut d’être de la vertu, restaure un ordre extérieur.

    Réimposer la matraque pour filer droit ….

    Si les personnes cultivées et sensibles finissent par se désintéresser totalement de leur pays par pur dégoût, alors le mal deviendra effectivement incurable, car il n’y aura plus personne pour porter le contre-modèle … et c’est déjà le cas pour la Tunisie … un pays perdu en perdition totale … IRREVERSIBLE …. HC

  2. HatemC

    4 février 2026 | 21h08

    2011 n’a pas été juste un basculement politique, mais une rupture sociétale profonde…. une « plongée vers le sous-développement » et un effondrement des barrières de la décence commune (common decency).
    Avant 2011, l’autorité était verticale et répressive.
    En tombant, elle n’a pas été remplacée par une auto-discipline citoyenne, mais par un vide.

    L’école a cessé d’être un sanctuaire d’éducation pour devenir un terrain de conflits syndicaux et de démission pédagogique.

    La rue, l’espace public a été « libéré » de la police, mais aussi du respect du voisinage, de la propreté et, par extension, de la vie animale.

    La liberté de parole s’est transformée, pour une partie de la population, en liberté d’être vulgaire. Quand l’accès à la culture devient secondaire face à la survie économique ou aux joutes politiques stériles, c’est l’empathie qui s’érode.
    Le mépris du savoir et de la « classe » (au sens de l’élégance morale) a laissé place à une glorification de la force brute.

    Le drame de la Tunisie post-2011 est ce fossé béant

    D’un côté, une élite qui aspire aux standards universels de respect et de protection du vivant.
    De l’autre, une frange de la population qui s’est ensauvagée, faute d’encadrement et de modèles inspirants.

    Le passage de la « civilisation » à la « barbarie » est plus fragile qu’on ne le pense.
    Il suffit de deux générations sans éducation civique et morale pour qu’un peuple perde ses repères les plus élémentaires.

    C’est ce sentiment de « pays malade » que j’évoque.
    La question est maintenant de savoir si le sursaut peut venir de la loi, ou s’il faut attendre une reconstruction totale de l’école tunisienne…. HC

  3. HatemC

    4 février 2026 | 18h05

    Un pays malade … des psychopathes des sociopathes partout … il est naturel de ressentir une rupture nette, un besoin de se distancier radicalement d’une identité collective qui semble cautionner, par l’acte ou par le silence, l’horreur.

    La défaillance scolaire et familiale
    L’empathie s’apprend dès le plus jeune âge.
    En l’absence de programmes d’éducation civique axés sur le respect du vivant, la violence envers les animaux devient souvent un « rite de passage » ou un divertissement pour des jeunes en manque de repères.

    Le lien entre violence animale et humaine :
    La science criminelle a prouvé que la cruauté envers les animaux chez les mineurs est souvent un signe précurseur de comportements sociopathiques ou de violences interhumaines futures.

    Le rôle des Imams et de la Religion :
    L’Islam prône pourtant le respect de la vie animale (l’histoire de la femme entrée au paradis pour avoir abreuvé un chien assoiffé est célèbre). C’est un Hadith
    Le manque de prêches sur ce sujet spécifique dans les mosquées est une opportunité manquée de sensibilisation morale auprès d’une large part de la population.

    Mais c’est jeunes désœuvrés sont-ils en mode préparation / formationd’un futur Jihad ???? HC

  4. Gg

    4 février 2026 | 13h06

    Juste une question: comment expliquez vous à un enfant qu’égorger un mouton est une fête et un acte de foi, éminemment respectable, et qu’égorger un chien, un chat… ou un humain serait un acte barbare ?

  5. HatemC

    4 février 2026 | 9h45

    Les incidents de chiots égorgés par des mineurs sont des signaux d’alarme critiques. Ils révèlent un manque profond d’éducation à la cause animale.
    ​Un environnement social où la violence est un exutoire.
    ​Des troubles psychologiques sous-jacents qui nécessitent une intervention immédiate.
    ​La protection des animaux n’est pas seulement une question de bien-être animal, c’est aussi un enjeu de santé publique et de sécurité sociale. Éduquer à la compassion dès le plus jeune âge est le meilleur rempart contre la barbarie….évitez de les exposer de manière répété a des actes de mises a morts violentes lors du rituel religieux de l’aid … une sauvagerie qui marque les jeunes esprits et finit par les affecter émotionnellement … et les déshumanise. HC