Député issu des élections du régime du 25-Juillet, Ahmed Saidani est passé d’un soutien enthousiaste au projet présidentiel à un critique virulent, au point d’être arrêté pour ses propos. Cette arrestation, encadrée par une nouvelle Constitution plus restrictive, illustre les tensions profondes entre liberté d’expression et contrôle autoritaire dans un régime qui restreint de plus en plus la dissidence. Entre contradictions politiques, usages juridiques et enjeux institutionnels, cette arrestation demeure avant tout symbolique.
Un parcours politique en montagnes russes : du soutien fanatique à la critique acerbe
Ahmed Saidani est l’incarnation d’une trajectoire politique chaotique et paradoxale. Élu député lors des élections issues du processus du 25 juillet 2021, il s’est initialement imposé comme un soutien inconditionnel du président Kaïs Saïed.
Défenseur zélé, il n’hésitait pas à porter la parole du régime avec une ferveur décomplexée. Lui qui allait jusqu’à présenter Kaïs Saïed comme « un nouvel Hannibal ou un nouvel Oqba Ibn Nefaa » le qualifie aujourd’hui de « chef suprême du réseau d’assainissement ».
À ses débuts, il n’a d’ailleurs pas hésité à souhaiter la disparition physique des opposants politiques au régime. En 2024, il déclarait ainsi que « les prisonniers politiques devraient être dans les prisons ou dans les cimetières », illustrant une vision radicale et violente qui allait bien au-delà des postures partisanes classiques. Jusqu’à il y a six mois, le 25 juillet dernier, il écrivait sans détour que la présence des opposants en prison n’est « pas un exploit », car selon lui, « leur place était auprès de leur Créateur depuis le 25 juillet 2021 ». Plus loin, il estimait qu’« il n’y a pas de place pour eux sur cette terre », et qu’il faudrait leur « en trouver une sous terre », que ce soit par « légitimité légale » ou par une prétendue « légitimité morale et historique ». Il concluait : « il aurait fallu s’en débarrasser dès le départ ».
Fait révélateur : malgré ces appels à la violence publics et répétés, Ahmed Saidani n’a jamais été inquiété ni poursuivi jusqu’à hier, malgré des propos dépassant largement les limites du discours politique habituel. Selon des sources proches du régime, son arrestation mercredi 4 février reposerait sur la loi antiterroriste et l’article 72, et serait liée précisément à ces menaces de mort proférées depuis des mois. En réalité, il a été arrêté sur la base d’accusations de diffamation visant le président de la République et les institutions de l’État suite à ses propos commentant les récentes intempéries et le rôle du chef de l’État. Selon les précisions apportées par la députée Olfa Marouani sur les ondes de Jawhara FM le 5 février, Ahmed Saidani fait l’objet de poursuites fondées sur l’article 86 du Code des télécommunications, lequel dispose que « est puni d’un emprisonnement de un à deux ans et d’une amende de cent à mille dinars quiconque, sciemment, nuit aux tiers ou trouble leur quiétude par l’usage des réseaux publics de télécommunications ».
Les faits reprochés au parlementaire concerneraient des publications diffusées sur sa page Facebook, considérées comme portant atteinte à la personne du président de la République. La procédure a été engagée à la suite d’une auto-saisine du ministère public.
En effet, ce même homme s’est mué, en quelques mois, en l’un des critiques les plus virulents du pouvoir qu’il avait pourtant contribué à asseoir. Ses attaques publiques contre Kaïs Saïed se sont faites acerbes, mêlant sarcasme et dénonciation frontale de la gestion présidentielle.
Saidani ne se contente plus de critiques superficielles : il accuse désormais le président d’« oublier qu’il est président », ironise sur ses « piscines et fontaines » comme uniques réalisations, et fustige les nominations ministérielles qu’il qualifie de complots contre l’intérêt national. Ce revirement radical, marqué par une rhétorique corrosive, soulève des questions sur la sincérité et les motivations réelles de l’élu, ainsi que sur les conditions politiques qui favorisent de tels retournements.
Critique corrosive et rhétorique de la gouvernance
Les critiques de Saidani ne se limitent pas à des attaques personnelles contre le président. Elles portent également sur la nature même de la gouvernance, notamment sur la gestion des catastrophes naturelles. Dans ses déclarations récentes, il compare la période actuelle à celle de l’ancien régime de Ben Ali, soulignant que les inondations meurtrières n’ont pas donné lieu à des infrastructures durables capables de prévenir les crises. Il dénonce l’inauguration symbolique de bassins et piscines, jugées« creuses » et purement communicatives, alors que le pays aurait besoin de barrages, de lacs artificiels et d’actions structurelles.
Cette critique ironique vise aussi la communication présidentielle, qualifiée de « mise en scène » où les visites aux sinistrés serviraient davantage à alimenter une image qu’à résoudre les problèmes. Pour Saidani, le discours humaniste de Kaïs Saïed, capable « de sauver l’humanité entière », ne se traduit pas en actes concrets, et ses paroles « n’atteignent pas les décideurs » censés agir sur le terrain.
Immunité parlementaire : entre protection et restrictions renforcées
L’arrestation d’Ahmed Saidani pose inévitablement la question du cadre légal entourant l’immunité parlementaire, désormais révisée par la Constitution de 2022. L’article 66 précise que les députés ne bénéficient plus d’immunité en cas d’infractions telles que l’injure, la diffamation ou l’échange de violences, commises à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Assemblée. Cette restriction marque une nette différence avec la Constitution de 2014, qui offrait une protection plus large, notamment en exemptant les parlementaires de poursuites liées à leurs opinions ou actes dans l’exercice de leurs fonctions, sauf en cas de flagrant délit.
Dans ce contexte, l’arrestation de Saidani, bien que légale au regard de la nouvelle disposition, illustre un cadre institutionnel resserré, où la marge d’expression des élus est désormais très encadrée. Le manque de transparence sur les motifs exacts de l’interpellation et l’absence de communication officielle alimentent les doutes quant à un possible usage politique de la justice pour faire taire une voix dissidente, même si celle-ci provient d’un ancien soutien du pouvoir.
Le paradoxe Saidani : violences passées et statut de victime politique
Le cas Saidani illustre une double réalité troublante. D’un côté, ses propos violents et appelant à la répression extrême des opposants ont été largement médiatisés, notamment son appel à la liquidation physique de figures politiques telles que Rached Ghannouchi. De l’autre, c’est lui qui devient aujourd’hui victime d’une répression politique par son arrestation, au nom d’une immunité parlementaire désormais restreinte.
Cette double facette souligne une justice à géométrie variable, qui tend à appliquer une sélectivité idéologique dans le traitement des discours et des oppositions. Saidani, qui s’est longtemps érigé en bourreau rhétorique des adversaires politiques, se retrouve aujourd’hui dans une position d’exclu, victime d’un régime qui ne tolère plus aucune critique, y compris interne.
Réactions partagées : victime atypique ou provocateur responsable ?
L’arrestation d’Ahmed Saidani a provoqué un vif débat dans l’opinion publique. D’un côté, ses partisans le présentent comme une « victime atypique du régime », un élu pris dans les filets d’un pouvoir autoritaire qui n’accepte plus aucune dissidence, même lorsqu’elle vient d’un ancien allié. Pour eux, cette arrestation symbolise le recul des libertés politiques et la dérive autoritaire croissante en Tunisie.
D’ailleurs, le président de la Commission des droits et libertés au Parlement, Thabet El Abed, a réagi à cette arrestation rappelant que « la liberté d’expression est un droit constitutionnel, indépendant des personnes et de leurs positions politiques » et que « toute poursuite liée à une opinion doit respecter strictement la loi, la présomption d’innocence et le principe de proportionnalité ».
À l’opposé, certains estiment que Saidani « l’a bien cherché », rappelant que « même un député n’a pas à défier les plus hauts symboles de l’État » par des propos aussi virulents. Pour ces voix, ses excès verbaux et ses menaces publiques justifient une réaction ferme, et son arrestation apparaît comme une conséquence logique de ses provocations répétées.
Une arrestation symbolique
L’arrestation d’Ahmed Saidani dépasse largement le cas individuel. Elle révèle un pouvoir qui étend son emprise sur le Parlement et neutralise toute voix dissidente, y compris lorsqu’elle émane de ses anciens soutiens.
Elle confirme surtout une dynamique déjà à l’œuvre : le régime de Kaïs Saïed réduit progressivement le conflit politique à une opposition manichéenne entre loyaux et traîtres. L’adhésion au président est ainsi assimilée à l’appartenance nationale, ce qui légitime le traitement du désaccord par la répression, les poursuites instrumentalisées et la disqualification morale.
Synda Tajine













6 commentaires
zaghouan2040
Il s’agit d’un signal fort destiné essentiellement a la contestation naissante au sein des supposés soutiens du président
Destiné également aux institutions soi-disant représentatives du peuple
Et là le pouvoir obtiendra l’effet inverse de la soumission souhaitée
Le pouvoir récoltera une défiance et un désaveu de plus en plus marqué au sein notamment du parlement
Il n’en sera que davantage fragilisé
Zico
Si KS est au pouvoir c’est grace à la naiveté des islamistes et des nationalistes arabes. Deux courants politiques qui sont au meilleur inutiles et au pire nuisibles à la Tunisie. Paradoxalement ces memes soutiens se trouvent aujourd’hui soit en exile soit en prison graces au décrets et la constitions que KS a écrit sur mesure.
Il ne faut pas s’attendre à grand chose, la critique du president ou de l’état sera séverement punie. La question est jusqu’ou l’état est il pret à aller dans la répression des libertés? Cette question s’est déja posée sous Bourguiba et sous Ben Ali…on connait la suite.
Tunisino
Saidani, un aventurier suicidaire typique de l’école communiste, où la critique est sa seule monnaie, sans aller vers l’analyse et les solutions, tout comme KS et son entourage. Bien que l’idéologie soviétique a montré ses limites surtout avec l’aventure de Poutine dans l’Ukraine sous un piège tendu par les Etas Unis pour affaiblir l’Europe et la Russie, alors qu’il était possible à Poutine d’éliminer Zelenski dans 30 minutes pour terminer son règne agressif, mais ca devient intelligent! Faible en calcul, comme tous les littéraires et les illettrés politisés, Saidani s’est lancé à critiquer KS arbitrairement sans analyse et solutions, il s’est lancé dans l’opposition primitive sans élégance et sans objectifs, pourtant il lui est était possible de démissionner comme signe de rejet de son projet. Ce qui est clair est que la machine de KS n’a plus à avaler, il ne lui reste que les bêtes et les opportunistes qui se sont adhérés à son projet.
zaghouan2040
Saturne (ou Cronos) est un mythe grec symbolisant le cannibalisme du pouvoir absolu, son caractère tragique et démoniaque
Après avoir cheri ses quatres enfants en bas âge une fois ceux ci parvenus à l’adolescence il les dévora un par un pour les empêcher de le succéder un jour
Le tableau de Goya « Saturne dévorant ses enfants, » est exposé au Musée du Prado
Le mythe de Cronos a fait l’objet d’une analyse fascinante chez Foucault et Althusser
jamel.tazarki
A) Comment se fait la levée de l’immunité parlementaire ?
– Le placement sous contrôle judiciaire d’un député nécessite d’abord la levée de son immunité parlementaire, qui est exercée par le Parlement même.
–>
La procédure est déclenchée par la justice (le procureur), qui transmet une requête au président de l’Assemblée nationale.
–>
Le Parlement examine si la demande est « sérieuse, loyale et sincère ». Il ne juge pas la culpabilité de l’élu, mais vérifie si la procédure judiciaire n’est pas une manœuvre politique pour empêcher le député de siéger. La demande est soumise au vote de l’ensemble des députés en séance plénière. Le parlementaire conserve toutefois son mandat et son siège, tant qu’une condamnation définitive ne l’a pas déclaré inéligible.
–> Est-ce qu’il y a eu d’abord un levé de l’immunité parlementaire avant d’envoyer ce député derrière les barreaux ?
B) Pourquoi l’immunité parlementaire:
-C’est une protection absolue et permanente. Elle couvre les opinions émises et les votes exprimés par l’élu dans l’exercice de ses fonctions. Un député ne peut jamais être poursuivi pour ses propos en séance ou ses choix législatifs, même après la fin de son mandat.
– L’immunité parlementaire empêche l’arrestation ou le placement sous contrôle judiciaire du parlementaire sans l’autorisation du bureau de son assemblée (j’insiste: sans l’autorisation du bureau de son assemblée).
– Levée de l’immunité : L’assemblée peut voter la levée de l’immunité si la justice présente une demande sérieuse.
– Il ne s’agit pas d’un privilège personnel visant l’impunité, mais d’une garantie collective pour assurer la séparation des pouvoirs et empêcher que des poursuites politiquement motivées n’entravent le travail législatif.
B) Pourquoi l’immunité parlementaire :
– C’est une protection absolue et permanente. Elle couvre les opinions émises et les votes exprimés par l’élu, dans l’exercice de ses fonctions. Un député ne peut jamais être poursuivi pour ses propos en séance ou ses choix législatifs, même après la fin de son mandat.
– L’immunité parlementaire empêche l’arrestation ou le placement sous contrôle judiciaire du parlementaire sans l’autorisation du bureau de son assemblée (j’insiste : sans l’autorisation du bureau de son assemblée).
– Levée de l’immunité : l’Assemblée peut voter la levée de l’immunité si la justice présente une demande sérieuse.
– Il ne s’agit pas d’un privilège personnel visant l’impunité, mais d’une garantie collective pour assurer la séparation des pouvoirs et empêcher que des poursuites, politiquement motivées, n’entravent le travail législatif.
Bonne journée !
jamel.tazarki
A) Comment se fait la levée de l’immunité parlementaire ?
– Le placement sous contrôle judiciaire d’un député nécessite d’abord la levée de son immunité parlementaire, qui est exercée par le Parlement même.
–>
La procédure est déclenchée par la justice (le procureur), qui transmet une requête au président de l’Assemblée nationale.
–>
Le Parlement examine si la demande est « sérieuse, loyale et sincère ». Il ne juge pas la culpabilité de l’élu, mais vérifie si la procédure judiciaire n’est pas une manœuvre politique pour empêcher le député de siéger. La demande est soumise au vote de l’ensemble des députés en séance plénière. Le parlementaire conserve toutefois son mandat et son siège, tant qu’une condamnation définitive ne l’a pas déclaré inéligible.
–> Est-ce qu’il y a eu d’abord un levé de l’immunité parlementaire avant d’envoyer ce député derrière les barreaux ?
B) Pourquoi l’immunité parlementaire:
-C’est une protection absolue et permanente. Elle couvre les opinions émises et les votes exprimés par l’élu dans l’exercice de ses fonctions. Un député ne peut jamais être poursuivi pour ses propos en séance ou ses choix législatifs, même après la fin de son mandat.
– L’immunité parlementaire empêche l’arrestation ou le placement sous contrôle judiciaire du parlementaire sans l’autorisation du bureau de son assemblée (j’insiste: sans l’autorisation du bureau de son assemblée).
– Levée de l’immunité : L’assemblée peut voter la levée de l’immunité si la justice présente une demande sérieuse.
– Il ne s’agit pas d’un privilège personnel visant l’impunité, mais d’une garantie collective pour assurer la séparation des pouvoirs et empêcher que des poursuites politiquement motivées n’entravent le travail législatif.
B) Pourquoi l’immunité parlementaire :
– C’est une protection absolue et permanente. Elle couvre les opinions émises et les votes exprimés par l’élu, dans l’exercice de ses fonctions. Un député ne peut jamais être poursuivi pour ses propos en séance ou ses choix législatifs, même après la fin de son mandat.
– L’immunité parlementaire empêche l’arrestation ou le placement sous contrôle judiciaire du parlementaire sans l’autorisation du bureau de son assemblée (j’insiste : sans l’autorisation du bureau de son assemblée).
– Levée de l’immunité : l’Assemblée peut voter la levée de l’immunité si la justice présente une demande sérieuse.
– Il ne s’agit pas d’un privilège personnel visant l’impunité, mais d’une garantie collective pour assurer la séparation des pouvoirs et empêcher que des poursuites, politiquement motivées, n’entravent le travail législatif.
Bonne journée !