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Réseaux sociaux et protection de l’enfance : 90% des enfants tunisiens ont accès à un smartphone 

Par Nadya Jennene

La question de l’accès des enfants aux plateformes de réseaux sociaux s’impose avec une acuité croissante dans le débat public tunisien. Jeudi 5 février 2026, la directrice générale de l’enfance au ministère de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées, Jamila Bettayeb, est revenue sur les appels réclamant l’interdiction de ces plateformes aux enfants de moins de 15 ans, dans un contexte marqué par une intensification des alertes relatives aux risques numériques.

La veille, l’Organisation internationale pour la protection des enfants de la Méditerranée avait publié un communiqué exhortant les autorités tunisiennes à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. L’organisation y exprimait sa profonde inquiétude face à l’augmentation des comportements violents observés chez les enfants, ainsi qu’à la recrudescence des formes de violences numériques dont ils sont victimes, notamment le chantage, l’exploitation en ligne et le cyberharcèlement. Selon elle, l’espace numérique, tel qu’il est actuellement structuré et régulé, constitue une menace directe pour l’équilibre émotionnel, éducatif et comportemental des enfants.

S’appuyant sur des études psychologiques et des rapports éducatifs récents, l’organisation souligne que l’exposition précoce aux réseaux sociaux est associée à une augmentation significative des troubles anxieux, des symptômes dépressifs, des perturbations du sommeil et des phénomènes d’isolement social. Elle alerte également sur la banalisation de contenus violents, sexualisés ou inadaptés à l’âge des enfants, favorisée par des algorithmes de recommandation peu sensibles aux impératifs de protection de l’enfance.

Intervenant sur les ondes de Mosaïque FM, Jamila Bettayeb a rappelé que les pouvoirs publics avaient anticipé ces enjeux à travers la mise en place d’un plan national de prévention des risques numériques liés à l’enfance. Ce dispositif, a-t-elle précisé, a conduit à l’élaboration d’une convention nationale visant à accompagner les parents dans la protection de leurs enfants au sein de l’espace numérique. Cette convention repose sur une approche partenariale impliquant l’État, la famille et les fournisseurs de services internet, dans une logique de responsabilité partagée.

La responsable a également indiqué que le ministère des Technologies de la communication travaillait actuellement, en concertation avec les opérateurs et fournisseurs d’accès, à l’élaboration d’un projet de loi destiné à instaurer des mécanismes de contrôle du contenu numérique. L’objectif affiché est de renforcer la protection des mineurs contre les contenus susceptibles de porter atteinte à leur développement psychologique, moral et social, sans pour autant recourir à des mesures de censure généralisée.

Les données avancées par la directrice générale de l’enfance illustrent l’ampleur du défi. Selon les statistiques disponibles, près de 90% des enfants tunisiens ont aujourd’hui accès à un smartphone. Plus préoccupant encore, 78% des enfants de moins de 13 ans seraient déjà présents sur les réseaux sociaux, tandis que 80% ont accès aux jeux électroniques. 

Ces chiffres traduisent une immersion précoce et massive dans l’univers numérique, souvent en l’absence d’un encadrement parental ou institutionnel suffisant. De plus, le développement cognitif et émotionnel des mineurs, encore inachevé, les expose davantage aux mécanismes de dépendance, à la pression sociale et aux stratégies de manipulation propres aux plateformes numériques. L’enjeu dépasse ainsi la seule question de l’âge légal d’accès pour interroger plus largement les modèles de gouvernance du numérique et la responsabilité des acteurs technologiques.

N.J

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