À l’occasion du treizième anniversaire de l’assassinat de Chokri Belaïd, l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) a publié, jeudi 5 février 2026, un communiqué dans lequel elle affirme que la vérité complète sur ce crime n’a toujours pas été établie et que le processus judiciaire demeure incomplet.
L’organisation estime que cet anniversaire dépasse le cadre d’une simple commémoration symbolique et constitue un moment de mobilisation renouvelée pour exiger la vérité et la reddition de comptes dans les affaires d’assassinats politiques en Tunisie.
Une justice jugée fragmentée et inachevée
Selon l’ATFD, malgré les condamnations prononcées contre certains exécutants directs, l’affaire n’a pas permis d’établir toutes les responsabilités. L’association évoque un parcours judiciaire marqué par des retards, des reports d’audiences et des procédures multiples liées notamment à des soupçons de dissimulation, d’entrave et de mauvaise gestion du dossier.
Elle considère que le traitement du crime s’est limité à une approche technique et fragmentée, alors que l’assassinat politique doit, selon elle, être appréhendé comme un crime complexe impliquant planification, incitation, financement, exécution et éventuelles protections politiques ou sécuritaires.
Dans ce cadre, l’ATFD insiste sur cinq questions clés qu’elle estime toujours sans réponse claire à ce stade du processus judiciaire : l’identité des personnes ayant planifié l’opération, celles ayant donné les instructions, les éventuels financeurs, les exécutants directs ainsi que les acteurs ayant pu fournir protection, couverture ou facilitation.
Mise en garde contre l’impunité
L’ATFD exprime son insatisfaction face à l’évolution du dossier et estime que la justice sélective ou retardée peut constituer une forme d’impunité. Elle considère que cette situation est susceptible d’alimenter un climat de peur et de violence politique et de fragiliser les garanties démocratiques.
L’association souligne également que la justice passe, selon elle, par la reconnaissance des droits des familles des victimes, la protection des enfants contre la stigmatisation et la reconnaissance de leur statut de victimes directes d’un système d’impunité.
Soutien à la famille du défunt
Dans son communiqué, l’ATFD exprime sa solidarité avec la famille du défunt, notamment avec ses filles et leur mère, Basma Khalfaoui. L’association affirme que cette dernière continue, selon elle, à faire l’objet de campagnes de dénigrement et de stigmatisation, qu’elle interprète comme une prolongation de la violence politique visant les femmes.
Un appel renouvelé à la vérité et à la reddition de comptes
L’ATFD considère que l’assassinat politique constitue un crime contre la société et contre l’avenir démocratique. Elle affirme qu’il ne peut y avoir ni démocratie sans justice, ni justice sans vérité complète, ni fidélité aux victimes sans poursuites contre l’ensemble des personnes impliquées, quels que soient leurs statuts ou responsabilités.
M.B.Z











