Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Énergie : Ezzedine Khalfallah revient sur l’avancement du projet Elmed

Par Imen Nouira

L’expert international en énergie et ancien directeur général de l’Agence nationale de maîtrise de l’énergie (ANME), Ezzedine Khalfallah, est revenu, vendredi 6 février 2026, sur l’état d’avancement du projet Elmed, lors d’une interview accordée à l’émission Fréquence Écolo diffusée sur les ondes de Mosaïque FM. Un projet structurant, longtemps mûri, dont l’architecture et les objectifs ont profondément évolué au fil des mutations énergétiques en Europe et en Tunisie.

Un projet ancien, mais profondément transformé

Le projet Elmed, reliant la Tunisie à l’Italie par un câble électrique sous-marin, remonte à près de 19 ans. Les premières réflexions datent de 2007-2008, avec une configuration initiale très différente de celle retenue aujourd’hui. À l’origine, il s’agissait d’un câble marin d’environ 200 kilomètres, adossé à une centrale de production électrique d’une capacité de 1200 mégawatts, dont 800 mégawatts devaient être exportés vers l’Italie et 400 mégawatts destinés au marché tunisien.

Cette première mouture s’inscrivait dans un contexte où l’Italie faisait face à des besoins énergétiques importants. Or, depuis, la donne a radicalement changé. L’Italie dispose désormais d’un excédent de production, notamment grâce au développement massif des énergies renouvelables, tandis que l’Union européenne a engagé un virage stratégique en faveur de la neutralité carbone et de la transition énergétique.

Le tournant européen et l’abandon des énergies fossiles

Selon Ezzedine Khalfallah, plusieurs facteurs ont conduit à la refonte du projet. L’adoption du Green Deal européen, l’engagement de l’Europe en faveur du climat, la fin du financement des projets de production d’électricité à partir d’énergies fossiles, ainsi que l’adhésion de la Tunisie aux accords internationaux sur le climat, ont imposé un changement de paradigme.

Dans ce nouveau contexte, Elmed n’est plus un projet de centrale électrique couplée à un câble d’exportation, mais un projet d’interconnexion électrique dédié exclusivement au transport d’électricité, principalement d’origine renouvelable.

Une infrastructure technique de haute complexité

La version actuelle du projet repose sur un câble sous-marin de 200 kilomètres, d’une capacité de 600 mégawatts, utilisant un courant continu. En raison des spécificités des réseaux électriques tunisien et italien, qui fonctionnent en courant alternatif, deux stations de conversion sont prévues.

La première sera implantée dans le sud de l’Italie, en Sicile, tandis que la seconde sera construite en Tunisie, dans la région d’El Mlaaba, entre Kélibia et Menzel Temime. Ces stations permettront de convertir le courant continu en courant alternatif, garantissant l’intégration du flux électrique dans les réseaux nationaux.

Des investissements lourds en infrastructures en Tunisie

Au-delà du câble maritime, le projet Elmed nécessite le développement d’importantes infrastructures terrestres en Tunisie. Il s’agit notamment de lignes de transport à haute tension reliant Kélibia à Grombalia, puis à Mornag, ainsi que de connexions supplémentaires entre Kondar et Grombalia.

Ces lignes, d’une tension de 400 kilovolts, s’inscrivent dans le programme global de modernisation du réseau électrique national, mené par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), notamment pour accompagner la montée en puissance de la production d’énergies renouvelables dans le sud du pays et répondre à la demande croissante dans le nord.

Coût global et montage financier

Le coût total du projet Elmed est estimé à 840 millions d’euros, répartis entre les deux pays. Le gestionnaire du réseau italien, Terna, prend en charge la partie italienne, tandis que la Steg est responsable du volet tunisien.

À ce montant s’ajoutent environ 110 millions d’euros dédiés aux infrastructures terrestres connexes en Tunisie. Toutefois, la viabilité économique du projet est renforcée par une subvention européenne de près de 307 millions d’euros, accordée dans le cadre des mécanismes de soutien aux projets énergétiques transfrontaliers.

Grâce à cette contribution, le coût global supporté par la Tunisie est estimé à environ 380 millions d’euros, incluant le câble sous-marin, la station de conversion et les infrastructures de raccordement.

Études environnementales et garanties écologiques

Interrogé sur l’impact environnemental du projet, Ezzedine Khalfallah a assuré que toutes les études environnementales et sociales requises ont été menées, conformément aux exigences des bailleurs de fonds internationaux.

Ces études ont concerné aussi bien le tracé sous-marin du câble que les segments terrestres reliant les stations de conversion aux réseaux nationaux. Elles ont conclu à l’absence d’impacts significatifs sur la biodiversité marine, les fonds marins, les zones de pêche ou les équilibres sociaux locaux.

Des études techniques approfondies, notamment des analyses géophysiques et bathymétriques du fond marin, ont également été réalisées afin de sécuriser le passage du câble et d’en garantir la durabilité.

Un calendrier désormais balisé

Le projet a franchi une étape décisive avec la sélection des entreprises chargées de la réalisation du câble sous-marin et des stations de conversion. Selon Ezzedine Khalfallah, la mise en service d’Elmed est prévue à l’horizon 2028, date à laquelle l’interconnexion devrait être pleinement opérationnelle.

Un enjeu stratégique pour la Tunisie

Au-delà des interrogations récurrentes sur la rentabilité du projet et la répartition des bénéfices, Elmed s’inscrit, selon l’expert, dans une logique stratégique à long terme. Il vise à renforcer l’intégration de la Tunisie dans le marché énergétique euro-méditerranéen, à faciliter l’exportation future d’électricité verte et à soutenir la transition énergétique nationale.

Les débats sur les retombées économiques et les bénéfices directs pour la Tunisie restent ouverts, mais une chose est certaine : Elmed marque une étape majeure dans la reconfiguration du paysage énergétique tunisien et dans son arrimage aux dynamiques européennes.

I.N.

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

3 commentaires

  1. Rationnel

    6 février 2026 | 16h05

    La Tunisie dispose d’un atout naturel exceptionnel : un ensoleillement parmi les plus élevés de la Méditerranée. Avec la mise en service de l’interconnexion ELMED en 2028, le pays aura accès direct à un marché européen où l’électricité se vend jusquà 132 euros le MWh en Allemagne. Pour exploiter pleinement la capacité de 600 MW de ce câble, il est impératif de développer rapidement 1500 à 2000 MW de production renouvelable. Les procédures actuelles d’autorisation constituent un frein majeur à cet objectif. L’exemple du Pakistan montre qu’une simple décision déliminer les permis pour les installations de moins de 25 kW a déclenché une révolution solaire de 50 GW en quatre ans. La Tunisie (l’ANME et la STEG) doit simplifier ses procédures pour attirer les investissements, créer des emplois locaux et transformer son potentiel solaire en devises étrangères. Chaque année de retard représente des milliards de dinars de revenus d’exportation perdus. Le MWH d’energie solaire coute de 35 et 45 euros par MWh a Grombalia, le point focal de cette strategie, les stations eoliennes de Scatec a ElFahs sont proches donc du solaire plus eolien plus geothermqiue a Korbous dans un avenir proche.

  2. Gg

    6 février 2026 | 16h03

    Comprends pas bien!
    Ce choix d’une ligne 400kV DC me laisse dubitatif.
    Pourquoi du continu? Diminuer les pertes diélectriques dans le câble est une explication, y en a t-il d’autres?
    Le coût des stations de conversion AC-DC et DC-AC, de puissance 600MW, est colossal.
    De plus, ce procédé est unidirectionnel.
    Non, vraiment, comprends pas!

    • Rationnel

      6 février 2026 | 17h06

      Les lignes HVDC (courant continu haute tension) sont privilégiées pour le transport d’électricité sur longue distance principalement en raison de pertes dénergie significativement plus faibles, de coûts dinfrastructure réduits (moins de conducteurs) et de la capacité à connecter des réseaux AC asynchrones. Contrairement au courant alternatif, le courant continu n’a pas de limitations de distance, élimine les effets de peau, ne nécessite pas de compensation de puissance réactive et permet un câblage sous-marin ou souterrain efficace.

      Les lignes HVDC ont des pertes denviron 50% inférieures (environ 3,5% par 1000 km) comparées aux lignes AC équivalentes (environ 6,7%).
      Bien que les stations de conversion soient coûteuses, les lignes HVDC ne nécessitent que deux conducteurs (pôles) contre trois pour l’AC. Cela se traduit par des pylônes moins chers, des emprises plus étroites et des coûts de construction globaux inférieurs pour les projets longue distance.
      Le HVDC ne souffre pas des limitations inductives et capacitives, ce qui le rend idéal pour connecter des sources dénergie éloignées (comme lhydraulique ou léolien) aux centres de consommation sur plus de 600 km.
      Le HVDC offre un contrôle supérieur du flux de puissance et peut connecter deux réseaux AC non synchronisés, améliorant ainsi la stabilité du réseau.
      Faisabilité sous-marine et souterraine : Grâce à des effets capacitifs réduits, le HVDC est supérieur pour les longs câbles sous-marins là où lAC ne peut pas fonctionner efficacement sur de longues distances.
      Cette interconnection fait partie du reseau europeen, la distination finale est l’Allemagne ou le prix de l’electricite est le plus eleve.