Le bureau de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), réuni vendredi 6 février 2026, a commenté brièvement l’arrestation du député Ahmed Saidani, interpellé après avoir critiqué avec virulence le président de la République sur les réseaux sociaux.
Cette réaction était particulièrement attendue, dans la mesure où elle devait permettre de jauger la position de la présidence du Parlement face à l’incarcération d’un élu — qui fait en outre partie du bureau — pour avoir exprimé une opinion politique. D’autant que l’arrestation a suscité un tollé, aussi bien parmi certains députés que dans l’opinion publique.
Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion, le bureau de l’ARP a indiqué avoir pris acte de l’ouverture de poursuites judiciaires visant Ahmed Saidani, député et assistant du président de l’Assemblée chargé des grandes réformes. Il a, à ce titre, appelé au respect des garanties constitutionnelles accordées à tout député dans le cadre de toute procédure judiciaire ou pénale engagée à son encontre.
Le ton adopté est resté strictement institutionnel, marqué par la prudence et la « diplomatie », sans expression explicite de solidarité avec le député incarcéré, ni critique directe de la procédure.
La “clarification” floue
Mais moins d’une heure plus tard, un second communiqué intitulé « Clarification » est venu relancer la polémique. Contrairement au premier texte, celui-ci ne mentionne aucun nom ni aucun contexte, tout en rappelant que les décisions et positions officielles du Parlement ne sont exprimées que via ses canaux officiels.
Le communiqué précise : « L’Assemblée des représentants du peuple précise que toutes ses décisions et positions officielles sont publiées exclusivement à travers les communiqués et déclarations de presse diffusés sur ses canaux officiels.
Elle affirme que tout ce qui est publié en dehors de ces canaux, que ce soit via les médias ou sur les réseaux sociaux, relève d’opinions et de lectures personnelles de leurs auteurs, ne reflète pas la position officielle de l’Assemblée des représentants du peuple et ne l’engage en rien ».

Sur les réseaux sociaux, ce texte a été perçu comme un désaveu implicite visant le député Ahmed Saidani. Plusieurs internautes ont raillé ce qu’ils ont considéré comme un sous-texte : une volonté de la présidence du Parlement de se dédouaner, voire de prendre ses distances avec l’élu, au moment même où des députés dénoncent l’arrestation de leur collègue.
Un “échec communicationnel” et un message brouillé
Le journaliste Fahem Boukadous a analysé la portée communicationnelle et politique des deux communiqués, estimant que le second texte a produit l’effet inverse de celui recherché.
Selon lui, la publication de deux communiqués successifs dans la même journée a ouvert la porte à l’interprétation : le premier était clair, direct et contextualisé, tandis que le second, présenté comme une « clarification », était plus vague et plus général, ce qui a renforcé les soupçons quant à son objectif réel.
Fahem Boukadous estime que ce second communiqué pourrait s’inscrire dans une démarche préventive visant à encadrer les initiatives individuelles ou collectives de députés, notamment les prises de position publiques ou les déclarations de soutien à Ahmed Saidani, susceptibles de dépasser la réserve affichée par le bureau de l’ARP.
Cependant, souligne-t-il, cet encadrement a été formulé de manière ambiguë, sans distinguer clairement entre la liberté d’expression des députés et la position officielle de l’institution.
Pour le journaliste, la « clarification » a ainsi constitué un véritable échec communicationnel : au lieu de refermer la porte aux interprétations, elle l’a ouverte davantage, transformant la prudence en signe de faiblesse et révélant une gestion hésitante du discours institutionnel.
En conclusion, Fahem Boukadous estime que l’aspect le plus préoccupant n’est pas ce qui a été dit, mais ce qui n’a pas été dit : dans une séquence politique sensible, la capacité des institutions à assumer la clarté et la responsabilité constitue un indicateur de leur solidité. Or, selon lui, l’ARP a donné l’image d’une institution incapable de gérer une « simple » séquence de communication, ce qui interroge sur sa capacité à affronter des moments plus complexes.

Alignement et prudence
Au-delà de la séquence communicationnelle, cet épisode vient aussi raviver les critiques récurrentes visant l’actuelle Assemblée, souvent décrite par ses détracteurs comme une simple caisse de résonance du pouvoir exécutif. Une institution sans véritable autonomie politique, réduite à accompagner et entériner les décisions venues d’en haut, y compris lorsque celles-ci touchent directement l’un de ses membres.
Le fait qu’un député puisse être incarcéré pour des opinions exprimées publiquement, sans réaction nette et assumée de l’institution législative, renforce cette perception d’un Parlement davantage préoccupé par la prudence et l’alignement que par la défense de ses prérogatives et des garanties constitutionnelles de ses élus.
R.B.H












