Par Imad Daimi
Depuis 2021, la Tunisie vit sous l’emprise d’un récit devenu quasi officiel : celui de la “décennie noire”. Relayé par une partie des médias et amplifié par les réseaux sociaux, ce récit présente la période 2011–2021 comme une parenthèse honteuse, faite de chaos, de corruption et d’impuissance.
Dans cette version de l’histoire, la démocratie aurait conduit à la décadence, les libertés à la désorganisation, et les élections à la trahison du peuple. Il fallait donc, prétend-on, qu’un homme fort vienne restaurer l’ordre et sauver la nation. Mais cette lecture est, au mieux partielle, au pire profondément trompeuse.
Un récit populiste et simplificateur
La «décennie noire» n’est pas une vérité historique, mais une construction politique. Le pouvoir actuel s’est appliqué à transformer les désillusions légitimes des Tunisiens en ressentiment contre la démocratie elle-même. En exploitant la frustration née de la crise économique, du chômage et de la perte de confiance envers les élites, ce discours a progressivement bâti une rhétorique fondée sur l’opposition entre un peuple supposé pur et des élites perçues comme corrompues, entre une logique providentielle et des institutions présentées comme inutiles.
Cette stratégie populiste a trouvé un terrain fertile : après une décennie de transitions laborieuses, beaucoup de citoyens ont cessé d’y croire. Les gouvernements successifs ont échoué à améliorer concrètement la vie quotidienne des Tunisiens.
Pris entre les tiraillements politiques, les contraintes budgétaires et les blocages administratifs, ils ont souvent manqué de vision et de courage réformateur. Pendant ce temps, une grande partie de la classe politique s’est perdue dans des batailles idéologiques stériles et des alliances opportunistes, cherchant le pouvoir plus qu’elle ne servait l’intérêt général.
Une transition inachevée, pas un échec démocratique
Il faut pourtant distinguer l’échec des élites de celui de la démocratie. Ce que la Tunisie a vécu entre 2011 et 2021 n’était pas un fiasco démocratique, mais une transition incomplète. Les institutions étaient fragiles, les partis souvent inexpérimentés, et les attentes sociales immenses après des décennies d’autoritarisme.
Mais réduire ces dix années à une “catastrophe” revient à nier ce qu’elles ont apporté : une Constitution progressiste issue d’un consensus national inédit, des élections libres et pluralistes reconnues internationalement, une liberté d’expression retrouvée, une société civile dynamique et vigilante, et surtout l’émergence d’une citoyenneté active qui ne veut plus se taire.
Ces acquis, bien que fragiles, ont redonné aux Tunisiens le sentiment d’être acteurs de leur destin. Le problème n’était donc pas trop de démocratie, mais pas assez de gouvernance démocratique efficace.
Les vraies causes du mal tunisien
Les maux économiques et sociaux qui rongent la Tunisie ne sont pas nés avec la révolution: ils puisent leurs racines dans un système hérité de la colonisation et consolidé dès les débuts de l’État national, fondé sur la centralisation excessive, la rente et le clientélisme.
Ce système n’a pas disparu en 2011: il s’est simplement adapté, infiltrant les nouvelles institutions et neutralisant les réformes.
En vérité, le duo destructeur qui mine la Tunisie n’est pas “démocratie et désordre”, mais bien autoritarisme et corruption. Ce couple historique a vidé l’État de sa substance et maintenu les citoyens dans la dépendance et la précarité.
La décennie 2011-2021 : une période d’apprentissage collectif
Plutôt que de l’effacer, il faut relire cette décennie avec lucidité. Elle fut chaotique, certes, mais aussi féconde.
C’est durant ces années que les Tunisiens ont expérimenté la liberté, débattu publiquement, dénoncé la corruption, créé des associations, des startups, des médias indépendants.
Des femmes et des hommes, dans les régions et les communes, ont tenté d’inventer une gouvernance plus proche des citoyens. Des juges ont commencé à s’émanciper du pouvoir politique.
C’est aussi cela la démocratie : un long apprentissage, souvent ingrat, mais nécessaire.
Oui, la décennie a produit ses déceptions : promesses trahies, gouvernements instables, querelles sans fin. Oui, les partis ont souvent manqué d’éthique, et les responsables ont trop fréquemment privilégié le calcul partisan à l’intérêt du pays.
Mais de cet échec collectif peuvent naître des leçons utiles, à condition d’avoir le courage de les regarder en face.
La vraie “décennie noire”
C’est paradoxalement après 2021 que la Tunisie a réellement plongé dans une période sombre : celle de la peur et du silence.
Les libertés reculent, la justice est instrumentalisée, les opposants emprisonnés, la presse muselée.
L’économie s’effondre. La pauvreté s’accroît. La vie devient plus chère. Les produits essentiels se font rares. L’État se replie sur lui-même, et la méfiance s’installe jusque dans les foyers.
Ce n’est pas la démocratie qui a détruit la Tunisie, mais sa suspension.
Et cette épreuve, si douloureuse soit-elle, révèle à quel point les acquis de la décennie précédente étaient précieux.
Le populisme comme vaccin
Mais de cette rechute autoritaire peut naître une leçon salutaire.
En cédant à la tentation du pouvoir fort, une partie des Tunisiens a voulu croire qu’on pouvait guérir le mal démocratique par un remède autoritaire. Mais cette illusion agit, paradoxalement, comme une injection de rappel civique : une dose de désenchantement nécessaire pour comprendre, de manière concrète, les mécanismes de la régression démocratique.
Comme un vaccin qui introduit une forme affaiblie du mal pour stimuler les défenses, la séquence populiste, en donnant à voir les conséquences concrètes de l’autoritarisme, pourrait bien permettre au corps social d’en développer l’immunité démocratique.
Retrouver le sens de la liberté
La Tunisie ne se sauvera ni par la nostalgie de l’autorité, ni par les slogans du populisme.
Elle se relèvera en renouant avec l’esprit du 17 décembre-14 janvier : celui de la responsabilité, du courage civique et de la confiance dans la liberté.
La démocratie tunisienne n’a pas échoué : elle a été trahie, interrompue, déformée. Mais elle reste notre seul horizon viable.
La véritable « décennie noire », c’est celle où le peuple sacrifie son droit à choisir, à débattre, à espérer.
Et si la décennie 2011–2021 n’a pas tenu toutes ses promesses, elle a au moins ouvert une porte. Il ne tient qu’aux Tunisiens de la rouvrir … avant qu’elle ne se referme pour longtemps.
BIO EXPRESS
Imad Daimi – Ancien député, auteur de « Tunisie possible »
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.











6 commentaires
ZARZOUMIA
Maintenant vous donnez de l’espace aux détracteurs , BHIM WOU GDIM GARAA ! vous ne pouvez pas être plus clair que ça . (( c’est qui le prochain qui vous balancera un torchon de l’étranger !!! )) .
Larry
M. Imad Daimi…..
Il serait temps pour vous de porter des lunettes et de vivre sur une autre planète… Cela nous evitera de lire des âneries !…
Une décennie minable à tout point de vue et que dire de ce qui en suit…. MINABLE à vomir…
aissaoui nasser
je persiste et signe que 2011- 2021 a été la decennie noire provoquée essentielleme et surtout par de l’ amateurisme politique et la main basse de l’ élite politique sur les richesses du pays, les nahdhaouis en premier lieu
On se souvient de:
1. recrutement massif au sein de l’administration
2. pension de retraite de tous ces prisonniers qui n’ ont jamais ou presque travaillé
3. indemnisation en millions de dt de tous les nahdhaouis qui se comptent par milliers.
et j’ en passe…
Et si la Tunisie est à présent au point mort ,
c’ est surement à cause du dérapage criminel des nahdhaouis et de leurs acolytes.
Voilaaa : ÇA c'est de la tribune !
Tout est dit.
Les points sur les i, le Imad Daimi.
Puisse aussi que cette décennie verte mollahrdeuse double quinKhannat en Kours prenne fin au plus vite avec reddditiion des Komptes et retour authentique aux principes démocratiques d’Esprit révolutionnaire 2011 comme Lettre commune 2014 sans concession, ni contorsions ni compromissions mais ENTIERE LECON TIREE ET APPRISE DE TOUTE LA PERIODE !
Tunisino
Suite-Dégage! Les nuls de la phase 1 de la république des imbéciles osent encore parler? Sur quelle base, sur la base de leur résultat catastrophique? Ils ont négligé le coté technique responsable de la qualité de vie des tunisiens, suivant lequel le soulèvement de 2011 a eu lieu, pour ne s’occuper que du coté démocratique, médiocrement, avec tout égoïsme, et littérairement!
Tunisino
Dégage! Les nuls de la phase 1 de la république des imbéciles osent encore parler? Sur quelle base, sur la base de leur résultat catastrophique? Ils ont négligé le coté technique responsable de la qualité de vie des tunisiens, sui