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Il nous faudra plus que la main de Fatma pour nous en sortir

Par Sofiene Ben Hamida

Par Sofiene Ben Hamida

Depuis la nuit des temps, les hommes ont cru au sacré et ont inventé des pratiques, des signes et des objets pour s’en rapprocher. La superstition consiste à croire que des signes ou des objets, forcément et à des degrés plus ou moins forts et apparents, ont un lien avec le divin et le sacré, et peuvent conjurer le sort ou attirer la chance. La superstition a accompagné toutes les civilisations depuis l’Antiquité sans prendre une ride. Dans un contexte de peur ou d’ignorance, ce phénomène est amplifié.

Des talismans universels face à l’adversité

Si les Égyptiens anciens utilisaient les scarabées de cœur, les Japonais les omamoris, d’autres civilisations recourent à une multitude de talismans et de gris-gris pour attirer la prospérité ou conjurer le mauvais sort durant les périodes difficiles comme les disettes ou les pandémies. Dans la région arabo-musulmane, surtout chez nous en Tunisie, deux amulettes sont très répandues.

Il s’agit en premier lieu du talisman sous la forme d’un carré de tissu qui enveloppe un papier sur lequel est écrit une sourate du Coran, le nom du prophète ou des prières. Ce talisman, que l’on porte sur soi ou que l’on met dans un coin de la maison, est doté d’un pouvoir miraculeux, dit-on, qui n’a jamais été confirmé. La seconde amulette très répandue en Tunisie est la main de Fatma, à qui on attribue un pouvoir apotropaïque censé protéger contre les maladies, les maléfices, le mauvais œil ou les accidents.

Une protection illusoire dans un pays au bord du chaos

Compte tenu de l’état du pays (je ne dirai pas « heyla » car c’est un mot qui conduit directement à la prison), qui frôle le pire sans jamais sombrer, il doit y avoir des milliers, sinon des millions, de mains de Fatma qui font l’effet d’un bouclier et qui sont accrochées aux cous des femmes ou estampillées sur les façades des maisons. Comme le pays a « le sol chaud », aux dires de l’autre, il semblerait que nous ne sommes pas sous la protection de la main de Fatma seulement, mais de Fatma elle-même. Mieux encore, par la grâce de Sidi Mehrez et Sidi Belhassen (qui ne se sont pas décarcassés au secours de leur confrère Sidi Bousaid malmené par les dernières intempéries), le pays est doté plutôt de deux Fatmas protectrices que d’une.

La première est chroniqueuse qui envahit depuis quelques mois l’espace access-prime-time de la chaîne télévisée nationale. On savait qu’elle était proche du pouvoir en place, sinon on ne lui aurait jamais ouvert les portes des studios de la chaîne. On savait aussi qu’elle a, de tout temps, été proche des sphères de tous les pouvoirs. N’a-t-elle pas été désignée membre de la commission dite indépendante des élections au début des années 2000 par l’ancien président Ben Ali ? En faisant partie de cette commission, elle a validé ces élections et donné une apparence de transparence à un processus électoral pipé de bout en bout. Mais de là à affirmer, ici et maintenant, que la Tunisie d’aujourd’hui connaît une chance qu’elle n’avait jamais connue durant son histoire, c’est forcer sur le champignon, aller fort en besogne et laisser coi l’ensemble des Tunisiens. Par cette flagornerie, cette Fatma, avec ses deux mains, ne peut s’apparenter, même de très loin, à une protectrice du pays. Il lui reste de jouer le bouclier pour le pouvoir actuel… en attendant le prochain.

Une députée opportuniste au service de ses intérêts

L’autre Fatma est députée, membre d’une chambre de représentants du peuple que le peuple boude et ignore. Elle est très adroite quand il s’agit de choisir le parti ou la formation politique qui lui garantit une place sous l’hémicycle. Elle est aussi douée quand il s’agit de se saisir des dossiers d’actualité qui accaparent l’attention du public pour en faire une affaire personnelle, ce qui lui ouvre les portes des médias et lui donne une certaine notoriété.

Mais sa volonté de se tenir tout le temps sous les feux de la rampe montre aussi son autre profil, pas celui de la militante engagée, mais celui de l’opportuniste, raciste et xénophobe. Son attitude à l’occasion de l’arrestation de l’un de ses collègues à cause de ses positions publiques met à nu le visage d’une personne égoïste, qui n’a aucune empathie pour les autres et ne connaît pas le sens de la solidarité.

Sa campagne hideuse contre les migrants subsahariens fait honte à ce pays qui a toujours été une terre d’accueil et un carrefour des cultures et des civilisations. Pour ces pauvres malheureux migrants, la main de cette Fatma n’est pas une main protectrice, loin s’en faut.

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4 commentaires

  1. zaghouan2040

    8 février 2026 | 20h09

    Toute dictature fomente l’oppression la servilité et la cruauté; le plus abominable est qu’elle fomente et generalise la stupidité  »

    De la boue et des grigris

  2. Larry

    8 février 2026 | 20h08

    Chez nous avec des  » INCHALLAH  » tout ira bien !….
    On ferme les yeux ou on tourne la tête ailleurs….
    Et tout est réglé chez les niais !….

  3. HatemC

    8 février 2026 | 19h56

    En comparant des figures publiques à des amulettes de protection, SBH suggère qu’elles sont au mieux inutiles, au pire ridicules ou opportunistes. Il n’est pas le seul à le penser idem …

    On sent :
    – une lassitude politique ancienne,
    – une défiance totale envers les figures publiques,
    – et surtout une colère rentrée, qui ne cherche plus à convaincre par les faits, mais à se soulager par le style.

    C’est un excellent exemple de la manière dont la plume peut être utilisée comme une arme de dérision dans un contexte de liberté d’expression sous pression…. SBH possède cet art de la dérision tout en critiquant directement le régime.

    Je me lance …. pour ceux qui n’ont pas identifiés les 2 Fatma

    Sans les nommer de manière exhaustive, il désigne surement deux figures qui incarnent la dérive du débat public en Tunisie.

    – « Fatma la chroniqueuse » … L’ombre du pouvoir, l’auteur fait référence surement à Fatma Karray.
    Facile elle navigue bien … une cireuse de pompe …

    – L’autre Fatma la députée …
    Fatma, la députée » … Le populisme, l’auteur fait référence surement à Fatma Mseddi, a souvent changé d’alliances politiques … elle est l’une des voix les plus fortes réclamant des mesures de fermeté, ce que l’auteur qualifie ici de « raciste et xénophobe ».

    Ces  » actrices de la vie publique » sont transformées en simples « objets de superstition » des amulettes … elles sont là, on les voit partout, mais elles ne servent à rien pour résoudre la crise du pays.

  4. Rationnel

    8 février 2026 | 18h33

    Contrairement à la vision de l’auteur qui réduit l’héritage spirituel à une superstition archaïque pour masquer un chaos politique, la Tunisie possède une structure mystique qui dépasse la simple conjuration du sort. En ridiculisant ces symboles, l’auteur ignore que nous vivons ce que Raphaël Liogier (auteur de « Success. L’industrialisation du mensonge »: https://www.youtube.com/watch?v=xlCHg-MafMc) décrit comme l’effondrement de l’industrialisation du mensonge, où la rationalité matérielle et l’exhibition médiatique ne produisent plus que du vide. La prochaine phase de l’évolution humaine ne réside pas dans un progrès technique désincarné, mais dans un retour au mysticisme comme seule réponse à la polycrise actuelle. Cette terre, qui a formé l’esprit d’Ibn Arabi, n’est pas protégée par des talismans illusoires mais par une géographie sacrée et une profondeur intérieure. Ce patrimoine n’est pas un frein à la modernité, mais le socle d’un nouvel ordre mondial où la vérité de l’âme remplace enfin le vacarme des impostures.