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La dignité de la démission

Par Synda Tajine

Certaines situations imposent une démission immédiate. Lorsqu’un responsable se trouve impliqué dans une affaire où sa responsabilité cause du tort aux personnes qu’il est censé servir, il n’a d’autre choix que de reconnaître que « sa présence fait plus de mal que de bien » et de partir. En toute dignité. Au moins pour préserver ce qui reste de son honneur après des travers qui le rendent incapable d’assumer publiquement des fonctions publiques. C’est du simple bon sens. C’est de la démocratie élémentaire, pratiquée dans des pays qui, au moins en surface, respectent leur peuple et ceux qui les paient.

On l’a vu ces dernières années, et même ces derniers jours. En 2019, Theresa May, Première ministre britannique, démissionnait avec le « regret » de ne pas avoir pu résoudre le blocage du Brexit. Sanna Marin, cheffe du gouvernement finlandais, a présenté la démission de son gouvernement après la défaite électorale de son parti aux législatives. Jacinda Ardern, Première ministre néo-zélandaise, annonçait en 2023 son départ après six ans au pouvoir, expliquant qu’elle n’avait « plus assez d’énergie pour faire ce travail » et qu’elle voulait « laisser la place aux nouvelles générations »

Dans ces pays, démissionner n’est pas toujours un échec mais un acte de responsabilité.

Quand les scandales frappent fort

Dans d’autres cas, moins nobles certes, mais tout aussi nécessaires, la démission devient inévitable. L’affaire Epstein a été un véritable raz-de-marée, secouant l’establishment occidental. Depuis les révélations, le Prince britannique Andrew s’est retiré de toute fonction publique royale et a perdu ses titres militaires honorifiques. Alexander Acosta, secrétaire au Travail américain, démissionnait après avoir négocié en 2008 un accord judiciaire trop clément pour Epstein lorsqu’il était procureur fédéral. Jack Lang, président français de l’Institut du monde arabe, a dû quitter son poste suite à des liens financiers indirects avec Epstein révélés par la presse. Ils n’avaient aucun autre choix.

Dans le monde, plusieurs autres figures économiques, universitaires ou philanthropiques ont renoncé à leurs fonctions ou été écartées après la révélation de relations passées avec Epstein. Le message était clair : avant même que la justice tranche, la décence exige que certaines têtes tombent.

Au-delà d’Epstein, la culture de la démission ponctue régulièrement les démocraties, même dans des affaires moins retentissantes. En France, l’animateur Jean-Marc Morandini a demandé à être écarté de l’antenne de CNews au cœur d’une controverse liée à ses condamnations par la justice. La veille, exprimant son indignation, la journaliste Sonia Mabrouk, elle, s’est retirée de la chaîne pour « permettre un retour à la sérénité dans le travail quotidien ».

La Tunisie : quand la démission devient un concept absent

En Tunisie, la démission n’est pas une culture, c’est un phénomène rare et souvent simulé. Les responsables attendent généralement d’être écartés, ou jouent des mises en scène qui n’engagent à rien. 

L’exemple d’Abid Briki, candidat malheureux à la présidentielle de 2019, qui avait promis de partir après sa défaite électorale…pour revenir quelques jours plus tard « sous pression de son parti », illustre cette pratique devenue presque systématique.

Pourtant, au-delà de l’anecdote, les scandales et les fautes ne sont pas rares, mais rares sont les démissions qui en découlent. Pourtant, les raisons d’une démission légitime ne manquent pas en Tunisie. Il suffit de regarder les résultats de la gestion gouvernementale chaotique, des dysfonctionnements au sein de l’administration, de la crise des médicaments, de la recrudescence des violences en milieu scolaire, de la défaillance de la santé publique…

Des murs d’institutions publiques s’effondrent, des enfants meurent écrasés, des habitants sont asphyxiés par des émanations chimiques, des citoyens meurent faute de soins, et des patients souffrent de l’absence de médicaments vitaux…aucun responsable n’a eu la dignité de dire « je n’ai rien pu faire, d’autres auraient pu faire mieux que moi, je dois partir ». 

Si la culture de la démission n’a jamais réellement été « dans nos mœurs », le système actuel, ne permet pas forcément cet élan de courage. Ces éléments sont plutôt des motifs de limogeage autoritaire ou de tension institutionnelle, plutôt que de démissions volontaires assumées par les intéressés eux‑mêmes. A quoi ça sert de démissionner lorsqu’une épée de Damoclès pèse sur votre tête et menace de vous retirer vos responsabilités au moindre faux pas ?

Mais pour nourrir une véritable culture de la démission, un élément clé se doit d’être présent. Il s’agit d’une opposition solide et effective. Loin d’être le cas aujourd’hui. Beaucoup d’opposants ont été placés, ces dernières années-mois, en prison ou ont fui le pays pour se réfugier ailleurs, laissant la scène politique quasiment désertifiée. Dans ce contexte, aucune pression politique ne peut véritablement contraindre un responsable à quitter ses fonctions, surtout s’il est clairement réticent à le faire. 

Dans les faits donc, on peut cumuler les erreurs, multiplier les travers, ou même être mêlé à des affaires douteuses sans que la décence n’exige un départ. Les scandales qui, ailleurs, provoqueraient un effet domino de démissions, restent souvent lettre morte ici. La seule dynamique observable vient parfois des opposants ou des médias, qui questionnent la probité et la légitimité des responsables, mais leur influence est souvent étouffée par la crainte de représailles judiciaires vastes et arbitraires. 

Un véritable cercle vicieux dans lequel les erreurs se répètent, les travers se normalisent, et la confiance – du moins ce qui reste – du public dans ses dirigeants s’érode. Mais comment parler de démission dans un système où les limogeages se font comme un manège  sans qu’aucune explication ne soit donnée sur les raisons qui la motivent. Et où un chef de gouvernement est nommé pratiquement tous les six mois à cause de « sa défaillance », avant qu’un autre vienne prendre la place « tout aussi défaillant ». 

D’ailleurs, depuis 2021 chaque chef de gouvernement est resté en moyenne un an en poste (un an et un mois pour être précis). Ça sent le remaniement dans l’air. Kaïs saied n’avait il pas appelé hier « à un renouvellement des responsables »?…. Ceci ne se fera certainement pas après des démissions… 

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3 commentaires

  1. Mhammed Ben Hassine

    12 février 2026 | 10h21

    Eux déjà sur mars et nous nous sommes tjr sur terre
    Comparer l’incomparable est ce possible !? Dans la mesure où on ne veut pas emboîter leurs pas pour arrivée en même niveau

  2. Vladimir Guez

    11 février 2026 | 8h21

    C’est un peunde le corollaire de la culture du deni et du « c’est la faute des autres » qui est profondément culturel. De simple écolier au plus haut sommet de l’état. Ce sont les mêmes attitudes.
    Quand vous niez les évidences ou que vous n’endossez jamais vos responsabilités , la démission n’est pas dans la panoplie de l’honneur.

  3. Hannibal

    11 février 2026 | 5h21

    En Tunisie, on adore le super pouvoir du limogeage et de l’humiliation.
    Pourtant, une démission permet souvent de partir la tête haute.
    Un conseil : tout ministre qui se sent visé par un remaniement à venir, devra démissionner et le dire publiquement pour empêcher le limogeage considéré comme sensationnel par une population en quête de vengeance au lieu de solutions à leurs problèmes.