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Sonia Mabrouk, sacrifiée mais jamais vraiment partie : ce que cache la crise de CNews

Service IA, Business News

Par Maya Bouallégui

Le 14 janvier 2026, Jean-Marc Morandini est définitivement condamné. Le 6 février, Sonia Mabrouk quitte CNews. Le 9 février, Morandini “se retire” de l’antenne, sans jamais démissionner. Entre ces dates, un bras de fer brutal, des mots lourds de sens et une journaliste tunisienne poussée vers la sortie. Une affaire présentée comme franco-française, mais qui dit beaucoup plus sur la mécanique des empires médiatiques et sur la place réelle accordée à ceux qui osent déranger.

Le 14 janvier 2026, la Cour française de cassation rejette le pourvoi de Jean-Marc Morandini, rendant définitive sa condamnation pour corruption de mineurs. Derrière cette qualification juridique se cachent des faits précis et établis par la justice : l’animateur a sollicité, à plusieurs reprises, des adolescents âgés de quinze et seize ans, leur demandant l’envoi de photos dénudées, évoquant des scénarios sexuels explicites et allant jusqu’à réclamer, dans un cas, des actes de masturbation filmés, sous couvert de castings ou de projets professionnels fictifs. Dans d’autres affaires, également devenues définitives, il a été condamné pour harcèlement sexuel et travail dissimulé dans le cadre de faux castings. Malgré cette accumulation de condamnations, la direction de CNews affirme alors, sans détour, “assumer complètement” son maintien à l’antenne.

Le 20 janvier, en direct, Sonia Mabrouk laisse éclater un malaise profond. Elle dit qu’elle “n’en dort plus”, qu’elle ne peut “cautionner” une situation “d’une gravité réelle”. La phrase est mesurée, presque prudente. Mais elle fait l’effet d’une déflagration dans un groupe médiatique habitué à une discipline interne sans aspérités.

Trois semaines plus tard, le 6 février, Sonia Mabrouk officialise son départ de la chaîne. Le 9 février, Jean-Marc Morandini “se retire” enfin de l’antenne, à son initiative, “afin de rétablir le calme”. Pas un mot sur une démission. Pas un mot sur un licenciement. Pas un mot sur l’avenir.

La chronologie, à elle seule, suffit à démonter le récit officiel.

Une phrase qui vaut avertissement

Entre ces dates, il y a une scène décisive. Une altercation dans les loges de maquillage. Une phrase attribuée au patron de la chaîne, Serge Nedjar, rapportée et confirmée par plusieurs sources :

« Jean-Marc Morandini restera coûte que coûte. Et ceux qui ne sont pas contents, c’est la porte ! La porte ! La porte ! »

Difficile d’y voir autre chose qu’un ultimatum. Un message clair : la ligne est fixée, la hiérarchie a tranché, et ceux qui contestent savent où se trouve la sortie. Sonia Mabrouk a compris. Elle est partie.

Une vraie-fausse éviction

Selon les enquêtes du journal français Le Monde, la journaliste n’a pas claqué la porte. Elle a tenté d’agir en interne, d’alerter, d’entraîner d’autres prises de position. En vain. Sa parole publique a fissuré un édifice ultra-verrouillé. La sanction n’a pas été formalisée, mais elle a été nette : rester impliquait de se taire.

CNews a donc choisi. Non pas entre deux visions éditoriales, mais entre deux figures. Entre une journaliste qui mettait en cause un choix moral, et un animateur condamné que la direction s’obstinait à maintenir.

C’est ici que le malaise devient plus profond, et plus troublant encore. Sonia Mabrouk a quitté CNews, mais elle n’a pas quitté l’empire Bolloré. Elle est restée à l’antenne de la radio Europe 1, où elle poursuit son interview politique. Une émission qui, fait rarement souligné, est codiffusée sur CNews.

Autrement dit, la journaliste est officiellement “partie”, mais son visage continue d’apparaître sur la chaîne qu’elle a quittée. Le symbole est puissant : on disparaît de l’affiche, mais pas du paysage. On sort par la porte, tout en restant dans la maison.

Ce jeu de chaises musicales donne le sentiment d’un arrangement soigneusement calibré. Assez de distance pour sauver les apparences. Assez de proximité pour préserver l’équilibre interne. De quoi laisser perplexes ceux qui croyaient à une rupture franche.

Morandini protégé, Mabrouk déplacée

Pendant que Sonia Mabrouk quittait l’antenne, Jean-Marc Morandini, lui, se contentait de “se retirer”. Sans précision sur la durée. Sans clarification sur ses fonctions de producteur. Sans la moindre reconnaissance de responsabilité. Le flou, encore et toujours.

La morale de cette séquence est limpide : dans cet univers, ce ne sont pas les condamnations judiciaires qui font tomber, mais les prises de position publiques jugées déviantes. On ne sanctionne pas ce que l’on fait, mais ce que l’on dit.

Pourquoi cette affaire concerne aussi les Tunisiens

Présentée comme une crise franco-française, cette affaire parle en réalité un langage universel. Elle dit la violence feutrée des systèmes médiatiques concentrés, la fragilité de la liberté de parole en interne, et le prix à payer lorsqu’un journaliste sort du rôle assigné.

Le fait que Sonia Mabrouk soit tunisienne n’est pas anecdotique. Il rappelle que les voix venues du Sud, même intégrées, même reconnues, restent exposées lorsqu’elles perturbent l’ordre établi. On les tolère tant qu’elles incarnent une ligne. On les écarte dès qu’elles la questionnent.

Sonia Mabrouk n’a pas été écartée pour une faute professionnelle. Elle l’a été pour avoir rappelé, publiquement, qu’il existe des lignes qui ne devraient pas être franchies. Et c’est précisément pour cela que cette affaire dépasse largement le cas d’une chaîne française : elle révèle, sans fard, la hiérarchie réelle des valeurs au cœur de certains empires médiatiques qui adorent donner des leçons aux autres et oublient souvent de se les donner à eux-mêmes.

Maya Bouallégui

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15 commentaires

  1. Raouf Naili

    11 février 2026 | 7h23

    je ne sais pas pourquoi mon commentaire est apparu derrière celui du proisraélien Gg au lieu de celui de Boubaker Dhouib avec lequel je suis ‘tout à fait’ d’accord ????????????????????????????????????????????????????

  2. Raouf Naili

    11 février 2026 | 7h17

    Pas d’accord sur le fond de votre article. Sonia Mabrouk ne mérite même pas trois lignes. IL EST ADMIS EN FRANCE QUE C »EST UNE FIGURE MEDIATIQUE DE L »EXTRÊME DROITE RACISTE ANTI-ISLAM…….

  3. Hannibal

    11 février 2026 | 5h05

    CNews : une chaîne donneuse de leçon de morale et dont la morale est douteuse.
    Sonia Mabrouk : un pion dans le terrain de jeu de Vincent Bolloré.
    Vincent Bolloré : un traficant d’armes, un corrupteur de régimes africains, devenu manipulateur de population via des médias prônant la liberté d’expression mais où la liberté d’expression est un crime lèse-majesté.
    Jean-Marc Morandini : un pervers dans le déni qui cache probablement des informations compromettantes qui empêchent Bolloré de le virer (pensez à l’affaire Epstein).

    • tanit

      11 février 2026 | 16h18

      Vincent Bolloré est aussi le petit fils de Nicole Goldschmidt, amis des Rodshild.
      Ce qui explique son implication jusqu’au cou dans le sionisme, en particulier, anti-musulmans.

  4. zaghouan2040

    10 février 2026 | 18h20

    Il serait peut-être utile de rappeler que Mme Mabrouk fréquente assidûment la bourgeoisie ultra-catho française depuis deux décennies et qu’elle éprouve autant de considération pour la Tunisie que pour le dernier cure-dents qu’elle a utilisé

    • Vladimir Guez

      11 février 2026 | 8h12

      C’est vrai que si elle faisait ses courses a halal-market au milieu des dindes enfoulardees ou qu’elle jouait son RSA au PMU , elle serait un peu plus tunisienne .
      Mais elle fait aucun effort.

  5. Roberto Di Camerino

    10 février 2026 | 15h33

    Quelle confusion, chez certains éditorialistes comme chez leurs lecteurs.
    Sonia Mabrouk n’a pas été « sacrifiée ». Elle a claqué la porte le jour où elle a constaté que CNews refusait de se séparer de Morandini. Ce n’était qu’un sursis.

    Morandini a fini par être remercié. Bilan des courses : Sonia Mabrouk a démissionné, Morandini a été renvoyé.

    On peut donc le dire sans détour : Sonia Mabrouk a été vengée.

  6. Gg

    10 février 2026 | 15h08

    Morandini est un pervers, il a été condamné pour ses frasques, mais il est protégé en haut lieu de l’entreprise privée à laquelle CNEWS appartient. Pourquoi? Nul ne sait, mais sûrement quelques horreurs sont encore à découvrir…
    Et un fait inattendu s’est produit.
    A savoir, le public de CNEWS a en grand nombre rejeté le maintien de Morandini, et a exprimé en foule son affection pour la femme et son admiration pour la professionnelle. Sonia en a sûrement été surprise elle-même!
    Maintenant, la direction du groupe a le choix entre la reconnaisance du public et de la dame, ou voir l’audience de CNEWS fondre comme neige au soleil!

  7. dhouib boubaker

    10 février 2026 | 12h18

    Je ne sais si cette dame mérite qu’on parle d’elle tellement ses positions sont en adéquation avec la ligne éditorialiste de C’EWS qui somme tout est une chaîne d’extrême droite et raciste avec des positions appuyées sur entre autre le genocidd de Gaza ,

    • Gg

      10 février 2026 | 14h56

      Mais non, c’est vous les racistes, qui ne supportez pas qu’une femme binationale tunisienne et française ait réussi de magistrale façon dans le pays qu’elle a choisi, et en ait adopté les valeurs.

      • dhouib boubaker

        10 février 2026 | 15h27

        @Gg
        ce n’est pas qu’elle soit tunisienne qu’il ne faut pas critiquer ses prises de position ou ses orientations ,il y a bien des tunisiens qui vivent en Tunisie et qui sont condamnables pour leurs orientations politiques

    • Rationnel

      10 février 2026 | 15h07

      Sacrifiée sur l’autel d’un nouveau cycle, ou simplement parvenue au terme de sa fonction. Dans la nouvelle configuration médiatique, l’utilité de Sonia Mabrouk semble s’émousser. Le créneau anti-woke, qu’elle occupait avec une ferveur quasi religieuse, ne mobilise plus les foules comme en 2011; elle reste pourtant indissociable de cette tendance désormais saturée. Celle que certains percevaient comme l’A. de service du conservatisme français, figure idéale pour valider les thèses de l’extrême droite sans paraître suspecte, semble n’avoir plus aucun service à rendre. Elle qui n’hésitait jamais à clamer « J’aime quand on me bouscule », se retrouve aujourd’hui face à un paradoxe : à force d’avoir servi les intérêts d’un camp qui ne l’acceptera jamais totalement, elle finit par être délaissée.
      On a les alliés qu’on mérite. Malgré son magistère d’intervieweuse star et ses audiences flatteuses. Dans cette bataille idéologique qui se durcit, la « caution » Mabrouk est devenue un accessoire dont la droite n’a peut-être plus besoin pour dire ce qu’elle pense.

      • Gg

        10 février 2026 | 15h42

        Bonjour Rationnel, excusrz moi je répondais à Boubaker…
        🙁

    • Gg

      10 février 2026 | 15h33

      Je vous répondrai encore que les français -les vrais- sont aussi pro Israéliens que vous êtes pro hamas. Gaza, rien à cirer, mais est ce là le sujet?

    • Raouf Naili

      11 février 2026 | 7h18

      Tout à fait