Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, a salué l’approbation des nouveaux règlements européens relatifs à la liste des pays d’origine sûrs et au concept de « pays tiers sûr », estimant qu’il s’agit d’un succès politique majeur pour l’Italie et d’un tournant dans la gestion européenne des flux migratoires.
Dans une déclaration relayée par Le Viminal, il a affirmé que l’adoption de ces textes traduit la capacité du gouvernement italien à imposer sa vision en matière migratoire au niveau européen. Il a notamment souligné que la définition de la liste européenne des pays sûrs s’inscrit dans la continuité des mesures déjà adoptées par Rome, incluant notamment des pays comme l’Égypte, la Tunisie et le Bangladesh.
Selon lui, le concept de « pays tiers sûr » permettra d’introduire des critères plus clairs pour évaluer l’irrecevabilité des demandes d’asile, notamment lorsque le demandeur a transité par un pays où il aurait pu obtenir une protection effective. « Enfin, le tournant demandé par l’Italie en matière d’immigration a eu lieu », a-t-il déclaré.
Adoption des nouvelles règles européennes
Le Parlement européen a adopté, mardi 10 février 2026, une série de modifications des règlements relatifs à la procédure d’asile de l’Union européenne, visant à accélérer le traitement des demandes et à harmoniser davantage les règles entre États membres.
Par 408 voix pour, 184 contre et 60 abstentions, les eurodéputés ont validé la liste européenne commune des pays d’origine dits sûrs. Celle-ci comprend notamment le Bangladesh, la Colombie, l’Égypte, le Kosovo, l’Inde, le Maroc et la Tunisie.
Dans ce cadre, les demandes d’asile provenant de ressortissants de ces pays pourront être traitées selon des procédures accélérées. Les demandeurs devront toutefois démontrer individuellement l’existence d’un risque réel de persécution ou de préjudice grave en cas de retour.
Le Parlement a également validé le mécanisme du « pays tiers sûr », permettant de déclarer irrecevable une demande d’asile lorsqu’un lien suffisant existe entre le demandeur et un pays tiers considéré comme sûr, notamment en cas de séjour antérieur ou de possibilité d’y obtenir une protection effective.
Forte contestation des ONG avant le vote
À la veille du vote européen du 10 février 2026, 37 organisations internationales de défense des droits humains et d’aide aux migrants avaient appelé les eurodéputés à rejeter la liste des pays d’origine sûrs, en particulier l’inscription envisagée de la Tunisie.
Parmi les signataires figuraient notamment Médecins Sans Frontières, SOS Méditerranée, la Fédération tunisienne pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) et le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR).
Selon ces organisations, la liste constitue avant tout un outil destiné à accélérer les procédures d’asile et à faciliter les expulsions, au détriment du droit à un examen individuel et équitable des demandes.
Inquiétudes liées à la situation politique et aux droits humains
Les ONG fondent leur position sur ce qu’elles décrivent comme un recul démocratique en Tunisie depuis 2021. Elles évoquent notamment la concentration des pouvoirs, l’affaiblissement de l’indépendance de la justice et la multiplication des poursuites visant des opposants politiques, des journalistes, des avocats, des syndicats et des organisations de la société civile.
Elles soulignent également ce qu’elles qualifient de violations graves et systématiques des droits humains visant les migrants et réfugiés en Tunisie, notamment des violences, des expulsions collectives vers les zones frontalières et l’absence d’un système d’asile effectif.
Selon elles, considérer la Tunisie comme un pays sûr pourrait légitimer des retours forcés vers un pays où les droits fondamentaux ne seraient pas garantis.
Externalisation des frontières et coopération UE–Tunisie
Les organisations critiquent également le renforcement de la coopération migratoire entre l’Union européenne et la Tunisie depuis le mémorandum d’entente signé en juillet 2023, prévoyant jusqu’à un milliard d’euros d’aide, dont une partie consacrée au contrôle des frontières.
Elles estiment que cette stratégie s’inscrit dans une logique d’externalisation des frontières européennes et pourrait conduire à transférer vers la Tunisie des responsabilités migratoires sans garanties suffisantes en matière de droits humains.
Les signataires mettent en garde contre une réforme de l’asile reposant sur des présomptions politiques plutôt que sur une évaluation concrète des situations individuelles, estimant qu’elle pourrait affaiblir durablement le droit d’asile au niveau européen.
M.B.Z













