À l’occasion de la Journée mondiale de la radio, célébrée le 13 février, Mohamed Kamel Robbana, président du Syndicat national des propriétaires des radios privées, est intervenu sur les ondes de Jawhara FM, mercredi 11 février 2026, dressant un état des lieux préoccupant du secteur radiophonique tunisien. Il a dans ce contexte appelé à des mesures urgentes pour préserver un pan essentiel du paysage médiatique.
Rappelant le rôle fondamental des institutions médiatiques, qu’elles soient publiques ou privées, petites, moyennes ou grandes, le responsable a affirmé que ces structures participaient activement à la dynamique économique nationale en créant des emplois et en contribuant à la formation de nombreux diplômés issus des écoles de journalisme, des instituts techniques, des filières audiovisuelles et cinématographiques. Les médias, a-t-il insisté, ne sont pas seulement des entreprises ; ils portent également une mission culturelle et sociale.
Mohamed Kamel Robbana a également souligné l’importance de la complémentarité entre les médias publics et privés. À ses yeux, les radios privées constituent un appui indispensable au secteur public, et l’ensemble de ces acteurs. En travaillant de concert, elles peuvent contribuer à construire l’avenir, à soutenir les différents secteurs économiques et à former les générations futures.
Cependant, derrière cette mission essentielle, la réalité du terrain apparaît particulièrement difficile. Le président du syndicat a décrit une situation marquée par de graves difficultés financières, qui touchent aussi bien certaines radios privées que des structures publiques. Il a évoqué un manque notable de moyens techniques et logistiques, des équipements vieillissants et l’insuffisance des budgets nécessaires à la production et aux déplacements des journalistes et techniciens. Cette fragilité se traduit, selon lui, par des licenciements et des mises au chômage de nombreux professionnels du secteur.
Plus inquiétant encore, Mohamed Kamel Robbana a indiqué que plusieurs radios envisageaient sérieusement de cesser leurs activités si la situation actuelle perdure. Certaines stations, faute de ressources suffisantes pour produire des programmes, se voient contraintes de réduire leur grille à de simples diffusions musicales. Il a comparé cette évolution à celle de certaines chaînes de télévision qui, confrontées aux mêmes contraintes, se sont transformées en espaces essentiellement dédiés à la publicité et à la vente de produits, au détriment de leur mission culturelle et éducative.
Parmi les principales causes de cette crise, il a cité l’accumulation des dettes, notamment envers l’Office national de la télédiffusion, dont les redevances de diffusion représentent une charge particulièrement lourde pour les radios. Selon lui, ces montants sont élevés au regard des capacités financières réelles des stations, qui doivent déjà faire face à des factures importantes, notamment en matière d’électricité et de maintenance, tout en étant incapables de renouveler leurs équipements.
Le responsable syndical a également dénoncé la suppression de certaines mesures d’allégement dont bénéficiait auparavant le secteur, mesures qui permettaient aux radios de faire face, au moins partiellement, à leurs difficultés financières. Il a estimé que ces dispositifs auraient dû être maintenus ou révisés plutôt que limités dans le temps, afin d’assurer la viabilité des entreprises médiatiques.
Autre point soulevé : la question de la répartition de la publicité publique. Mohamed Kamel Robbana a regretté l’absence, selon lui, d’un partage équitable, soulignant que les médias publics, qui bénéficient déjà de ressources issues de la redevance payée par les citoyens, continuent également de capter une part importante des annonces publiques. Dans plusieurs pays, a-t-il fait remarquer, les mécanismes de soutien distinguent clairement les sources de financement afin de garantir un équilibre entre les différents acteurs du secteur.
Le président du syndicat a par ailleurs insisté sur la nécessité d’ouvrir un dialogue constructif avec les autorités de tutelle, notamment le gouvernement et le ministère des Technologies de la communication, afin de réviser les tarifs de diffusion et de mettre en place des solutions durables. Il a indiqué que des discussions avaient déjà eu lieu avec les responsables de l’Office national de la télédiffusion, lesquels se sont montrés, selon lui, disposés à rechercher des solutions, dans la mesure où la survie des radios privées conditionne également une partie de l’activité de cet organisme.
Mohamed Kamel Robbana a lancé un appel aux autorités, y compris au président de la République, afin qu’une attention particulière soit accordée à ce secteur qu’il considère stratégique. La radio, a-t-il rappelé, joue un rôle essentiel dans la culture, l’éducation, le développement et la cohésion sociale. Préserver sa vitalité, a-t-il affirmé, revient à investir dans l’avenir et à garantir une image positive du pays, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
N.J










