Réunir la culture et le tourisme sous une même tutelle ministérielle afin de bâtir une stratégie plus cohérente et plus rentable : c’est la proposition avancée par le député de Tabarka–Aïn Draham, Mohamed Yahyaoui, jeudi 12 février 2026, lors de son intervention sur Jawhara FM, dans l’émission Sbeh El Ward animée par Hatem Ben Amara. Pour le président de la Commission du tourisme, de la culture, des services et des industries artisanales à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), la Tunisie ne pourra développer un tourisme à forte valeur ajoutée sans intégrer pleinement la dimension culturelle dans sa vision nationale, les deux secteurs étant, selon lui, « naturellement complémentaires ».
Une vision stratégique intégrée
Pour Mohamed Yahyaoui, la Tunisie ne pourra développer un tourisme à forte valeur ajoutée sans intégrer pleinement la dimension culturelle dans sa stratégie nationale. « La culture et le tourisme se complètent », a-t-il affirmé, plaidant pour une vision globale associant également l’artisanat et les services.
S’il reconnaît que le tourisme est régulièrement présenté comme un secteur stratégique, il estime que la traduction institutionnelle et réglementaire de cette priorité demeure insuffisante. Quant à la culture, elle reste, selon lui, sous-exploitée comme levier économique.
Le député a souligné que la Tunisie dispose d’un patrimoine archéologique et culturel considérable, encore largement sous-valorisé. Le tourisme culturel pourrait, d’après lui, constituer un moteur structurant du secteur.
Des chiffres en hausse, mais un modèle à ajuster
Évoquant les performances touristiques, Mohamed Yahyaoui a rappelé que la Tunisie avait réalisé des résultats positifs au cours de l’année écoulée. Il a toutefois comparé ces indicateurs aux niveaux de 2010, année durant laquelle le pays avait accueilli environ onze millions de touristes pour des recettes avoisinant les huit milliards de dinars.
Selon lui, la structure des arrivées a évolué. Il a indiqué qu’environ 40% à 50% des visiteurs proviennent aujourd’hui des pays voisins : entre trois et quatre millions d’Algériens, entre un et 1,5 million de Libyens, ainsi qu’environ deux millions de Tunisiens dans le cadre du tourisme intérieur.
Si ces flux sont importants, ils ne génèrent pas nécessairement le même niveau de recettes que les marchés européens traditionnels. « Il ne suffit pas de parler de diversification. Il faut définir clairement le produit que nous voulons développer », a-t-il insisté, évoquant le tourisme culturel, l’écotourisme, le tourisme de montagne, le tourisme de santé et les maisons d’hôtes.
Maisons d’hôtes : un cadre réglementaire contesté
Le président de la Commission s’est attardé sur la situation des maisons d’hôtes, notamment dans les zones rurales et montagneuses. Il a critiqué l’arrêté n°191 de 2019, qu’il considère comme inadapté.
Ce texte imposerait notamment une superficie minimale de vingt hectares pour certaines exploitations en milieu rural. « Je considère ce texte comme une catastrophe », a-t-il déclaré, indiquant avoir exprimé cette position devant le ministre du Tourisme.
Prenant l’exemple d’Aïn Draham, il a précisé que la région compte près de quarante maisons d’hôtes, souvent implantées sur des superficies bien inférieures, parfois de 500 à mille mètres carrés, tout en offrant des prestations qu’il qualifie de qualitatives.
Une révision du texte serait à l’étude, avec une éventuelle réduction du seuil à cinq hectares. Toutefois, selon lui, cette solution resterait insuffisante pour de nombreuses structures existantes.
Il a annoncé son intention de convoquer prochainement les professionnels du secteur au sein de la Commission afin d’identifier des solutions concrètes. « Nous voulons un secteur organisé et structuré qui permette aux jeunes de travailler dans un cadre clair », a-t-il affirmé.
Tabarka–Aïn Draham : potentiel diversifié, blocages persistants
Évoquant sa circonscription, Mohamed Yahyaoui a mis en avant la diversité de l’offre locale : tourisme balnéaire à Tabarka, tourisme écologique et de montagne à Aïn Draham, tourisme thermal à Hammam Bourguiba, ainsi que des infrastructures sportives.
Mais plusieurs obstacles persistent.
Des documents d’urbanisme obsolètes
La zone touristique de Tabarka, créée en 1991, repose encore sur des cahiers des charges dont la dernière révision remonterait à 1993. Ces documents limiteraient notamment les constructions à deux étages.
Selon le député, cette situation freine certains investissements, dont un projet privé tuniso-étranger estimé à 1,1 milliard de dinars, actuellement ralenti par des contraintes administratives liées aux plans d’aménagement.
Bien qu’un texte adopté en juillet 2025 ait prévu la création de commissions techniques au sein des municipalités, il estime que les moyens restent insuffisants pour accélérer le traitement des dossiers.
Le projet Faj Al Atlal en attente
Mohamed Yahyaoui a également évoqué le projet Faj Al Atlal, dont l’idée remonte à la fin des années 1990 et qui a fait l’objet d’une publication au Journal officiel en 2016.
Après près de dix années de procédures, environ neuf hectares auraient été transférés du domaine forestier au ministère du Tourisme. Toutefois, le projet demeure confronté à de nouveaux obstacles fonciers liés à la présence de structures relevant d’autres administrations, ce qui retarde son lancement.
Le député a indiqué que des crédits sont prévus au budget de l’État, mais que les contraintes administratives continuent de ralentir la concrétisation du projet.
L’enjeu des infrastructures routières
Autre priorité : le désenclavement du Nord-Ouest. Mohamed Yahyaoui a insisté sur la nécessité de prolonger l’autoroute de Béja vers Tabarka sur environ soixante kilomètres, un projet confronté à des contraintes financières.
Il a précisé que le tronçon Bou Salem–Fernana devrait progresser au niveau des procédures foncières, tandis que la liaison vers la frontière algérienne, en passant par Hammam Bourguiba, permettrait de renforcer les échanges et de soutenir le développement régional.
Un appel à une réforme structurelle
En conclusion, Mohamed Yahyaoui a rappelé que le rôle du Parlement est à la fois législatif et de contrôle, notant que plusieurs réformes du secteur ont jusqu’à présent été menées par voie réglementaire.
Pour lui, la clé réside dans une vision stratégique unifiée. « Il faut une véritable conception et une vision pour les régions que nous voulons développer », a-t-il affirmé, appelant à lever les blocages administratifs et à adapter les textes aux réalités locales afin de transformer le tourisme et la culture en moteurs durables de croissance.
I.N.










