Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Photos générées par l’IA : l’ANCS appelle à la vigilance face aux risques invisibles 

Par Nadya Jennene

La vague des portraits et caricatures générés par intelligence artificielle continue d’envahir les réseaux sociaux, séduisant des milliers d’internautes par son caractère ludique et spectaculaire. Mais derrière ce phénomène viral, Mohamed Ali Ben Mabrouk, chargé de la direction de la réaction aux urgences informatiques et de l’assistance à l’Agence nationale de cybersécurité (ANCS), a livré une intervention marquée par une vive inquiétude quant aux dérives potentielles de ces technologies.

Invité de la matinale de la Radio nationale jeudi 12 février 2026, le responsable a adopté un ton particulièrement alarmiste, évoquant une technologie dont les capacités dépasseraient désormais le simple cadre du divertissement numérique.

Selon lui, la capacité des applications à produire des portraits intégrant des éléments proches des centres d’intérêt, des goûts – voire des aspirations personnelles – des utilisateurs témoigne de la puissance des algorithmes d’apprentissage automatique.

Si ces systèmes ne lisent pas les intentions au sens strict, ils exploitent, a-t-il expliqué, des volumes considérables de données numériques : historiques de navigation, interactions sur les plateformes sociales, données comportementales, métadonnées issues des appareils connectés.

À partir de ces traces, les modèles algorithmiques procèdent à des inférences prédictives, capables de reconstituer des profils d’une précision troublante. « La force des algorithmes aujourd’hui est telle qu’ils peuvent rapprocher l’utilisateur de ce qu’il aspire à être, parfois même sans qu’il l’ait explicitement formulé en ligne », a-t-il affirmé, laissant entendre que la frontière entre donnée objective et projection algorithmique devient de plus en plus ténue.

Mohamed Ali Ben Mabrouk a également insisté sur les autorisations accordées aux applications lors de leur installation. Selon lui, de nombreux utilisateurs valident sans examen approfondi des politiques de confidentialité longues et complexes, ainsi que des demandes d’accès au microphone, à la caméra ou à d’autres capteurs du téléphone.

Il a évoqué la possibilité que certains dispositifs puissent, en arrière-plan, accéder à ces fonctionnalités techniques. « L’utilisateur ordinaire ne peut pas toujours savoir ce qui est activé ou non », a-t-il souligné, estimant que la captation potentielle de sons ou d’images constitue un risque sérieux pour la vie privée.

La voix et l’image, a-t-il rappelé, font partie intégrante de l’identité numérique. Leur collecte pourrait alimenter des bases de données servant à entraîner des systèmes de reconnaissance faciale, de clonage vocal ou d’autres applications d’intelligence artificielle avancée.

Autre point soulevé : le devenir des photographies téléchargées pour être transformées. Selon le responsable, les images sont nécessairement transférées vers les serveurs des entreprises exploitant ces technologies.

La localisation de ces infrastructures, les modalités de conservation des données et les usages ultérieurs diffèrent selon les plateformes. Certaines peuvent conserver les images à des fins d’amélioration algorithmique, d’analyse statistique ou d’exploitation commerciale.

L’utilisateur, a-t-il insisté, ignore généralement si son image est supprimée immédiatement après traitement ou conservée dans des bases susceptibles d’être réutilisées. Les risques évoqués vont de l’usurpation d’identité à la création de faux profils, en passant par la génération de contenus synthétiques de type deepfake.

Dans la conclusion de son intervention, Mohamed Ali Ben Mabrouk a tenu des propos particulièrement forts, estimant que l’intelligence artificielle a dépassé le stade du simple outil et qu’elle évolue à un rythme qui rend son encadrement difficile.

Il a évoqué une technologie qui, selon lui, tend à échapper au contrôle humain traditionnel, en raison de sa rapidité de développement et de la complexité de ses architectures. Cette affirmation, formulée sur un ton préoccupé, traduit une vision marquée par la crainte d’un déséquilibre croissant entre innovation technologique et capacité de régulation.

Dans un contexte où les données personnelles constituent une ressource stratégique majeure, le responsable de l’ANCS a appelé à la prudence et à une vigilance accrue. Si les portraits générés par IA relèvent en apparence du divertissement, ils s’inscrivent dans un écosystème numérique où chaque donnée partagée peut devenir matière première algorithmique.

N.J

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *