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Pourquoi la mer est montée sur les routes en Tunisie ces derniers jours ?

Par Nadya Jennene

Les images ont suscité l’inquiétude ces derniers jours : à La Goulette, sur la route de la TGM à Tunis, mais aussi au Vieux-Port de Bizerte, l’eau de mer a envahi la chaussée, débordant sur des espaces habituellement épargnés. Face aux interrogations des citoyens, le professeur universitaire et spécialiste des sciences du climat à l’Université de Tunis, Zouhaier Hlaoui, a apporté des éclaircissements sur ce phénomène.

Invité de la matinale de Jawhara FM lundi 16 février 2026, l’expert a appelé à la prudence face aux contenus circulant sur les réseaux sociaux. « Il ne faut pas accorder un crédit aveugle aux vidéos et aux photos », a-t-il souligné rappelant que certaines séquences peuvent être anciennes ou sorties de leur contexte. Toutefois, il a confirmé que le phénomène observé est bien réel : il s’agit d’une avancée temporaire du niveau de la mer sur des zones côtières particulièrement basses.

Selon le climatologue, certaines portions du littoral tunisien présentent une basse altitude, parfois de quelques centimètres seulement au-dessus du niveau de la mer. Dans ces conditions, la moindre surélévation du plan d’eau peut provoquer des débordements visibles.

Les cas signalés à La Goulette et à Bizerte illustrent cette vulnérabilité structurelle. Dans ces secteurs, la mer reprend temporairement un espace qui, d’un point de vue géographique, fait historiquement partie de sa zone d’expansion naturelle.

L’expert a identifié au moins quatre facteurs principaux ayant contribué à la situation actuelle, dont la conjugaison explique l’ampleur du phénomène.

Le premier facteur est lié aux vents forts, notamment les vents de secteur nord à nord-est. Ces vents, qui ont atteint des vitesses pouvant avoisiner les 45 nœuds — soit près de 100 km/h — ont poussé massivement les eaux marines vers les côtes. Ce phénomène mécanique, bien connu des météorologues, entraîne une accumulation d’eau sur le littoral.

Le deuxième facteur concerne la hauteur des vagues. Les fortes houles enregistrées ces derniers jours ont accentué la pression exercée sur les rivages, en particulier sur les zones basses.

Le troisième élément déterminant réside dans la succession de perturbations atmosphériques et de dépressions profondes au large des côtes tunisiennes. La présence de basses pressions, parfois inférieures à 1000 hectopascals, favorise une élévation du niveau marin. En effet, lorsque la pression atmosphérique diminue au-dessus de la mer, le niveau de l’eau tend à s’élever mécaniquement.

Enfin, un quatrième facteur, d’origine anthropique cette fois, entre en jeu : les aménagements urbains et les constructions réalisées en bord de mer sans toujours intégrer pleinement les risques liés à la dynamique littorale. Certaines infrastructures ont été implantées dans des zones naturellement exposées, accentuant la perception d’un envahissement brutal.

Au-delà de l’épisode actuel, le spécialiste a rappelé que l’élévation du niveau moyen de la mer était l’une des conséquences les plus documentées du changement climatique. Les scientifiques en parlent depuis plus d’une décennie en Tunisie.

Selon des projections officielles publiées ces dernières années, le niveau de la mer pourrait s’élever d’environ 30 centimètres à l’horizon de 2050, et potentiellement jusqu’à 50 centimètres d’ici la fin du siècle. Une telle augmentation aurait des répercussions notables sur les zones côtières les plus basses, rendant certains secteurs structurellement plus vulnérables.

Le climatologue s’est toutefois montré rassurant : l’élévation observée ces derniers jours devrait être en grande partie temporaire. « Le niveau de la mer va redescendre », a-t-il affirmé précisant que ces épisodes peuvent se produire par paliers ou par hausses rapides suivies d’un reflux.

Néanmoins, ces événements constituent un signal d’alerte. Les zones touchées deviennent, de facto, des espaces fragiles, plus exposés aux futures variations du niveau marin et aux épisodes météorologiques extrêmes.

Sur le plan météorologique, de nouvelles dépressions sont attendues en milieu et fin de semaine, notamment à proximité du golfe du Lion et du sud de l’Italie. La Tunisie devrait se situer en marge de ces systèmes. Des vents relativement soutenus et des pluies localement modérées sont prévus, principalement sur les régions du nord et du nord-ouest.

Toutefois, selon l’expert, ces précipitations ne devraient pas atteindre l’intensité des épisodes précédents ayant provoqué des inondations majeures, notamment dans certaines villes du Sahel.

À l’approche du printemps, une stabilisation progressive des conditions atmosphériques est envisagée, avec une atténuation des perturbations hivernales.

Le climatologue a, par ailleurs, insisté sur la nécessité d’anticiper et d’adapter l’aménagement du territoire aux réalités climatiques. « Lorsque l’homme respecte la nature, il n’a pas à craindre sa réaction », a-t-il déclaré rappelant que les dynamiques marines ne sont ni soudaines ni inexplicables, mais le résultat d’interactions complexes entre climat, géographie et activités humaines.

N.J

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