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Sanofi quitte-t-elle la Tunisie ? Vérification d’une annonce qui alimente la polémique

Depuis plusieurs jours, des publications virales sur Facebook affirment que le laboratoire pharmaceutique Sanofi aurait décidé de quitter la Tunisie. L’information, massivement relayée, a suscité une vive inquiétude dans l’opinion publique et parmi les professionnels de la santé, alimentant des interrogations sur l’avenir de l’approvisionnement en médicaments et sur l’attractivité du pays pour les investisseurs du secteur.

La polémique a pris de l’ampleur après l’intervention de structures syndicales. Dans un communiqué publié le 12 février 2026, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a confirmé que la filiale Sanofi Aventis Tunisie envisagerait effectivement l’arrêt de ses activités en Tunisie. Selon la centrale syndicale, cette intention de fermeture intervient après une période de tensions sociales durant laquelle les employés avaient mené des actions de protestation pacifiques, notamment en portant le brassard rouge, sans parvenir à un accord avec la direction.

Face à ce qu’elle considère comme une décision unilatérale et économiquement injustifiée, la structure régionale du syndicat à Tunis a annoncé le dépôt d’un préavis de grève. Un arrêt de travail général est ainsi prévu pour le 23 février 2026 sur le site de l’entreprise. Le syndicat dénonce une politique de désengagement qu’il juge opaque et réclame des clarifications sur le devenir juridique et financier des salariés, ainsi que des garanties sur la pérennité de l’activité ou les conditions d’un éventuel transfert.

Nous avons tenté de contacter les responsables de Sanofi en Tunisie afin d’obtenir leur version des faits. Nos sollicitations sont restées sans réponse au moment de la publication. Par ailleurs, la consultation des communications officielles du groupe montre une absence d’annonces récentes concernant ses opérations tunisiennes. La dernière actualité publiée remonte à juillet 2024 et porte sur la nomination de Najla Cherif Hamdi à la tête de la direction générale, après un parcours au sein du groupe dans les ressources humaines pour la région Maroc-Tunisie-Libye.

En parallèle, d’autres éléments viennent nuancer l’hypothèse d’un retrait total du laboratoire du marché tunisien. Nous avons identifié une annonce relative à un accord conclu avec le Groupe Kilani. Ce partenariat prévoit la reprise opérationnelle de certaines activités de Sanofi au niveau local. Dans ce cadre, la production d’une partie du portefeuille de médicaments serait assurée en Tunisie par Teriak, tandis que MEDICIS S.A.R.L se chargerait de l’information médicale, des relations avec les autorités sanitaires et de la promotion scientifique auprès des professionnels de santé. Cet accord s’inscrit, selon ses promoteurs, dans une logique de continuité de l’accès aux traitements et de soutien au système de santé national, plutôt que dans une logique de départ brutal.

Cette controverse intervient dans un contexte plus large de fragilisation du secteur pharmaceutique. Déjà en 2022, Amine Zghoudi, président du syndicat des entreprises du médicament innovant et de la recherche, alertait sur le retrait de plusieurs firmes internationales. Il indiquait que trois laboratoires avaient décidé de cesser leurs investissements en Tunisie et que d’autres envisageaient de suivre, évoquant un risque sérieux pour la sécurité médicamenteuse du pays.

Selon ses déclarations, une vingtaine d’entreprises pharmaceutiques internationales opèrent en Tunisie dans l’introduction et la distribution de médicaments innovants, couvrant environ la moitié des traitements utilisés, notamment pour les maladies chroniques et les cancers. Les difficultés du secteur seraient structurelles et remonteraient à plusieurs années, marquées entre autres par des retards de paiement de la Pharmacie Centrale de Tunisie pouvant atteindre plus d’un an, ainsi que par l’accumulation de dettes importantes envers les fournisseurs étrangers.

Au terme de cette vérification, plusieurs constats s’imposent. D’une part, l’intention de fermeture de Sanofi en Tunisie est confirmée par des sources syndicales crédibles et s’accompagne d’un préavis de grève. D’autre part, l’absence de communication officielle du groupe empêche, à ce stade, de conclure à un retrait total et définitif du marché tunisien. Les accords de transfert d’activités vers des partenaires locaux suggèrent plutôt une reconfiguration opérationnelle qu’une disparition complète.

R.A.

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Commentaire

  1. Judili58

    Répondre
    16 février 2026 | 10h23

    Le Ministère de la Santé nous doit des explications d’autant plus que le désengagement des laboratoires pharmaceutiques internationaux de notre pays est en contradiction avec la politique du ministère en matière de développement de notre industrie pharmaceutique aussi bien à l’échelle nationale qu’africaine.

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