Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Trafic de drogue : une hausse fulgurante qui alarme

Par Myriam Ben Zineb

Invité, lundi 16 février 2026, sur la Radio nationale, Mohamed Ali Chaibi, représentant de la Direction générale de la Sécurité nationale au ministère de l’Intérieur, a dressé un état des lieux préoccupant de la criminalité liée aux stupéfiants en Tunisie. Il a évoqué une aggravation nette du phénomène, l’adaptation des réseaux aux nouvelles routes et aux outils numériques, ainsi qu’un ciblage croissant des adolescents, notamment autour des collèges et lycées.

Campagnes ciblées et sécurisation des alentours des écoles

Selon Mohamed Ali Chaibi, les unités de sécurité mènent un travail quotidien contre les réseaux, mais recourent aussi à des campagnes nationales coordonnées à certains moments, avec la participation de plusieurs corps (police, Garde nationale, douanes). L’objectif : interpeller des personnes recherchées, démanteler des réseaux actifs et saisir des quantités importantes de stupéfiants.

Il a insisté sur une priorité opérationnelle : la protection du périmètre des établissements éducatifs, considérés comme une zone particulièrement sensible, du fait de la vulnérabilité des jeunes et de l’attrait des revendeurs pour des “marchés” faciles à élargir.

Pays de transit … devenu aussi marché de consommation

Le responsable a rappelé que, d’après son exposé, la Tunisie ne produit pas de drogues (ni culture ni fabrication à grande échelle), et que l’essentiel des flux provient de la contrebande et de routes régionales et internationales. Il a expliqué que, sur la durée, la logique de « pays de passage bénéficiant d’une position stratégique » a contribué à installer un marché de consommation local, alimenté par la multiplication des itinéraires et l’évolution des modes de paiement au sein des réseaux.

Les produits les plus présents autour du milieu scolaire

Mohamed Ali Chaibi a précisé que, dans l’environnement des établissements éducatifs, aux alentours des collèges et des lycées mais aussi des foyers universitaires, les substances les plus observées ne sont pas nécessairement les plus coûteuses. Il a cité notamment : la résine de cannabis, des comprimés détournés de leur usage médical, dont la prégabaline (Lyrica), décrite comme très répandue car plus accessible financièrement et, à un autre niveau, des comprimés de type ecstasy.

Il a également décrit des réseaux internationaux devenus moins « traditionnels », utilisant davantage les technologies et les réseaux sociaux, avec une organisation et des gains qu’il qualifie de très importants.

Des chiffres en forte hausse entre 2020 et 2024

Selon les indications fournies par Mohamed Ali Chaibi, les substances arrivent majoritairement de l’étranger via plusieurs axes : la résine de cannabis transite notamment par le Maghreb avant d’entrer sur le territoire, tandis que certains comprimés psychotropes, comme la prégabaline, suivent des routes plus longues passant par l’Asie, la Turquie puis la Libye. La cocaïne, elle, emprunte des itinéraires partant d’Amérique latine, transitant par l’Afrique de l’Ouest puis la zone sahélo-saharienne avant de remonter vers l’Europe, avec des flux susceptibles de traverser la Tunisie.

Cette multiplicité de provenances et de routes, combinée à l’usage des technologies numériques par les trafiquants, complexifie la détection et favorise l’implantation de circuits de distribution locaux.

Selon Mohamed Ali Chaibi, la structure spécialisée de lutte contre les stupéfiants dispose aujourd’hui d’environ 14 à 15 équipes opérationnelles, dont neuf brigades régionales déployées sur l’ensemble du territoire, en plus d’unités centrales d’appui. Sur le volet statistique, le représentant de la Sécurité nationale a indiqué une montée marquée des indicateurs au cours des dernières années. Il a évoqué :

  • plus de 5.000 affaires enregistrées en 2020 (consommation et trafic), contre environ 13.000 affaires en 2024
  • plus de 10.000 personnes impliquées en 2020, contre environ 23.000 en 2024
  • des saisies de cannabis en hausse (il a cité plus de 576 kg en 2020 et des volumes atteignant plus de deux tonnes en 2024)
  • une progression nette des saisies de cocaïne passées de quelques grammes à plus d’une centaine de kilos en 2023 et, surtout, une explosion des comprimés, avec des opérations ayant permis d’intercepter plus d’1,2 million de comprimés dans une seule affaire, ainsi qu’une autre saisie portant sur environ douze millions de comprimés de Lyrica (destinés au transit, selon ses propos).
Comment repérer un adolescent en difficulté

Interrogé sur les signes d’alerte, Mohamed Ali Chaibi a cité une série d’indicateurs qui, lorsqu’ils se cumulent, doivent attirer l’attention des parents : isolement, rupture avec les habitudes (sport, loisirs), changement d’amis, baisse du rendement scolaire, absences, mensonges fréquents, demandes d’argent injustifiées, et certains signes physiques comme rougeur des yeux, soif excessive ou écoulements nasaux sans maladie apparente.

Il a aussi averti contre l’idée « d’essayer une fois et d’arrêter quand on veut », évoquant un engrenage possible et des répercussions graves sur le comportement.

Internet : un défi, mais l’information reste la clé

Sur la vente et la mise en relation via internet, le responsable a reconnu la difficulté d’une surveillance totale. Il a néanmoins souligné que les enquêtes reposent largement sur l’exploitation d’informations, issues du terrain ou de signalements, avec le recours à des compétences en investigations numériques lorsque cela s’impose.

Dans ce contexte, il a plaidé pour un renforcement du rôle des citoyens et a évoqué, parmi les pistes, des numéros dédiés et l’idée de numéros verts permettant d’encourager le signalement, avec des garanties de confidentialité.

Vers une réforme du cadre légal

Enfin, Mohamed Ali Chaibi a estimé que la réponse sécuritaire, à elle seule, ne suffit pas. Il a défendu une approche plus large associant prévention, sensibilisation et coordination inter-ministérielle (santé, éducation, jeunesse, enseignement supérieur, affaires sociales, société civile). Il a également appelé à adapter la législation, en évoquant des besoins exprimés depuis 2015 : renforcer certains moyens d’enquête et mieux encadrer, sur le plan pénal, la question des comprimés et substances détournées.

M.B.Z

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés

Commentaire

  1. Tunisino

    Répondre
    16 février 2026 | 13h22

    Oui, c’est bien le curatif (consommation au présent et au passé) mais où est le préventif? Où sont les compagnes de sensibilisation scolaires et extrascolaires? Comment repérer un adolescent contaminé, c’est bien, mais comment prévenir la contamination? Un pays sans projet n’arrive jamais à avoir des repères, un organe exécutif ne fait qu’appliquer des consignes, réfléchir est l’affaire des dirigeants, qui ne s’occupent malheureusement que de la politique.

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *