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Affaire de la garderie : le Parlement se penche sur un encadrement renforcé des crèches et jardins d’enfants

Par Nadya Jennene

Dans le sillage du drame de la garderie d’Ennasr où un enfant a été agressé sexuellement, le débat sur la sécurité et l’encadrement des structures d’accueil de la petite enfance a refait surface. Entre projet de loi en discussion, renforcement des mécanismes de contrôle et exigences accrues en matière de qualification du personnel, l’Assemblée des représentants du peuple entend engager une réforme en profondeur du secteur.

Intervenant dans la matinale de Jawhara FM mardi 17 février 2026, le rapporteur de la Commission de la santé, de la femme et de la famille, des affaires sociales et des personnes handicapées au sein du Parlement tunisien, Raouf Fekiri, a affirmé que cette affaire qui a ému l’opinion publique ne saurait être considérée comme un incident isolé. Elle s’inscrit dans une série de dysfonctionnements déjà évoqués auparavant.

Il a précisé dans ce contexte qu’un projet de loi était actuellement examiné en commission, en concertation avec ses initiateurs et des experts. Des amendements sont à l’étude afin de revoir certaines dispositions et de garantir un accès effectif et sécurisé à ces établissements.

Interrogé sur la possibilité d’auditionner officiellement le ministère de la Femme ou les délégués à la protection de l’enfance, le député a reconnu qu’aucune audition formelle n’avait encore eu lieu en commission. Des tentatives de contact ont été engagées ces derniers jours afin de fixer une réunion de travail. Il a toutefois déploré une forme de « quasi-rupture » entre les fonctions législative et exécutive, appelant à une meilleure coordination institutionnelle.

Il a ajouté qu’une correspondance officielle devrait être adressée au ministère de la Femme et de la Famille, et que des visites seraient effectuées dans des crèches publiques et privées. L’objectif est double : évaluer la situation sur le terrain et identifier les mécanismes susceptibles de prévenir les abus et les défaillances. 

Le député a également insisté sur la nécessité d’un dialogue approfondi avec le gouvernement afin de traiter ce dossier avec le sérieux qu’il requiert.

Parmi les pistes évoquées sur le plan législatif figure l’installation obligatoire de caméras de surveillance dans les salles d’activités. Le député a avancé que cette mesure, déjà prévue dans certaines conditions réglementaires, ne constituerait pas une atteinte aux données personnelles mais un outil de contrôle destiné à garantir un minimum de sécurité et à rassurer les parents.

Autre point central : l’obligation pour les crèches et jardins d’enfants de recruter du personnel qualifié. Le député a dénoncé le recours à des employés non spécialisés, parfois embauchés à moindre coût, au détriment de diplômés formés dans le domaine de la petite enfance. Il a plaidé pour que l’octroi ou le renouvellement des autorisations d’ouverture soit strictement conditionné à la présence de professionnels qualifiés. À défaut, les établissements concernés devraient être fermés.

Évoquant la situation actuelle, le député a présenté des données préoccupantes concernant les structures légales. Sur environ 504 établissements recensés, 198 fonctionnent normalement et respectent l’ensemble des conditions requises ; 197 sont en situation de régularisation pour combler certaines insuffisances ; 90 ont fait l’objet d’une décision de fermeture pour manquements aux obligations légales ; et 191 sont en attente d’inspection ou de constat.

Ces chiffres, selon lui, démontrent l’existence d’un problème structurel qui exige une réforme en profondeur du dispositif de contrôle et d’encadrement. La commission qu’il préside entend poursuivre ses travaux pour renforcer le cadre juridique, améliorer les mécanismes de contrôle et assurer une protection effective des plus jeunes.

L’affaire de la garderie a éclaté suite de la publication, sur les réseaux sociaux, du témoignage de la mère de l’enfant. Celle-ci y indiquait que les faits présumés remonteraient au 30 janvier 2026. Elle expliquait avoir constaté, à la sortie de la garderie, un changement inhabituel dans le comportement de son fils, puis relevé, une fois de retour au domicile, des signes physiques qu’elle jugeait préoccupants. Ces éléments l’avaient conduite à procéder sans délai à un signalement auprès des autorités compétentes. L’enfant avait par la suite été soumis à un examen médico-légal, avant d’être entendu dans le cadre de la procédure judiciaire ouverte.

Face à l’indignation publique, une information judiciaire a été ouverte. Huit personnes sont visées par l’enquête dont sept ont été placées en détention provisoire. Parmi elles figurent quatre hommes et quatre femmes.

Les quatre hommes sont poursuivis en qualité d’auteurs principaux pour des faits qualifiés d’agression sexuelle sur un mineur de moins de seize ans, avec abus d’autorité et exploitation de leur fonction, ainsi que pour les préjudices qui en auraient découlé. Ils sont également mis en cause pour des mauvais traitements répétés sur un enfant placé sous leur surveillance, ainsi que pour enlèvement et déplacement d’un mineur de moins de dix-huit ans par manœuvres frauduleuses.

S’agissant des quatre femmes impliquées, il est précisé qu’il s’agit de la propriétaire de l’établissement, de sa directrice et de deux éducatrices. Elles font l’objet de poursuites pour complicité, ainsi que pour avoir laissé un enfant sans défense dans un lieu l’exposant à un danger, alors qu’elles exerçaient sur lui une autorité et assumaient sa garde. La propriétaire de la garderie est actuellement en fuite. Un mandat d’amener international a été délivré à son encontre.

N.J

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