Moins de deux semaines après l’annonce du départ de Jack Lang, la France accélère la recomposition de la direction de l’Institut du Monde Arabe (IMA). Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a indiqué, mardi 17 février 2026, qu’il proposerait au Conseil d’administration la nomination d’Anne-Claire Legendre comme représentante de la France et présidente du Conseil. Si elle est élue, elle deviendra la première femme à occuper cette fonction depuis la création de l’institution.
Une succession précipitée par une crise médiatico-politique
Cette proposition intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’IMA. Le 7 février 2026, Jack Lang avait annoncé son intention de démissionner de la présidence qu’il occupait depuis 2013, invoquant un climat qu’il jugeait « délétère » après la publication de documents judiciaires américains mentionnant son nom dans des échanges liés à Jeffrey Epstein.
Dans sa lettre adressée au ministre, l’ancien ministre de la Culture affirmait vouloir se retirer afin de « préserver » l’institution et contester sereinement les accusations. Aucun chef d’accusation n’a été retenu contre lui à ce stade, mais ces révélations avaient suscité de nombreuses réactions politiques et médiatiques appelant à son départ.
Le Parquet national financier a par ailleurs confirmé l’ouverture d’une enquête préliminaire portant sur des éléments évoqués publiquement concernant d’éventuels liens financiers présumés entre Jack Lang, sa famille et Jeffrey Epstein. Jean-Noël Barrot avait alors déclaré « prendre acte » de cette décision et engagé la procédure de désignation d’une nouvelle direction, avec la perspective d’un conseil d’administration chargé d’assurer la transition.
Une présidence placée sous le signe de la réforme
Selon le communiqué ministériel publié le 17 février, la future présidence aura pour mission de piloter une réforme qualifiée d’« ambitieuse et structurante » à l’approche du quarantième anniversaire de l’IMA. Cette feuille de route prévoit une gouvernance modernisée, une organisation plus lisible et plus efficace ainsi que le rétablissement d’une trajectoire financière soutenable.
Le ministère souligne aussi que la direction devra renforcer le rôle de l’Institut comme plateforme culturelle ouverte sur la pluralité du monde arabe et développer son rayonnement au-delà de ses murs, dans une logique de diplomatie culturelle renouvelée.
Audit immédiat et durcissement des règles de probité
Dans le même mouvement, Jean-Noël Barrot annonce le lancement immédiat d’une mission d’inspection chargée d’auditer la gestion financière et les ressources humaines de l’IMA. Il prévoit également de soumettre au Conseil d’administration une modification des statuts visant à fixer à 64 ans l’âge maximal pour accéder à la présidence, limiter le nombre de mandats successifs complets, instaurer un comité de déontologie et des rémunérations et renforcer les mécanismes de prévention des conflits d’intérêts, notamment par une déclaration d’intérêts obligatoire et des règles strictes concernant les cadeaux et avantages.
Une nomination à forte portée symbolique
Au-delà d’un simple changement de direction, cette séquence marque une volonté politique de restaurer la crédibilité institutionnelle de l’IMA après une crise de réputation sans précédent. La nomination d’Anne-Claire Legendre, si elle est confirmée, s’inscrirait ainsi dans une stratégie de normalisation administrative, de consolidation financière et de repositionnement diplomatique de l’établissement.
Le Conseil d’administration doit désormais se prononcer sur cette proposition, étape décisive pour tourner la page d’une présidence longue de plus d’une décennie et ouvrir un nouveau cycle pour l’institution.
M.B.Z











