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Emploi et chômage : rigidité légale, miracle statistique

Service IA, Business News

Par Maya Bouallégui

Alors que la Tunisie se félicite d’un recul du chômage à 15,2 % fin 2025, une enquête de l’IACE révèle une prudence accrue des employeurs face à la nouvelle loi sur le travail. Entre rigidité réglementaire et élasticité statistique de l’INS, le marché de l’emploi donne à voir deux lectures d’une même réalité.

Il est des chiffres qui rassurent. Le taux de chômage publié le week-end dernier par l’Institut national de la statistique (INS) en fait partie. Au quatrième trimestre 2025, il s’établit à 15,2 %, contre 16,5 % un an plus tôt. La baisse est nette, incontestable. Tout au long du week-end, elle a été largement commentée dans les médias, parfois célébrée, comme le signe d’un frémissement économique. Les partisans du régime s’en sont donné à cœur joie sur leurs pages Facebook.

Pourtant, dans le même temps, un autre signal traverse le monde de l’entreprise, plus discret mais tout aussi révélateur. L’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) a interrogé une centaine de directeurs des ressources humaines sur l’impact de la loi n°9/2025, qui a profondément modifié le cadre contractuel du travail en supprimant la sous-traitance dans l’activité principale et en encadrant plus strictement le recours aux contrats à durée déterminée.

Les résultats de cette enquête ont été publiés cette semaine et ils interrogent. L’euphorie observée à l’annonce des chiffres du chômage n’est pas du tout partagée par les premiers responsables des ressources humaines (DRH) dans nos entreprises.

Les résultats ne dessinent pas un paysage euphorique

Près de 68 % des DRH interrogés estiment que certaines dispositions du texte du nouveau code du travail demeurent floues, notamment en matière de CDD et de gestion des activités externalisées.

Cette ambiguïté juridique, loin d’être théorique, se traduit par des arbitrages prudents : décisions de recrutement différées, réévaluation systématique des contrats, limitation du recours à certains prestataires. Dans plusieurs secteurs, les ajustements d’effectifs ont atteint jusqu’à 15 % du personnel.

Surtout, 68 % des répondants anticipent une baisse des recrutements en 2025, et 64 % en 2026. L’effet de la réforme n’est donc pas seulement administratif ; il influence directement la dynamique d’embauche.

La protection et ses effets

La philosophie de la réforme est connue : protéger les travailleurs, sécuriser les relations contractuelles, limiter les abus de la sous-traitance. L’intention est socialement défendable, politiquement lisible. Mais toute régulation produit des effets, parfois inattendus, sur le comportement des acteurs.

Dans l’enquête de l’IACE, les entreprises évoquent des hausses de coûts comprises entre 5 % et 25 %, pouvant atteindre 35 % pour certains postes historiquement externalisés. Audits internes, refonte des procédures RH, digitalisation du suivi contractuel, formation des managers : la mise en conformité suppose une réorganisation en profondeur.

Les entreprises les mieux structurées y voient un levier de modernisation. D’autres, moins préparées, parlent d’un choc réglementaire. Toutes, ou presque, s’accordent sur un point : la flexibilité s’est réduite.

Dans un contexte de croissance faible, cette réduction de la marge d’ajustement ne peut qu’inciter à la prudence.

La statistique et son périmètre

C’est ici que le contraste apparaît. Car pendant que les DRH anticipent un ralentissement des embauches, le taux de chômage recule. L’INS n’invente rien. Elle applique la définition internationale du chômage : toute personne ayant exercé une activité rémunérée, même ponctuelle, n’est plus considérée comme chômeuse.

Le vendeur de mouchoirs aux feux rouges, le collecteur de bouteilles, le travailleur informel qui parvient à générer un revenu minimal sortent mécaniquement des statistiques du chômage. Ils entrent dans la catégorie des actifs occupés.

La norme est internationale. La méthode n’est pas contestable en soi. Mais elle dessine une réalité particulière : celle d’un marché où l’occupation, même précaire et intermittente, vaut emploi.

La baisse du taux global ne dit rien, en revanche, de la qualité de l’emploi créé ni de sa stabilité.

En clair, l’INS n’a pas menti, mais il n’a pas été explicite quant à ses méthodes et ne précise nullement que les emplois hyper précaires sont désormais comptabilisés comme de vrais emplois, puisque même les vrais faux mendiants (les vendeurs de mouchoirs et de chewing-gum aux feux rouges) ne sont plus considérés comme chômeurs.

Le silence des diplômés

Un autre indicateur invite à la prudence et celui là est tu par l’INS, celui du chômage des diplômés du supérieur.

L’INS a diffusé le chiffre global du chômage, fortement célébré par les médias et sur les réseaux sociaux, mais il n’a pas diffusé celui des diplômés du supérieur. Celui-ci est passé de 16,7 % au quatrième trimestre 2024 à 24,9 % au troisième trimestre 2025. Une progression brutale, révélatrice d’un décalage persistant entre formation et tissu productif. Quant à celui du quatrième trimestre, il est passé aux oubliettes.

Il ne s’agit pas d’accuser l’INS de manipulation. Il s’agit de constater que la statistique, comme toute production publique, raconte une histoire en fonction des indicateurs que l’on choisit de mettre au premier plan.

Deux lectures d’un même marché

Ainsi se dessine un paradoxe. D’un côté, une réforme qui renforce la protection juridique des salariés, réduit la flexibilité contractuelle et accroît les coûts d’ajustement pour les entreprises. Les DRH, en première ligne, parlent de prudence, de ralentissement des recrutements, d’incertitude.

De l’autre, une baisse du chômage mesurée selon des critères internationaux, dans un contexte où l’informel, les faux mendiants et la précarité contribuent à la diminution du taux global.

Le marché du travail tunisien n’a pas deux réalités distinctes. Il a juste deux lectures bien politisées.

L’une est juridique et organisationnelle : elle parle de rigidité accrue et d’anticipations prudentes.

L’autre est statistique : elle enregistre une amélioration agrégée.

La question qui demeure, au-delà des courbes, est celle-ci : la Tunisie crée-t-elle davantage d’emplois stables, qualifiés et productifs, ou requalifie-t-elle une partie de la précarité en occupation statistique ?

Dans un pays où la jeunesse diplômée cherche sa place et où l’entreprise affronte déjà une croissance atone, cette interrogation n’est pas technique. Elle est politique.

Et elle mérite mieux qu’une lecture à sens unique.

Maya Bouallégui

Cliquer ici pour télécharger l’intégralité de l’étude de l’IACE (15 pages)

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Commentaire

  1. zaghouan2040

    Répondre
    19 février 2026 | 15h53

    je suis en contact permanent avec les entreprises et certains bassins d’emplois
    TOUS les acteurs économiques et institutionnels, y compris les bureaux d’emplois, s’etonnent de cette baisse miraculeuse du taux de chômage Ainsi, il n’y a pas au sein de ces bureaux d’emplois une hausse significative des offres émanant des entreprises.

    La baisse du taux de chômage serait éventuellement due a une baisse de la population active,
    elle même due à une campagne massive d’abductions des actifs tunisiens par les fameux Reptiliens de Bayer Alpha Orionis. Ce ne serait pas la première fois, je vous le rappelle.

    L’INS devrait confirmer ou infirmer cette possibilité
    Où à une

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