Comme chaque année au début du mois de Ramadan, une rumeur revient en force sur les réseaux sociaux : plusieurs publications largement partagées sur Facebook affirment que « l’outrage au jeûne » – ou le fait de manger publiquement pendant la journée – serait puni en Tunisie d’une peine pouvant aller jusqu’à trois mois de prison, en vertu du Code pénal. Ces posts, souvent formulés comme une “mise en garde”, se diffusent rapidement et alimentent un climat de confusion, voire d’inquiétude, chez de nombreux internautes.

Or, la vérification des textes juridiques en vigueur montre qu’aucune disposition expresse du Code pénal tunisien ne prévoit une peine d’emprisonnement pour le simple fait de ne pas jeûner ou de manger en public pendant le Ramadan. Il n’existe pas, dans l’arsenal juridique tunisien, d’article incriminant explicitement l’« outrage au jeûne » ou la « rupture publique du jeûne ». À ce jour, aucun article du Code pénal tunisien ne mentionne explicitement le Ramadan, le jeûne ou la rupture du jeûne.
Des avocats rappellent, à cet égard, qu’en matière pénale, le principe fondamental est celui de la légalité des délits et des peines : nul ne peut être poursuivi ou condamné en l’absence d’un texte clair et précis incriminant le comportement en question. En conséquence, l’affirmation selon laquelle une peine de trois mois de prison serait prévue par le Code pénal pour rupture publique du jeûne ne repose sur aucun fondement textuel explicite.
Cela étant, certaines interpellations ont été rapportées au fil des années. Selon des juristes, ces situations reposent parfois sur une lecture extensive d’autres dispositions du Code pénal, notamment celles relatives à l’atteinte aux bonnes mœurs ou à la décence publique. Toutefois, ces articles visent en principe des comportements tels que les propos obscènes, les gestes contraires à la pudeur ou des actes portant atteinte à la moralité publique. Ils ne criminalisent pas, en tant que tel, le fait de manger ou de boire. Autrement dit, l’existence d’interpellations ponctuelles ne constitue pas une preuve de l’existence d’un délit clairement défini par la loi.

Notons, par ailleurs, l’existence d’un ancien arrêté administratif pris il y a plusieurs décennies par le gouverneur de Tunis, interdisant l’ouverture de cafés et de restaurants durant la journée pendant le Ramadan, sauf exceptions. Il s’agit toutefois d’une mesure administrative, et non d’une disposition pénale. En droit, un arrêté local ne peut pas, à lui seul, créer une infraction pénale ni justifier une peine d’emprisonnement : seule une loi peut définir un délit et prévoir une sanction.
🟠 Verdict : Trompeur
L’affirmation selon laquelle le Code pénal tunisien prévoirait une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois mois pour rupture publique du jeûne est trompeuse. Aucun texte explicite ne criminalise l’« outrage au jeûne » dans la législation tunisienne. Si des interpellations ont pu être rapportées par le passé, elles relèvent au mieux d’interprétations extensives d’autres dispositions, et non d’un délit clairement défini par la loi.
R.A.













5 commentaires
Tunisino
Et pourquoi rompre le jeune publiquement, ne faut-il pas respecter les autres en jeune? Pourquoi s’attendre à une loi qui criminalise la rupture de jeune, ne faut-il pas être civique et agir de soi même? Pourquoi jeuner, est ce que le jeune n’aide pas au développement durable, préserver la santé du citoyen et améliorer son contrôle de soi, en plus des autres avantages? Une loi qui interdit la rupture de jeune publique est certainement nécessaire pour que les irresponsables deviennent responsables, c’est une histoire de discipline pour le bien de la société, éviter que quelqu’un soit tué pour manque de respect!
Gg
Reprise de votre dernière phrase:
« Une loi qui interdit la rupture de jeune publique est certainement nécessaire pour… éviter que quelqu’un soit tué pour manque de respect! »
Tunisino
Je vous comprend Gg, vous n’êtes pas habitué à la discipline anglaise, japonaise, ou allemande, les pays les plus avancés du monde. Les cultures molles ne font pas l’excellence.
Larry
Et en occident … oblige t’on les musulmans à manger du porc ?….
Non… cela aussi c’est du respect…
Celui qui veut faire ou ne pas faire le ramadan ne concerne que lui même…
Le ramadan c’est entre toi et ton dieux et non pas entre toi et les autres….
Tant que vous n’avez pas compris ça… vous n’évoluerez pas !…
Gg
« Autrement dit, l’existence d’interpellations ponctuelles ne constitue pas une preuve de l’existence d’un délit clairement défini par la loi »
Donc il existe des interpellations ponctuelles, mais sans délit au sens de la loi.
Reconnaissez que ce n’est pas clair!
Ceci dit joyeux ramadan à vous tous!