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À Genève, la Tunisie déroule son plaidoyer sur les droits humains, un « choix irréversible »

Par Raouf Ben Hédi

La 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies s’est ouverte lundi 23 février 2026 à Genève. Ce rendez-vous annuel, organisé au siège onusien, permet aux États de présenter leur lecture de la situation mondiale des droits humains et d’exposer leurs engagements. C’est dans ce cadre que le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, est intervenu par visioconférence pour porter la déclaration officielle de la Tunisie.

Un discours diplomatique bien calibré

Dans une intervention au ton classique des tribunes onusiennes, la Tunisie a réaffirmé son « engagement résolu » en faveur d’une coopération constructive avec le Conseil des droits de l’homme. Le ministre a rappelé l’adhésion du pays à la majorité des instruments internationaux relatifs aux droits humains, la présence à Tunis d’un bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et l’invitation permanente adressée aux procédures spéciales.

Le discours s’est appuyé sur un rappel historique : abolition officielle de l’esclavage au XIXᵉ siècle, soutien aux luttes de libération nationale, attachement à la souveraineté. À l’approche du 70ᵉ anniversaire de l’indépendance, les droits humains sont présentés comme un « choix national irréversible ».

Réformes politiques : le récit officiel face aux critiques

Le processus engagé le 25 juillet 2021 est, une nouvelle fois, présenté comme une réforme visant à renforcer la participation populaire et à refonder la gouvernance démocratique.

Cette lecture tranche avec les analyses d’organisations tunisiennes et internationales qui, depuis plusieurs années, alertent sur un recul des libertés publiques, une concentration accrue des pouvoirs et des poursuites visant opposants politiques, journalistes et figures de la société civile.

C’est dans ce décalage que se cristallise aujourd’hui le débat sur la crédibilité du discours tunisien dans les enceintes internationales.

Justice sociale affichée, réalité économique incertaine

La déclaration met également l’accent sur la justice sociale, érigée en priorité nationale. Le gouvernement affirme mener un chantier législatif destiné à lutter contre la précarité et l’exploitation, dans l’idée que « la liberté ne saurait prospérer sans justice sociale ».

Sur le terrain, la situation économique reste pourtant marquée par une paupérisation croissante d’une partie de la population, un pouvoir d’achat fortement ébranlé par l’inflation et des pénuries récurrentes. La politique économique demeure difficile à lire, entre annonces de réformes et absence de vision clairement articulée.

Le contraste entre l’ambition affichée et les incertitudes concrètes nourrit un scepticisme palpable.

Migration : coopération internationale et tensions internes

La Tunisie a également mis en avant sa coopération avec l’Organisation internationale pour les migrations dans le cadre des programmes de retour volontaire et de réintégration, ainsi que son engagement contre la traite des personnes. Le discours officiel insiste sur la « responsabilité partagée » face à la migration irrégulière et appelle à une approche globale impliquant pays d’origine, de transit et de destination.

Cette présentation intervient dans un contexte particulièrement sensible. La crise migratoire a été accompagnée, ces dernières années, de discours officiels évoquant un supposé complot de « grand remplacement » démographique. Parallèlement, plusieurs activistes et membres d’associations engagées dans l’aide aux migrants ont fait l’objet d’arrestations et de poursuites judiciaires, suscitant de vives inquiétudes quant à la criminalisation de la solidarité.

Là encore, le récit diplomatique contraste avec un climat intérieur marqué par de fortes tensions et des accusations de violations de droits fondamentaux.

Gaza : une position ferme sur la scène internationale

Enfin, la déclaration tunisienne a consacré un passage appuyé à la situation en Palestine, dénonçant les violations du droit international humanitaire dans la bande de Gaza et appelant à la poursuite des responsables de crimes de guerre et de génocide. Tunis a réitéré son soutien au droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à l’établissement d’un État indépendant avec Al Qods pour capitale.

Comme souvent dans ce type d’exercice diplomatique, la tribune genevoise donne à voir un État attaché aux principes universels et engagé dans des réformes structurantes.

Mais au-delà des formules et des références historiques, c’est la cohérence entre les engagements proclamés et la réalité nationale qui demeure la véritable épreuve.

R.B.H

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