Le président de la Chambre syndicale des grandes surfaces, Hédi Baccour, a livré lundi 23 février 2026, au micro de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, une intervention dense couvrant l’ensemble des enjeux du secteur. Il a mis en avant le rôle social et régulateur des grandes surfaces, notamment durant le mois de Ramadan. Il a expliqué les mécanismes de promotion et de soutien aux fournisseurs, reconnu les pertes considérables subies pendant la révolution puis la crise du Covid-19, et souligné la reprise progressive de l’activité depuis 2023. Il a également précisé que les produits tunisiens représentent une part dominante des ventes (83 %), rejeté les accusations d’invasion de produits importés, détaillé le fonctionnement de la « marge arrière », présenté l’état du dialogue social avec les syndicats, évoqué la question des tickets-restaurant, ainsi que les contraintes liées aux horaires nocturnes et à l’implantation géographique des enseignes.
Rôle social et Ramadan
Dès l’entame, Hédi Baccour a insisté sur le « rôle social important » des grandes surfaces, qu’il considère comme un maillon de la chaîne économique nationale. Selon lui, en cas de « dérapage des prix », durant les premiers jours du mois, ces enseignes jouent un rôle régulateur, notamment à travers des opérations promotionnelles ciblées.
À l’approche du mois de Ramadan, période de forte consommation, les grandes surfaces multiplient les réductions sur des produits spécifiques — parfois sur une journée, deux ou trois — afin de soutenir le pouvoir d’achat. Ces promotions sont réalisées en coordination avec les fournisseurs et industriels, qui cherchent eux aussi à renforcer leur visibilité et leurs volumes de ventes durant cette période marquée par une forte intensité publicitaire.
Les grandes surfaces, explique-t-il, constituent ainsi un outil de mise en avant des produits : dégustations, catalogues, réseaux sociaux, affichages en rayon, campagnes radio ou télévisées. « Nous aidons à la fois le fournisseur et le consommateur », a-t-il résumé.
Ramadan : +25% de consommation réelle
Concernant l’impact du Ramadan sur l’activité, Hédi Baccour a apporté des précisions chiffrées : la consommation réelle augmenterait d’environ 25% sur la période, et non de manière exponentielle comme cela est parfois perçu.
Il a expliqué que les achats sont fortement concentrés :
- avant le Ramadan (produits stockables : pâtes, conserves, sel, etc.) ;
- durant les premiers jours du mois ;
- puis régulièrement pour les produits frais, qui obligent les consommateurs à revenir tous les deux jours.
Il observe également une hausse significative de la fréquentation, avec des achats groupés effectués par des familles.
Horaires nocturnes et implantation
Interrogé sur l’ouverture nocturne durant Ramadan, le président de la Chambre a expliqué que certaines expériences ont été menées par le passé, y compris avec des coupures pour l’iftar suivies d’une réouverture. Cependant, ces horaires étendus ne seraient pas économiquement viables. Les coûts de fonctionnement (salaires, transport du personnel, sécurité) augmentent fortement sans que le chiffre d’affaires ne double en proportion.
Il insiste également sur le respect des employés, qui doivent pouvoir rentrer chez eux dans des conditions normales. « Nous ne pouvons pas laisser les salariés en magasin en permanence », a-t-il souligné.
Hédi Baccour a reconnu que les grandes surfaces ne peuvent pas s’implanter partout. Plus la surface est grande, plus il est difficile de trouver un terrain adapté, notamment en zones urbaines denses. Des formats moyens et petits existent dans certains quartiers (Le Kram, La Marsa, El Mnihla, El Mourouj, El Yasminette…), mais leur rentabilité dépend directement du volume d’activité local. Le modèle économique repose, a-t-il rappelé, non pas sur le volume des ventes en lui-même, mais sur la marge bénéficiaire. Il a également insisté sur la complémentarité avec le commerce traditionnel (grossistes et épiceries), estimant que les deux circuits coexistent dans l’écosystème commercial.
Marges arrière et fournisseurs
Interrogé sur les marges dites « arrière » (remise ou rémunération différée versée par un fournisseur en contrepartie de services de coopération commerciale), il a précisé que cette pratique n’est pas propre à la Tunisie et existe à l’international. Qu’elle soit avant ou arrière, il s’agit toujours de marge globale servant principalement à couvrir les charges, notamment salariales, et de soutenir la coopération commerciale.
Révolution et Covid-19
Le président de la Chambre a évoqué deux périodes critiques :
- La révolution : certaines enseignes ont été incendiées, pillées ou vandalisées. Même assurées, les entreprises n’auraient pas récupéré l’intégralité des pertes.
- La crise du Covid-19 : contrairement à une perception répandue, le secteur a subi des pertes importantes : paiement intégral des salaires malgré la baisse d’activité, maintien des emplois, prise en charge du transport des salariés, réduction du chiffre d’affaires. Les résultats nets des entreprises ont été affectés en 2020, 2021 et 2022. Le retour au niveau d’activité de 2019 ne serait intervenu qu’en 2023.
« Nous avons été frappés, mais nous nous sommes relevés », a-t-il résumé.
Dialogue social
Hédi Baccour affirme que le secteur a été le premier à signer un accord sectoriel le 25 mai 2025, à l’issue de cinq semaines de négociations avec les syndicats de base et en coordination avec l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Il souligne l’existence d’un dialogue continu et de mécanismes de remontée des réclamations (boîtes à suggestions, réseaux sociaux, services clients).
Selon lui, environ 12.000 salariés travaillent dans les grandes surfaces affiliées à la Chambre.
Produits tunisiens et pouvoir d’achat
Face aux critiques sur la présence de produits importés, M. Baccour a fourni un chiffre clé : 83% du chiffre d’affaires des grandes surfaces provient de produits tunisiens, contre 17% pour les produits importés. Il estime que la perception d’une « invasion » de produits étrangers tient davantage à leur visibilité en rayon qu’à leur poids réel dans les ventes.
Il a également donné un exemple : si une eau importée est vendue à cinq dinars contre 0,7 dinar pour une eau locale, le consommateur optera naturellement pour la moins chère, illustrant ainsi que le pouvoir d’achat reste le facteur déterminant.
Il a rappelé que les grandes surfaces avaient proposé l’an dernier un bidon d’huile d’olive à 15 dinars lorsque les prix atteignaient 25 dinars. Cette année, un format à 12,5 dinars a été commercialisé, reflétant la baisse des cours. Selon lui, la présence de ces produits en grandes surfaces garantit la transparence des prix et empêche la dissimulation.
Tickets-restaurant et publicité
Concernant les tickets-restaurant, il a indiqué que des solutions par carte ont été introduites pour réduire les coûts et limiter les retenues. Certains dispositifs prélèvent jusqu’à 10%, ce qui peut affecter le pouvoir d’achat réel du salarié.
À la question « le consommateur choisit-il le prix ou la qualité ? », Hédi Baccour a répondu : tout dépend des moyens financiers. Le client qui en a la capacité privilégie la qualité ; celui dont les ressources sont limitées privilégie le prix.
Enfin, il a expliqué que les budgets publicitaires varient d’une enseigne à l’autre. L’investissement peut représenter environ 0,5% du chiffre d’affaires, en distinguant marketing (choix des produits, politique de prix, promotions) et publicité (communication média).
Le rôle clé des grandes surfaces
Au terme de son intervention, Hédi Baccour a présenté les grandes surfaces comme :
- un acteur régulateur des prix,
- un partenaire des fournisseurs locaux,
- un employeur structuré,
- un secteur ayant résisté aux crises successives,
- un canal majoritairement tourné vers les produits tunisiens.
I.N.










