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Faux rapport, faux institut, faux chiffres : l’intox des « trente millions de comptes fictifs » en Tunisie démontée

Par Rabeb Aloui

Une publication virale sur Facebook affirme qu’un rapport américain, publié le 5 décembre 2025, révélerait l’existence de trente millions de faux comptes sur Facebook, Instagram et TikTok en Tunisie, soit plus de trois fois la population du pays. Le message, formulé de manière alarmiste, soutient qu’un institut américain aurait conclu que l’espace numérique tunisien serait dominé par des comptes fictifs et des robots automatisés. L’information a rapidement suscité inquiétude et indignation, certains internautes y voyant la preuve d’une manipulation massive de l’opinion publique.

Un institut introuvable

Nous avons examiné attentivement les documents présentés comme étant à l’origine de cette affirmation. Le prétendu rapport est attribué à une entité appelée “Information Technology & Cyber Integrity Institute (ITCII) United States of America”. Or, aucune trace d’un institut portant ce nom n’apparaît dans les registres académiques américains, les bases de données universitaires, les publications scientifiques reconnues ou les organismes de recherche spécialisés en cybersécurité.

Les centres de recherche américains crédibles disposent généralement d’un site officiel vérifiable, d’une adresse institutionnelle, d’une équipe identifiée et de publications indexées. Rien de tout cela n’est associé à l’entité mentionnée dans le document.

Des chiffres et une méthodologie peu crédibles

Les chiffres avancés posent également un problème de crédibilité. Affirmer qu’il existerait trente millions de comptes inauthentiques interagissant avec des adresses IP tunisiennes impliquerait un volume d’activité numérique disproportionné par rapport à la taille réelle du marché tunisien. Les grandes plateformes publient régulièrement leurs propres rapports de transparence et de suppression de comptes automatisés. Ces documents détaillent les campagnes coordonnées détectées à l’échelle mondiale, mais ne corroborent en rien un chiffre spécifique de trente millions pour la Tunisie.

Enfin, la mise en page du document, l’absence de références vérifiables, l’utilisation de catégories génériques telles que “narrative spreaders” ou “bot-assisted political influencers” sans cadre méthodologique précis, ainsi que la mention explicite de sections qualifiées de “fictional”, constituent des indices supplémentaires suggérant qu’il ne s’agit pas d’un rapport institutionnel authentique.

Après vérification, il n’existe donc aucune preuve qu’un institut américain reconnu ait publié, le 5 décembre 2025, un rapport affirmant qu’il y aurait trente millions de faux comptes en Tunisie. L’entité citée ne correspond à aucune institution académique ou de recherche identifiable et le document présenté comporte de nombreux signes caractéristiques d’une fabrication. L’affirmation virale est fausse et repose sur un rapport non crédible.

R.A.

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