La Tunisie pourrait bien se retrouver coincée dans un cercle vicieux économique en 2026 : onze milliards de dinars de déficit et 85% de la dette qui absorbe tout le reste. C’est le constat du professeur universitaire en économie, Ridha Chkoundali, dans un post publié lundi 23 février 2026 sur sa page Facebook. S’appuyant sur une analyse inspirée d’un rapport d’Amon Capitalis, il décrit les risques qui pèsent sur le pays à court et moyen terme.
Une année critique pour l’économie tunisienne
Selon M. Chkoundali, l’année 2026 pourrait s’avérer « décisive, voire critique » pour l’économie tunisienne. Le cœur du problème, souligne-t-il, réside dans le déficit du budget de l’État. La Loi de finances 2026 révèle un gap estimé à onze milliards de dinars entre recettes et dépenses, mais ce chiffre cache de nombreuses complexités et ne reflète pas nécessairement la réalité profonde des déséquilibres économiques.
L’effet de l’endettement public
Le professeur met en avant la hausse de l’endettement public, qui atteint désormais 85% du PIB. Concrètement, pour chaque cent dinars empruntés par l’État, 85 dinars sont destinés au remboursement de la dette existante, ne laissant que quinze dinars pour le fonctionnement quotidien des rouages du budget : salaires, subventions, transferts sociaux et autres dépenses courantes. Selon lui, « l’économie est aujourd’hui dans un cercle vicieux : un serpent qui se mord la queue, où l’emprunt sert uniquement à rembourser l’emprunt précédent ».
Un tournant en 2018
Si la Tunisie a connu une rupture après 2011, M. Chkoundali identifie 2018 comme l’année du véritable tournant. Cette année-là, explique-t-il, le modèle économique a atteint ses limites et n’était plus soutenable : le taux d’intérêt sur la dette est devenu supérieur au taux de croissance de l’économie. Résultat : la dette croît plus vite que la capacité du pays à la rembourser. Selon lui, l’absence de nouvelles usines, d’infrastructures et de projets d’investissement a conduit à un usage des fonds publics principalement pour la consommation courante, « consommant le futur plutôt que de le construire ».
Des solutions limitées
Face à ce constat, les options pour relancer l’économie sont quasi épuisées. Ridha Chkoundali identifie trois voies principales :
- Le financement externe : devenu extrêmement coûteux en raison de la hausse des taux d’intérêt internationaux.
- L’augmentation de la fiscalité : une option saturée, qui ne peut plus être exploitée.
- Le financement monétaire : recours à la banque centrale pour couvrir le déficit, soit le fameux « financement monétaire du déficit » communément appelé « planche à billet ».
Les conséquences inflationnistes
L’injection des onze milliards de dinars dans l’économie aura un impact direct sur les prix. Le professeur avertit que la masse monétaire augmentera alors que la production de biens et services reste quasi stable, ce qui entraînera une dépréciation du dinar et une hausse des prix. « Le phénomène de l’inflation affectera tous les citoyens, réduira le pouvoir d’achat et érodera les économies », explique-t-il, ajoutant que cela équivaut à un transfert invisible de richesse des ménages vers un État endetté.
Une prévision pour 2028
Si l’inflation pourrait rester maîtrisable à hauteur de 8% à 10% en 2026, M. Chkoundali met en garde contre l’ancrage de cette inflation dans les comportements économiques d’ici 2028, rendant son contrôle beaucoup plus difficile. Selon lui, la seule solution durable consiste à générer davantage de richesse, car le simple recours à la planche à billet ne suffira pas à sortir de la crise. Sans réforme structurelle et investissements productifs, 2026 pourrait marquer le début d’une crise profonde et prolongée pour l’économie tunisienne.

I.N.











2 commentaires
le financier
Cet economiste a toujours deux guerres de retard , tout avait expliqué il y a plusieurs moi par Oilid ben yezza dans cet article avec une depreciation du dinars voila le lien https://www.webmanagercenter.com/2025/12/11/557498/21112025tunisie-2025-le-piege-des-deficits-jumeaux/
zaghouan2040
L’avertissement de Mr Ckoundali est capital, rappelant les risques d’enlisement durable de l’économie tunisienne dans une spirale stagflationiste
Mais,signe des temps, bien peu semblent se soucier de cette manace mortelle pour la stabilité du pays