La barre des 27,5 milliards de dinars de billets et pièces en circulation a été franchie. Il s’agit d’une « fuite en avant », a estimé Aram Belhadj.
Mardi 24 février 2026, le docteur en sciences économiques et enseignant-chercheur à l’Université de Carthage a commenté cette situation préoccupante via un post Facebook :
« L’atteinte de niveaux record de la masse monétaire est un indicateur très inquiétant dans un contexte d’absence de moyens de paiement modernes, de faiblesse du système bancaire, d’expansion de l’économie parallèle et de manque de transparence ! »
Selon l’économiste, ce niveau record de la monnaie fiduciaire traduit un déséquilibre profond dans le système économique tunisien. Le recours massif au cash reflète l’absence de moyens de paiement performants, la faiblesse du secteur bancaire, la progression de l’économie parallèle et le manque de transparence dans certaines transactions.
Un record historique amplifié par la loi sur les chèques
Cinq jours après le début du mois sacré, la circulation des espèces a atteint un niveau record, accentué par la nouvelle loi sur les chèques, qui limite à la fois leur nombre et leur montant. Lundi 23 février 2026, le montant des billets et pièces en circulation a franchi la barre des 27,5 milliards de dinars, contre 22,987 milliards un an auparavant, selon la Banque centrale de Tunisie (BCT). Cette hausse de 4,513 milliards de dinars représente une progression de 19,63% par rapport à la même période en 2025.
Déclin progressif du chèque
Le chèque, autrefois dominant parmi les moyens de paiement télécompensés, perd progressivement du terrain. Selon le bulletin « Des paiements en chiffres en Tunisie » pour 2025 publié par la BCT, le chèque ne représente plus que 24,5% des montants et 13,5% du nombre des paiements télécompensés.
Le recul est spectaculaire : le nombre de chèques télécompensés a chuté de 67,5%, passant de 24,5 millions fin 2024 à 7,9 millions fin 2025, tandis que leur montant total a diminué de 58,8%, pour s’établir à 53,48 milliards de dinars contre 129,67 milliards fin 2024. La suppression depuis octobre 2024 de l’obligation de justifier l’origine des sommes importantes en espèces contribue à renforcer le recours au cash, particulièrement lors des périodes de forte consommation comme le ramadan.
Les risques selon les experts
Pour Aram Belhadj, cette situation représente un signal d’alerte : elle reflète la faiblesse des instruments de paiement électroniques et l’élargissement du secteur informel, tout en accentuant les pressions inflationnistes et en compliquant la politique monétaire. L’économiste insiste sur la nécessité de renforcer la digitalisation des paiements et de restaurer la confiance dans le système bancaire afin de canaliser ces flux vers des circuits plus transparents et sécurisés.

I.N.











Commentaire
zaghouan2040
Nous allons tout droit vers la stagflation : assèchement du crédit à l’investissement, hausse généralisée du niveau des prix, et stagnation de la croissance économique