Heure de Tunis :
Light
Dark

Tunisie et malnutrition : le taux de 3 % est réel, mais la “carte FAO 2026” prête à confusion

Une publication diffusée le 24 février 2026 sur X affirme, en s’appuyant sur une carte présentée comme issue de la FAO, que la Tunisie afficherait un taux de malnutrition de 3 %, tandis que l’Algérie serait à moins de 2,5 %, le Sénégal à 5 % et le Maroc à 7 %. La carte a suscité de nombreuses réactions, certains internautes y voyant une confirmation des performances tunisiennes, d’autres s’interrogeant sur la fiabilité de la carte.

La vérification montre que le chiffre de 3 % concernant la Tunisie n’est pas inventé. Il correspond à des estimations publiées dans des rapports internationaux. Ces données s’appuient sur les évaluations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui mesure la prévalence de la sous-alimentation à partir de modèles statistiques et de séries de données couvrant plusieurs années. Il ne s’agit donc pas d’un chiffre produit pour une seule année isolée, mais d’une estimation consolidée fondée sur des périodes glissantes intégrant différentes sources nationales et internationales.

Il est essentiel de préciser ce que signifie exactement ce taux de 3 %. La FAO ne mesure pas la malnutrition au sens large par une simple observation directe. Elle évalue principalement la prévalence de la sous-alimentation, c’est-à-dire la proportion de la population dont l’apport calorique habituel est insuffisant pour mener une vie active et saine. Cette estimation repose sur des données relatives à la disponibilité alimentaire nationale, à la distribution des revenus, aux habitudes de consommation et à des modèles statistiques permettant d’estimer la part de la population en déficit énergétique chronique. Les résultats sont généralement publiés avec des marges d’incertitude et intégrés dans des rapports mondiaux sur la sécurité alimentaire.

La malnutrition, au sens scientifique, ne se limite pas à la sous-alimentation calorique. Elle englobe également les carences en micronutriments, l’insécurité alimentaire modérée ou grave, ainsi que d’autres formes comme le retard de croissance ou l’émaciation chez les enfants. La situation nutritionnelle d’un pays ne peut donc pas être résumée à un seul pourcentage. En Tunisie, si la prévalence de la sous-alimentation reste relativement faible comparée à plusieurs pays d’Afrique, d’autres défis nutritionnels existent, notamment liés à la transition alimentaire et aux déséquilibres nutritionnels.

En revanche, la publication virale prête à confusion en présentant ces données comme une carte officielle spécifique à l’année 2026. Les rapports de la FAO sont publiés avec un décalage temporel, le temps de collecter, consolider et valider les données nationales. Il n’existe pas, à ce stade, de carte officielle validée pour l’année 2026 présentant des taux définitifs pays par pays. Les estimations disponibles correspondent aux dernières périodes consolidées entre 2022 et 2024 et non à une photographie statistique arrêtée pour l’année en cours.

Ainsi, le chiffre de 3 % pour la Tunisie correspond bien à des estimations internationales reconnues concernant la prévalence de la sous-alimentation. Toutefois, la présentation qui en est faite dans la publication virale est simplifiée et peut induire en erreur en laissant croire à l’existence d’une carte officielle 2026 déjà validée. Les données existent, mais leur interprétation nécessite de comprendre la méthodologie employée par la FAO et le caractère estimatif et pluriannuel des statistiques publiées.

R.A.

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *