Un an après la notification officielle aux autorités tunisiennes de l’avis du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire appelant à sa libération, Abir Moussi affirme rester derrière les barreaux, dénonçant une détention qu’elle qualifie d’« illégale » et de « politique ».
Dans une lettre datée du 26 février 2026, la présidente du Parti destourien libre (PDL) revient sur ce qu’elle présente comme une injustice persistante, malgré une décision émanant d’une instance onusienne reconnue par l’État tunisien. Elle rappelle que cet avis avait conclu à l’absence de base légale justifiant son incarcération et appelé à sa libération immédiate, estimant que les poursuites engagées relevaient d’une atteinte à sa liberté d’expression et à son droit à l’action politique.
Mais, loin d’une issue favorable, Abir Moussi affirme que sa situation s’est, au contraire, alourdie. Elle évoque des condamnations cumulées à plus de quatorze ans de prison, qu’elle lie directement à ses prises de position publiques et à ses contestations des choix politiques et électoraux des autorités.
« 878 jours » derrière les barreaux
Dans sa lettre, l’opposante donne à sa détention une dimension personnelle et temporelle. Elle affirme avoir passé, à la date du 26 février 2026, « 878 jours », soit plus de deux ans, en prison depuis son arrestation le 3 octobre 2023. Elle souligne qu’elle s’apprête à vivre son troisième Ramadan consécutif en détention, dans un troisième établissement pénitentiaire.
Au-delà des chiffres, elle évoque l’épreuve humaine, la séparation avec ses filles et l’épreuve morale, tout en assurant que cette expérience a renforcé ses convictions et sa détermination à poursuivre son combat politique.
Une Tunisie « à deux réalités »
Abir Moussi élargit ensuite son propos à la situation du pays, dressant un constat sévère. Elle affirme qu’il existe aujourd’hui « deux États » : l’un, porté par le discours officiel, qui met en avant la lutte contre la corruption, la souveraineté et le redressement ; l’autre, celui vécu par les citoyens, marqué selon elle par les difficultés économiques, la baisse du pouvoir d’achat et un climat de restriction des libertés.
Elle met en garde contre les conséquences d’un tel décalage, évoquant un risque de fracture sociale et appelant à une « prise de conscience » pour préserver la stabilité et l’unité du pays.
Un message politique malgré l’incarcération
Malgré sa détention, la dirigeante du PDL affirme continuer à suivre la situation nationale et internationale, assurant qu’elle reste engagée dans ce qu’elle qualifie de « lutte pacifique ». Elle appelle à dépasser les logiques de confrontation et à engager des réformes économiques et institutionnelles pour sortir le pays de la crise.
« Peu importe la durée de ma détention », écrit-elle en conclusion, affirmant que l’essentiel, à ses yeux, est de rester fidèle à ses convictions et de continuer à défendre, depuis sa cellule, ce qu’elle considère comme l’intérêt supérieur du pays.
S.H










