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Quand le cash s’envole, l’économie vacille : 27,5 milliards de raisons de s’inquiéter, selon Ridha Chkoundali

Par Imen Nouira

Le montant des billets et pièces en circulation en Tunisie a atteint un niveau jamais vu : 27,5 milliards de dinars. Face à cette flambée historique, Ridha Chkoundali, professeur universitaire d’économie, tire la sonnette d’alarme. Dans un post publié vendredi 27 février 2026 sur sa page Facebook, il décrit un phénomène qui dépasse les simples chiffres : « Le véritable signal d’alerte dans l’économie tunisienne n’est pas seulement le déficit budgétaire ou la croissance faible, mais l’envolée spectaculaire des transactions en monnaie liquide ». Pour lui, cette fuite massive de liquidités hors des circuits bancaires constitue un signal de fragilité structurelle et menace la stabilité financière du pays.

27,5 milliards de dinars hors circuit : un record historique

Selon M. Chkoundali, « ce chiffre traduit une expansion massive des paiements en espèces », au détriment des transactions bancarisées et traçables, avec des conséquences économiques profondes.

D’abord, cette accumulation de liquidités hors circuit réduit mécaniquement l’assiette fiscale et affaiblit les recettes de l’État. « Lorsque les transactions échappent au système bancaire, elles deviennent plus difficiles à tracer, ce qui favorise l’économie informelle. Le premier perdant est donc le Trésor public, déjà sous pression budgétaire », écrit-il.

Ensuite, cette situation impacte directement la liquidité bancaire et la capacité des banques à financer l’investissement privé. « Moins d’argent déposé dans les banques signifie moins de ressources disponibles pour soutenir les entreprises, notamment les PME, ce qui freine l’investissement, ralentit la croissance et pèse sur l’emploi », précise M. Chkoundali.

Enfin, la circulation massive de cash complique la régulation monétaire par la Banque centrale, réduit l’efficacité des instruments de politique monétaire et peut accentuer les tensions inflationnistes.

Des décisions législatives au cœur du phénomène

Pour expliquer cette explosion du cash, M. Chkoundali cite deux lois distinctes ayant contribué au phénomène :

  • La loi sur les chèques, qui limite désormais leur nombre et leur montant, a réduit le recours à ce moyen de paiement autrefois dominant, poussant certains acteurs économiques vers le cash.
  • La loi sur la facturation électronique, introduite « sans préparation suffisante du tissu économique ni renforcement préalable de l’inclusion financière », a également encouragé le contournement par le recours aux espèces, face à un environnement perçu comme plus contraignant.

À cela s’ajoute l’abrogation de la disposition interdisant les transactions en espèces au-delà de 5.000 dinars, qui a supprimé un garde-fou essentiel contre la circulation excessive de liquidités, « facilitant involontairement l’expansion des paiements non traçables ».

Le professeur insiste sur le fait que « la réforme des instruments de paiement est importante mais devient contreproductive si elle n’est pas accompagnée d’une vision cohérente et d’un plan d’application graduel se basant sur des études d’impact ». Il appelle donc le parlement à réévaluer ces dispositifs en associant experts et acteurs économiques.

Le recul du chèque et le boom des espèces

Les chiffres publiés par la Banque centrale de Tunisie (BCT) confirment les observations de M. Chkoundali. Cinq jours après le début du mois sacré, la circulation des espèces a atteint un niveau record, accentué par la nouvelle loi sur les chèques, qui limite à la fois leur nombre et leur montant. Lundi 23 février 2026, le montant des billets et pièces en circulation a franchi la barre des 27,5 milliards de dinars, contre 22,987 milliards un an auparavant, soit une hausse de 4,513 milliards de dinars (+19,63 %).

Cette augmentation spectaculaire s’inscrit dans un contexte où le chèque, autrefois dominant parmi les moyens de paiement télécompensés, perd progressivement du terrain. Selon le bulletin « Des paiements en chiffres en Tunisie » pour 2025 publié par la BCT, le chèque ne représente plus que 24,5% des montants et 13,5% du nombre des paiements télécompensés. Le nombre de chèques télécompensés a chuté de 67,5%, passant de 24,5 millions fin 2024 à 7,9 millions fin 2025, tandis que leur montant total a diminué de 58,8%, pour s’établir à 53,48 milliards de dinars contre 129,67 milliards fin 2024.

À cette tendance s’ajoute la suppression, depuis octobre 2024, de l’obligation de justifier l’origine des sommes importantes en espèces, ce qui favorise le recours au cash, particulièrement lors des périodes de forte consommation comme le ramadan.

Un signal de fragilité structurelle

Pour Ridha Chkoundali, l’accumulation de liquidités hors circuit bancaire n’est pas un simple détail technique. « Lorsqu’une économie voit la liquidité fuir le système bancaire avec des montants de plus en plus élevés, c’est un signal de fragilité structurelle », avertit-il.

Le professeur conclut que l’alerte est désormais claire : « Il est urgent d’accompagner toute réforme des moyens de paiement d’un plan cohérent et d’une consultation approfondie avec les experts pour éviter que le cash, incontrôlable et massif, ne fragilise davantage l’économie tunisienne ».

I.N.

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