La décision du conseil local de Tunis Ville de transmettre à la présidence de la République et au ministère public le dossier de projets municipaux bloqués ne passe pas inaperçue. Au-delà des retards constatés, elle met en lumière un malaise institutionnel plus profond, marqué par un chevauchement des prérogatives et un vide électoral qui perdure.
Dans son communiqué, daté du 25 février 2026, le conseil local évoque les recommandations présidentielles invitant les structures locales à signaler tout dysfonctionnement. Il annonce avoir saisi la présidence ainsi que la justice au sujet de deux projets à l’arrêt depuis 2024 : le réengazonnement du stade municipal de la Hafsia et la réhabilitation de la salle omnisports Ennasria.
Mais derrière cette démarche, certains y voient une forme de dénonciation institutionnelle d’une structure municipale fragilisée.
Des municipalités dissoutes, un pouvoir local reconfiguré
Les conseils municipaux élus ont été dissous, et le calendrier des élections municipales, attendu depuis des années, n’a toujours pas été fixé. Ce vide électoral laisse les collectivités locales dans une situation transitoire, avec des marges de manœuvre limitées, notamment sur le plan budgétaire.
Dans ce contexte, la question des responsabilités devient plus complexe. Les projets incriminés relèvent initialement de la compétence municipale. Or, les municipalités fonctionnent aujourd’hui dans un cadre administratif provisoire, avec des contraintes financières et procédurales accrues, ce qui ralentit la mise en œuvre de nombreux chantiers.
Chevauchement des prérogatives
La montée en puissance des conseils locaux, créés dans le cadre de la nouvelle architecture institutionnelle, introduit un nouvel acteur dans la gouvernance territoriale. Inscrits dans le projet présidentiel de refondation du pouvoir local, ces conseils se veulent des relais directs de la volonté populaire à la base.
Cependant, l’articulation concrète entre ces conseils locaux et les structures municipales existantes demeure floue. Qui décide ? Qui exécute ? Qui porte la responsabilité politique et juridique des retards ?
La saisine de la présidence par un conseil local contre la gestion de projets municipaux illustre ce chevauchement. Elle pose la question de la hiérarchie fonctionnelle entre des structures locales issues d’un nouveau schéma institutionnel et des administrations municipales opérant dans un cadre en recomposition.
Un signal politique
En transmettant le dossier au sommet de l’État, le conseil local envoie un signal politique fort. Il s’inscrit clairement dans la logique du nouveau système, fondé sur une remontée directe de l’information vers la présidence.
Reste que cette dynamique intervient dans un climat de transition prolongée, marqué par l’absence d’élections municipales et des budgets locaux sous tension. Les retards des projets sportifs de la Hafsia et d’Ennasria deviennent ainsi le symptôme d’un malaise plus large : celui d’un pouvoir local encore en quête de stabilité institutionnelle et de lisibilité des responsabilités.
M.B.Z










