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Iran : le pari risqué de Washington, le dilemme du Golfe et le calcul de Tunis

Service IA, Business News

Par Raouf Ben Hédi

Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, ce week-end, suivies d’une riposte massive visant les monarchies du Golfe, ouvrent une phase d’incertitude stratégique majeure au Moyen-Orient. Entre pari de changement de régime, risque de chaos régional et dilemme énergétique, la Tunisie adopte une position prudente, qui interroge autant qu’elle s’explique.

Les États-Unis et Israël ont lancé samedi 28 février 2026 une vaste opération militaire conjointe contre l’Iran, frappant de multiples sites stratégiques à travers le pays et tuant notamment le Guide suprême Ali Khamenei ainsi que plusieurs dizaines de hauts responsables politiques et militaires.

Au-delà de l’intensité des frappes et de ses précisions, ce qui marque cette offensive, c’est qu’elle ne répondait à aucune urgence stratégique démontrée. Contrairement aux déclarations de la Maison Blanche justifiant l’opération par la nécessité de neutraliser une « menace imminente », il n’existait pas, au moment de l’attaque, de danger immédiat pesant sur les citoyens américains justifiant une telle escalade.

Sur le plan militaire, l’Iran n’était pas en capacité d’initier une offensive d’ampleur contre ses adversaires. Son régime avait déjà été profondément affaibli lors de la « guerre de douze jours » de juin 2025, au cours de laquelle les forces israéliennes, soutenues par l’appui aérien et logistique américain, avaient détruit une partie significative des défenses antiaériennes et des infrastructures balistiques iraniennes, selon de précédents propos du même Donald Trump. À l’issue de cette campagne, l’administration américaine elle-même avait affirmé que le programme nucléaire iranien avait été « anéanti », réduisant d’autant les justifications sécuritaires à une nouvelle offensive.

Sur le plan politique, la décision n’a pas été prise dans un cadre multilatéral. Elle a été opérée sans mandat des Nations unies et sans autorisation formelle du Congrès américain, concentrant la responsabilité de l’initiative à l’exécutif. Cette combinaison – offensive militaire majeure, absence de menace immédiate, affaiblissement préalable de l’adversaire et manque de légitimation internationale – caractérise une guerre de choix plutôt qu’une guerre de nécessité, une guerre voulue et déclenchée par le duo Trump-Netanyahou, et dont ils assument pleinement la responsabilité politique.

En ce sens, l’opération apparaît comme un pari stratégique de renversement, visant à provoquer une crise interne irréversible au cœur du régime iranien plutôt qu’à répondre à une agression tangible contre les intérêts américains.

Le saut dans l’inconnu

Le calcul stratégique est clair : frapper vite, fort, et provoquer une implosion contrôlée.

Mais l’histoire récente rappelle qu’un régime peut tomber sans que l’État ne survive. L’Irak, la Libye ou l’Afghanistan sont devenus des exemples récurrents de transitions chaotiques.

Même dans les monarchies du Golfe, l’idée d’un effondrement brutal de l’Iran suscite une inquiétude profonde. Un pays de près de 90 millions d’habitants ne disparaît pas sans onde de choc.

Les risques évoqués par plusieurs analystes sont lourds : fragmentation interne, milices rivales, flux de réfugiés, perturbations énergétiques, voire fuites nucléaires. Le remède pourrait s’avérer plus déstabilisateur que la maladie.

La riposte iranienne et la régionalisation du conflit

Confronté à une menace existentielle, le régime iranien a choisi de régionaliser la guerre.

Des frappes massives ont visé les Émirats arabes unis, le Qatar, le Royaume de Bahreïn, le Koweït, l’Arabie saoudite et le sultanat d’Oman, ainsi que la Jordanie et l’Irak. Des hôtels et l’aéroport international de Dubaï ont été touchés, tout comme l’aéroport international de Koweït, des bâtiments résidentiels à Manama, le port de Duqm — situé sur la côte orientale omanaise, sur la mer d’Arabie — et un pétrolier au large des côtes d’Oman.

L’objectif est transparent : forcer les monarchies à peser sur Washington pour mettre fin à la guerre.

Mais ce choix est à double tranchant. En attaquant des pays qui avaient plaidé pour la diplomatie et refusé l’usage de leur espace aérien lors des premières frappes, l’Iran risque d’accélérer un réalignement stratégique contre lui.

Les monarchies du Golfe arabe se retrouvent face à un dilemme cornélien : poursuivre une politique d’apaisement qui a montré ses limites, ou s’aligner davantage sur les États-Unis et Israël, au risque d’exposer encore davantage leurs territoires.

Le Golfe entre stabilité et survie

Depuis 2019 et l’attaque contre les installations pétrolières saoudiennes, les pays du Golfe doutent du caractère absolu du parapluie américain.

Aujourd’hui, les bases militaires américaines installées sur leurs territoires deviennent autant un atout qu’un handicap.

Leur priorité reste la stabilité économique. Leur modèle repose sur la sécurité, le transit aérien, la finance, le tourisme et les exportations énergétiques. Toute escalade prolongée menace directement ce socle.

C’est pourquoi, malgré la fermeté affichée, la diplomatie demeure leur option privilégiée. Ils redoutent moins la continuité du régime iranien que son effondrement incontrôlé.

La Tunisie : prudence stratégique ou effacement diplomatique ?

C’est dans ce contexte que s’inscrit la position de la Tunisie qui a choisi ses mots avec précaution.

Le communiqué du ministère des Affaires étrangères, publié dimanche 1er mars dans la matinée, parle de « vive inquiétude », appelle à l’arrêt immédiat des opérations militaires et rappelle l’attachement du pays au respect de la souveraineté des États. Le ton est mesuré, presque technique. Sur la forme, il porte clairement la signature de Kaïs Saïed. Sur le fond, on devine une empreinte de l’institution militaire tunisienne, tant la priorité accordée à la stabilité régionale et aux équilibres sécuritaires domine l’ensemble du texte.

Ce que le texte ne fait pas est tout aussi révélateur. Il ne qualifie pas l’attaque initiale contre l’Iran. Il ne nomme pas les auteurs des frappes. Il évite toute formulation qui pourrait être interprétée comme une prise de position directe dans le conflit.

En revanche, la solidarité exprimée à l’égard des monarchies du Golfe frappées par les missiles iraniens est, elle, explicite.

L’équilibre est soigneusement construit. Mais cet équilibre dit quelque chose. Le régime de Kaïs Saïed est perçu comme proche de Téhéran sur le plan rhétorique. Pourtant, dans les faits, Tunis choisit ici une posture alignée sur la protection des monarchies du Golfe.

En clair, au moment décisif, ce ne sont ni les slogans ni les postures idéologiques qui ont guidé la formulation de la position de Carthage, ce sont les réalités.

Et ces réalités sont simples : des centaines de milliers de Tunisiens travaillent dans les pays du Golfe, les flux financiers en provenance de ces États comptent, les équilibres budgétaires sont fragiles et la dépendance économique n’est pas théorique.

Dans cette séquence, le régime tunisien n’a pas choisi un axe géopolitique, il a choisi les intérêts du pays. Ce choix soulève cependant une question morale et stratégique. Si la guerre est, comme l’affirment de nombreux observateurs, une guerre de choix initiée par Washington et Tel-Aviv, alors le silence tunisien sur l’attaque initiale interroge.

La chronique hebdomadaire de Sofiène Ben Hamida parle d’une « diplomatie du seuil minimum ». Le terme n’est pas excessif. Le communiqué évite les qualificatifs, esquive les responsabilités et se retranche derrière des principes généraux.

On peut y voir une prudence calculée. On peut aussi y lire une forme d’effacement. En tout état de cause, le communiqué tunisien reste bien meilleur que les communiqués similaires d’autres pays de la région.

Entre intérêts et principes

La Tunisie n’a donc pas choisi un camp militaire. Elle a choisi de protéger ses intérêts immédiats dans un environnement régional instable.

Dans une région où les alliances se redessinent sous la pression des missiles et du pétrole, Tunis a choisi la prudence économique plutôt que la cohérence idéologique.

Reste une question : dans un Moyen-Orient qui bascule, la diplomatie du minimum protège-t-elle réellement un pays — ou révèle-t-elle simplement ses limites ?

À force de vouloir éviter l’onde de choc, on finit parfois par s’effacer du paysage.

La question n’est donc plus de savoir si cette prudence est morale ou immorale. Elle est de savoir si elle est tenable.

Raouf Ben Hédi

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7 commentaires

  1. Iran video gam(bl)ing...

    Répondre
    3 mars 2026 | 15h19

    Iran games : le « cheat-code » infinite ressources sans risque de Washington, le PNJisme du sous-verrin Golfe souverainé éternel… et les KalKulis à se retourner les reins Kôté Tunis Khartage chez les Naoufelony Brothers, soudainement distancieux du « (bull)shiite-code », ayant Kompris entre deux slatat blanKits chez l’amBASSASSdeur US que leur tour avec régime parjurant Korrompu mollahrdeux était pour très bientôt…

  2. Hannibal

    Répondre
    3 mars 2026 | 8h31

    Les monarchies du Golfe veulent toutes se débarrasser du gang sanguinaire iranien déguisé en religieux (dont le chef a été éliminé comme je l’avais prévu il y a quelques semaines). Quand leurs économies commencent à vaciller, elles entreront dans la danses et tant pis si on les considérera alors comme alliées d’Israël.
    Mais, Trump attend que des Iraniens reprennent le pouvoir et cela ne le gène pas qu’il soit autocratique tant qu’il s’engage à ne pas atteindre les US, Israël et leurs intérêts. Exemple : la Syrie. La Turquie est certainement préparée pour reprendre le leadership dans la région. Si cela permet de calmer celle-ci et de ne pas entacher l’économie mondiale, tant mieux. Il reste l’aspect religieux, l’opium des peuples, l’outil des régimes manipulateurs.
    Tunis alors ? La diplomatie tunisienne actuelle est sans boussole et ne sait plus quoi faire. Elle se limite aux communiqués sans odeur et sans goût. Elle n’agit plus pour la paix.

  3. Fares

    Répondre
    3 mars 2026 | 1h12

    Plusieurs iraniens sur des réseaux sociaux attendaient impatiemment l’attaque américaine pour libérer l’Iran des chiites. Maintenant dans certains pays arabes on constate les mêmes réactions. Certains espèrent que Netanyahu leur débarrassent de leur dictateur. Quelle époque, un peuple qui ne se libère pas lui même de ses bourreaux ne sera jamais libre.

  4. zaghouan2040

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    2 mars 2026 | 18h05

    La Tunisie n’a aucune voix au chapitre; sur de nombreux domaines de portée internationale on lui accorde autant d’importance que les Îles Marshall ou le Royaume du Sikkim
    Par contre son pouvoir devrait analyser de près comment le Mossad et la CIA parviennent a infiltrer et mettre sous surveillance systématique l’ensemble de l’appareil sécuritaire de certaines dictatures arabes et du proche orient……….

  5. Rationnel

    Répondre
    2 mars 2026 | 17h45

    Ce que l’article décrit comme une « diplomatie du seuil minimum » pourrait bientôt devenir une position intenable, non pas par manque de courage, mais parce que le monde qui l’entourait est en train de disparaître.
    Polymarket, qui avait correctement anticipé le déclenchement de cette guerre bien avant les chancelleries officielles, dessine aujourd’hui une trajectoire que peu osent nommer publiquement : le retour de facto d’un empire ottoman, non pas par la conquête, mais par le vide.
    Les États-Unis disposent d’un stock limité d’intercepteurs et de missiles de croisière. Dans quelques jours, peut-être deux semaines, la question ne sera plus militaire mais logistique : la Marine peut se retirer pour se réapprovisionner, mais le faire politiquement reviendrait à admettre l’échec. Une fois les munitions épuisées, l’Iran, en mode Jihad total depuis la mort de Khamenei, avec les ultra-conservateurs fermement aux commandes continuera de frapper les bases et les infrastructures énergétiques pour forcer les monarchies arabes à expulser les Américains.
    Et là, la mécanique devient inévitable. Les Arabes, désarmés et se sentant trahis, feront face à un vide de puissance que ni Washington ni Tel-Aviv ne pourront combler. La Turquie, elle, n’a rien à faire pour gagner. Déjà alliée au Pakistan nucléaire, elle attend. Le néo-ottomanisme deja installe en Libye, ne s’imposera pas par les armes, il s’imposera par défaut, comme seul cadre de stabilité dans une région en ruines.
    Israël tentera un pivot vers l’Inde pour contrebalancer la double pression de l’axe persan et du bloc ottoman naissant. Un pari désespéré, probablement voué à l’échec, mais la seule carte jouable.
    Dans ce nouveau Moyen-Orient, la « prudence économique » tunisienne, fondée sur les relations avec les monarchies du Golfe, repose sur des régimes dont la survie n’est plus garantie. La vraie question pour Tunis n’est donc plus de savoir quel camp ménager, mais de comprendre que les camps eux-mêmes sont en train de se dissoudre.

  6. le financier

    Répondre
    2 mars 2026 | 13h21

    Etrange analyse on dirait du LCI sioniste .
    L iran est dans une legitimité totale de defense et ces voisins hypocrites possedé les bureau cia mossad et base militaire , d ailleurs l iran n a touché aucun ou peu de civil de ces pays infeodé a Israël. La bonne nouvelle c est en plus de se faire detester par le monde musulman ils ont enfin decouvert qu ils sont des moins que rien que , les usa ne les protege meme pas avec des batterie ou avions .
    Quand on a aucune valeur , on perd son honneur en plus de son pays .
    Concernant KS il fait du Sissi dans les paroles il pleure la palestine dans les fait il est sur l axe americain c est pour cette raison qu il recoit tant d aide des usa comme l egypte .
    Sa chance , son peuple est un peuple qui adore se faire tondre sans valeur et sans honneur .
    Ce peuple n est pas capable de manifester pour defendre son hygiene a savoir avoir de l eau pour laver la merde qu il a au fesse alors pour defendre les opposant tunisien ou un changement de regime ….
    Par contre pour 2000euro par mois mossad cia ont trouvé bcp de daechiens tunisien contre assad

  7. HatemC

    Répondre
    2 mars 2026 | 11h12

    Cet article utilise les codes de la victimisation, mais il finit par admettre une vérité brutale sur l’impuissance des pays arabes.

    En affirmant que l’Iran était « affaibli » et « inoffensif », l’article retire à l’Iran sa stature de puissance régionale pour en faire une victime passive d’un « duo Trump-Netanyahou ».

    L’article oublie que dans la doctrine de sécurité d’un État développé (comme Israël ou les USA), on n’attend pas d’être frappé pour agir. C’est ce qu’on appelle la guerre préventive. Qualifier cela de « simple pari » réduit une stratégie militaire complexe à un coup de dé impulsif, ce qui est une forme de déni de la supériorité stratégique adverse.

    Le texte reproche à Israël et aux USA d’agir sans « mandat de l’ONU », mais c’est le langage des faibles. Les puissants créent leur propre légitimité par les faits accomplis. C’est ce que la Tunisie et les pays arabes n’ont pas su ou pu faire en sept décennies.

    Le constat de l’échec et 70 ans de dépendance
    L’article devient très honnête lorsqu’il analyse la position de la Tunisie :

    L’auteur admet que la Tunisie ne peut pas condamner les auteurs des frappes.
    Pourquoi ? Parce que nous dépendons de l’argent du Golfe et de la protection occidentale.

    La question qui s’impose ….
    Qu’avons nous fait de notre indépendance en Tunisie ???????? 70 ans et du vent, pendant le même laps de temps Israël a bâti sa supériorité sur une économie de la connaissance, R&D > 5 % du PIB, universités de rang mondial, écosystème start-up

    Si en 70 ans la Tunisie avait construit une économie souveraine, elle n’aurait pas à pratiquer cette « diplomatie du silence ». Idem pour les enturbannés…
    Le fait de devoir se taire pour survivre est la preuve ultime de l’échec du développement … HC

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