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Dette : la Tunisie dangereusement proche du seuil critique

Service IA, Business News

Par Maya Bouallégui

Une nouvelle étude de l’économiste Hela Ben Hassine Khalladi lance un avertissement clair : avec une dette publique proche de 85 % du PIB, la Tunisie a pratiquement épuisé ses marges de manœuvre budgétaires. Sans virage rapide, l’endettement pourrait dépasser le seuil critique des 90 %, avec des conséquences directes sur la souveraineté économique du pays.

Il arrive que certaines études économiques passent inaperçues. D’autres tombent au moment où le pays en a le plus besoin.

Le rapport publié récemment par l’économiste tunisienne Hela Ben Hassine Khalladi appartient à la seconde catégorie.

Son diagnostic est simple, presque brutal : la Tunisie s’approche d’un seuil de rupture budgétaire.

Avec une dette publique qui avoisine déjà 85 % du PIB, le pays a largement entamé ses marges de manœuvre. Sans virage budgétaire radical, l’endettement pourrait franchir le cap des 90 %, un niveau considéré comme critique pour les économies émergentes et susceptible de menacer directement la stabilité économique et la souveraineté nationale.

Une économiste déjà entendue au sommet de l’État

Hela Ben Hassine Khalladi n’est pas une inconnue dans le paysage académique tunisien. Maître de conférences à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis, Hela Ben Hassine Khalladi s’est récemment illustrée par une étude publiée par l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), organisme rattaché à la présidence de la République, consacrée à l’économie de rente en Tunisie. Ce travail, consacré avait provoqué un débat important en affirmant qu’environ la moitié de l’économie tunisienne reste verrouillée par des mécanismes de rente, limitant la concurrence et freinant la croissance.

Avec son nouveau rapport, l’économiste s’attaque à un autre sujet explosif : la trajectoire de la dette publique tunisienne.

Une dette qui a doublé en quinze ans

Le constat posé par l’étude est difficile à ignorer.

Au début des années 2010, la dette publique tunisienne représentait environ 40 % du PIB. Aujourd’hui, elle dépasse 85 %.

En l’espace de quinze ans, le poids de la dette dans l’économie a donc plus que doublé.

Certes, la pandémie de Covid-19 et la crise énergétique mondiale ont aggravé la situation. Mais selon l’étude, ces chocs n’ont fait qu’accélérer une tendance déjà installée : des finances publiques structurellement déséquilibrées.

Le piège de la dette

Lorsque l’endettement atteint certains niveaux, il cesse d’être un outil économique. Il devient un piège.

Une part croissante du budget de l’État est alors consacrée au remboursement de la dette, au détriment de l’investissement, de la croissance et des politiques publiques.

La Tunisie s’approche précisément de ce point de bascule.

D’autant plus que plus de 60 % de la dette est libellée en devises étrangères, ce qui expose le pays aux fluctuations du taux de change et aux chocs externes.

Le problème n’est plus seulement économique

L’étude identifie plusieurs causes bien connues : une masse salariale publique élevée, des subventions coûteuses, une croissance économique insuffisante et une mobilisation fiscale limitée.

Mais son message central dépasse la simple mécanique budgétaire.

Le redressement ne sera pas seulement technique. Il sera politique.

Réformer les dépenses publiques, revoir les subventions ou améliorer la collecte de l’impôt suppose des choix difficiles et un consensus social que la Tunisie peine encore à construire.

Le moment de vérité

La conclusion du rapport est sans ambiguïté : retarder les réformes ne fera qu’aggraver le problème.

Plus la correction sera tardive, plus elle sera coûteuse.

La question de la dette tunisienne n’est donc plus seulement une question de finances publiques.

Elle est devenue une question de souveraineté économique et de stabilité nationale.

Maya Bouallégui

Cliquer ici pour lire l’intégralité du rapport

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5 commentaires

  1. le financier

    Répondre
    7 mars 2026 | 5h15

    Dans webmanager.tn ben yezza avait deja expliqué cela en decembre 2026. Je le cite :

    Webmanagercenter
    TRIBUNE | Tunisie 2025 : le piège des déficits jumeaux
    11 décembre 2025 Par : Autres

    La théorie économique des “twin déficits” (ou « déficits jumeaux ») parfois controversée comme toutes les théories économiques définissent la coexistence d’un déficit budgétaire (État dépensant plus qu’il ne prélève en impôts) et d’un déficit de la balance courante (importations supérieures aux exportations). Elle est apparue dans les années 1980 aux États -Unis et a été largement discutée par des économistes comme Olivier Blanchard (1985).

    Cette théorie colle comme un gant à la situation actuelle de la Tunisie. Ainsi, d’après l’INS en mars 2025, le déficit de la balance commerciale tunisienne a atteint –5,050 milliards de dinars sur le premier trimestre, soit une dégradation de 66,8 % par rapport à la même période en 2024. Le taux de couverture (exportations / importations) a chuté à 75,2 % en mars 2025 contre 84,3 % en mars 2024. Fin juillet 2025, le déficit commercial atteint 11,904 milliards de dinars sur les sept premiers mois de l’année. Ce déficit résulte particulièrement d’un déficit énergétique très lourd (énergie ceci malgré une baisse mondiale du gaz et du Brent…) et une hausse des importations : biens d’équipement (+18,3 % sur certains mois) ; matières premières, demi-produits, biens de consommation. La situation aurait pu empirer si les cours des matières premières n’avaient pas baissé. Paradoxalement, le déficit de la balance hors énergie s’est quelque peu réduit à certains moments (ex. –2,17 Md TND fin mars 2025), ce qui montre que l’énergie joue un rôle particulièrement toxique dans le dysfonctionnement de la balance commerciale nationale. Les chiffres indiquent une dégradation très nette ce qui renforce la thèse d’un déficit extérieur structurel.

    Déficit budgétaire et finances publiques

    Passons maintenant au déficit budgétaire et aux finances publiques. Ainsi selon la Banque mondiale, le déficit budgétaire tunisien est prévu à 5,8 % du PIB en 2025, en baisse par rapport aux 6,2 % en 2024. Malgré cette réduction, la Banque mondiale alerte sur une forte vulnérabilité : des « besoins de financement brut » très élevés (notamment pour rembourser la dette), et une dépendance à des financements extérieurs sans réformes structurelles suffisantes. Donc, même si le déficit public devrait se réduire, il reste très significatif et contribue à la pression sur l’épargne nationale et sur les besoins de financement.

    Épargne privée / nationale

    Passons maintenant à l’épargne, Hela Ben Hassine Khalladi, maître de conférences en économie à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis (FSEG Tunis) a averti au fait que le taux d’épargne en Tunisie pourrait tomber sous les 5% dans les prochaines années. Pour rappel, sous Bourguiba le taux d’épargne approchait certaines années des 20 à 22 %, un taux aussi élevé pouvait permettre d’avoir un dinar fort en termes de pouvoir d’achat et permettait au pays de s’autofinancer à moindre coup ce qui profitait aux entreprises et aux citoyens. Je ne parle pas des prévisions inflationnistes du FMI après un creux, elle pourrait remonter : moyenne prévue autour de 7,9 % d’ici 2030, avec un pic à 9 % fin 2030. Le ratio d’endettement (dette publique / PIB) devrait repartir à la hausse de 82,9 % du PIB en 2025, jusqu’à presque 91 % en 2030.

    Le partage de la pauvreté intergénérationnel prend le pas

    Ce sombre tableau hélas, n’est en aucun cas le fait seul de Kais Saied mais sa politique à défaut de ralentir la tendance, l’a amplifié. Ainsi, en plus d’avoir continué à dépenser et liquider l’héritage économique des parents, il s’est attaqué à l’épargne des enfants et a même décidé de les endetter, pour payer des dépenses fournies non justifiées et très mal employées par manque d’efficience et de vision. À défaut de partager la richesse, c’est le partage de la pauvreté intergénérationnel qui prend le pas.

    Quel avenir pour la Tunisie ?

    Si nous nous plaçons, dans le cadre du scénario « twin-déficits » qui correspond assez bien à l’économie actuelle de la Tunisie, (déficit budgétaire + déficit commercial), mais avec des défis encore plus prononcés : La Tunisie pourrait dépendre massivement des capitaux étrangers pour financer ses importations. De plus, des déficits budgétaires élevés, surtout si combinés à un recours à l’emprunt extérieur, peuvent mener à une dette difficile à gérer, surtout si les taux augmentent. Si, dans les années à venir, l’inflation reprend comme suggéré par le FMI et si la croissance reste faible et que l’investissement diminue, il est peu probable que cela génère suffisamment d’emplois ou de revenus pour améliorer la situation économique et sociale du pays.

    Scénario de stagnation fragile

    Les conséquences dans les années à venir , pourraient être une crise de liquidité, possible crise de dette, dépréciation du dinar, pression sur les réserves de change mais si au contraire les réserves de changements restent sur des niveaux actuels nous serions sur une « stagnation fragile » à savoir une croissance modeste (≈ 1,5-2 %), des déficits stabilisés à un niveau élevé, une dépendance aux capitaux externes mais sans choc majeur mais une croissance non inclusive, un endettement élevé, et donc une vulnérabilité structurelle à long terme. Nous sommes actuellement dans une dégradation lente et continue, un cercle vicieux… ce que l’Egypte a connu de 2018-2022 ou la crise actuelle du Ghana. D’ailleurs l’état tunisien suit la trajectoire de la création monétaire via la BCT et c’est exactement ce qui a mené le Ghana à une inflation à 50% et l’Egypte à 38%. Le fait que le ministre des Finances ai parlé d’un dinar fort pourrait montrer que des discussions ont peut-être eu lieu sur une possible dévaluation, ce qui pourrait permettre à l’état de gagner un peu de temps si les réformes structurelles étaient mises en place, mais aurait un impact insupportable sur le pouvoir d’achat des Tunisiens.

    Risque de dévaluation et dette insoutenable

    Si les indicateurs économiques n’évoluent pas positivement de 2026-2029, à savoir une dette tunisienne dépassant les 86-90% du PIB, avec un service de la dette grignotant majoritairement le budget. Le dinar sera fortement d’évaluer impactant encore plus le pouvoir d’achat des Tunisiens. L’État est déjà en quasi – rationnement ” des importations et cela ne suffit déjà plus.​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​

    Conséquences sociales et politiques

    Le pays ne s’effondrera pas mais le peuple souffrira encore plus si rien ne change. Pourtant les solutions existantes, ces politiques les connaissent toutes, il manque peut-être un peu de courage pour aller vers ce tournant. L’idée étrange de certains députés de ne pas rembourser les dettes montre surtout leur incompétence à comprendre les fondamentaux de l’économie. Ainsi, vouloir se tourner vers l’emprunt extérieur en disant qu’on ne vous remboursera pas le passé, ne donne pas forcément envie de vous prêter pour l’avenir.

    Par Oilid Ben Yezza*

    * Oilid Ben Yezza est “Founder chez hedjefundsrating.com (Luxembourg School of Finance)

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  2. salem.chatteur

    Répondre
    6 mars 2026 | 17h57

    Les principaux gisements pour améliorer ce taux d’endettement de 80% de PIB peuvent être les solutions suivantes:
    1 – L’économie parallèle :
    En Tunisie, plusieurs études estiment que l’économie informelle représente entre 35 % et 50 % de l’activité économique. Si une partie de cette économie entrait dans le circuit officiel, les recettes fiscales pourraient augmenter fortement.
    2 – Justice fiscale :
    Certains secteurs payent très peu ou échappent au système fiscal tels les activités informelles, certaines professions libérales et commerciales, des entreprises utilisant des montages fiscaux
    3 – Fuite des capitaux et corruption

    La Tunisie possède des marges internes importantes pour améliorer ses finances et sa dette

  3. HatemC

    Répondre
    5 mars 2026 | 22h18

    Beaucoup d’économistes considèrent déjà que la Tunisie est dans la zone critique, et pas seulement « proche ».
    L’article simplifie un peu la situation.

    Pour un pays émergent fragile, le seuil critique peut être beaucoup plus bas (70-80 %) et non 90%

    La Tunisie n’est pas seulement « proche du seuil critique ».

    Elle est déjà :
    – dans une zone de dette dangereuse
    – avec très peu de marges de correction
    Le problème n’est plus la dette en elle-même.
    Le problème est l’absence de croissance capable de la soutenir.

  4. Rationnel

    Répondre
    5 mars 2026 | 19h02

    La dette est trop loin du seuil critique. La dette total du Canada est de 370% (dette publique + privee), La Tunisia n’est qu’a 80%. La majorite de la dette publique peut etre absorbee par la banque centrale qui a une capacite de preter de 300% vs PIB (si on prend le Japon comme reference). La Tunisie est sous endettee mais la culture empeche les gens de trop s’endetter , d’etre solidaire et d’investir. On doit investir plus et s’endetter plus et batir une nation. On doit sortir de l’echec.

  5. Hannibal

    Répondre
    5 mars 2026 | 15h00

    Ibn Khaldoun ou sa statue aurait dû se barrer de son piédestal depuis longtemps tellement nous sommes devenus une honte indescriptible.
    On devrait inscrire sur le boulet : MAUVAISE GOUVERNANCE, INCOMPÉTENCE, POPULISME, FAINÉANTISE, KHOBZISME, …
    La solution de la dette est de vendre tout et de fermer boutique : LIQUIDATION TOTALE, TOUT DOIT DISPARAITRE 🙂

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