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Non, Kim Jong-un n’a pas adopté de loi criminalisant l’insulte au Coran en Corée du Nord

Des publications largement relayées sur les réseaux sociaux affirment que la Corée du Nord aurait adopté une nouvelle loi criminalisant toute insulte au prophète Mohamed ou au Coran. Selon ces messages viraux, ce texte législatif constituerait une initiative politique visant à défendre les symboles religieux et à adresser un message au monde musulman, notamment dans un contexte de controverses récurrentes en Europe autour de la liberté d’expression et des profanations du Coran. Les publications présentent cette prétendue loi comme une stratégie diplomatique de Pyongyang destinée à gagner la sympathie des populations musulmanes et à mettre en difficulté les pays occidentaux.

Une vérification des sources officielles et des informations disponibles ne permet toutefois de confirmer aucune annonce de ce type. Aucun média international crédible, aucune agence de presse majeure ni aucune publication spécialisée dans le suivi de la politique nord-coréenne n’a rapporté l’adoption d’une telle loi. Les annonces législatives nord-coréennes, lorsqu’elles existent, sont généralement relayées par les médias d’État comme la Korean Central News Agency (KCNA), mais aucune dépêche de cette agence ne mentionne une législation visant spécifiquement la protection du prophète de l’islam ou du Coran. De la même manière, les bases de données consacrées à la législation nord-coréenne et les analyses d’experts du pays ne font état d’aucun texte correspondant à la description circulant sur les réseaux sociaux.

L’affirmation apparaît d’autant plus improbable au regard du système politique et juridique de la Corée du Nord. Le pays est officiellement un État socialiste fortement centralisé qui ne reconnaît pas la liberté religieuse au sens habituel du terme. La pratique religieuse y est très strictement encadrée et largement réprimée en dehors de structures contrôlées par l’État. Les organisations de défense des droits humains et plusieurs rapports des Nations unies soulignent régulièrement que la liberté de religion ou de croyance y est fortement limitée et que les pratiques religieuses indépendantes peuvent être sanctionnées. Dans ce contexte, l’idée qu’une législation spécifique aurait été adoptée pour protéger une religion particulière ne correspond pas au fonctionnement habituel du régime ni à son cadre juridique.

Par ailleurs, les publications virales avancent que cette prétendue loi viserait à envoyer un message politique aux pays européens accusés de tolérer la profanation du Coran au nom de la liberté d’expression. Or, aucune déclaration officielle de Pyongyang ne reprend ce type d’argumentaire. Les analyses géopolitiques disponibles montrent que la communication internationale de la Corée du Nord se concentre principalement sur les questions de sécurité, les sanctions internationales et ses relations avec les États-Unis, la Corée du Sud ou encore la Chine et la Russie. Les messages diplomatiques visant spécifiquement l’opinion publique musulmane sont extrêmement rares dans la rhétorique officielle du régime.

Enfin, aucune preuve ne vient étayer l’idée selon laquelle Pyongyang chercherait à adopter une stratégie législative pour renforcer des alliances avec des pays majoritairement musulmans sur la base de la défense des symboles religieux. Si la Corée du Nord entretient certaines relations diplomatiques avec des États du Moyen-Orient, les analyses des relations internationales ne mentionnent pas de campagne politique ou juridique visant à se présenter comme un « protecteur » des valeurs religieuses dans le monde musulman.

L’ensemble des éléments vérifiés indique donc que la publication virale repose sur une information infondée.

R.A.

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