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Plus de 4.400 signalements de violence contre les femmes en 2025

Par Myriam Ben Zineb

Plus de 4.400 signalements relatifs à la violence à l’égard des femmes ont été enregistrés en 2025 via la ligne verte 1899. Invitée jeudi 5 mars 2026 sur la Radio nationale, Rabha Ben Hassine, présidente de l’unité de veille au sein de l’Observatoire national de lutte contre la violence à l’égard des femmes au ministère de la Femme, a détaillé la lecture de ces chiffres, les formes de violence les plus fréquentes, ainsi que les mécanismes d’écoute, d’orientation et de suivi mis en place.

4.485 signalements de violence en 2025, sur 7.397 appels reçus

Selon Rabha Ben Hassine, la ligne verte a reçu 7.397 signalements entre le 1er janvier 2025 et le 31 décembre 2025, dont 4.485 concernent directement des situations de violence à l’égard des femmes. Les autres appels, explique-t-elle, relèvent notamment d’erreurs de numéro, de confusions avec d’autres numéros verts existants ou de demandes d’information sur la mission du service.

Si le volume reste élevé, l’invitée souligne qu’il peut aussi se lire comme un indicateur de confiance : « la femme parle », dit-elle en substance, et sollicite davantage l’aide des structures de l’État pour sortir d’une situation de violence.

Une ligne gratuite au service des femmes, 24h/24

Rabha Ben Hassine a rappelé que le 1899 est un numéro vert gratuit, mis à disposition des Tunisiennes 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. La mission est claire : écoute, conseil et orientation.

Le dispositif, précise-t-elle, repose sur une équipe majoritairement composée de psychologues, formées à la fois à l’accompagnement psychologique et aux aspects juridiques, notamment ceux liés à la loi 58. Une compétence juridique est également mobilisée, afin d’aider à orienter les victimes selon la nature des situations signalées et les options disponibles.

Violence morale en tête, suivie de la violence matérielle

Interrogée sur les types de violence les plus fréquents, Rabha Ben Hassine indique que la violence morale/psychologique arrive en première position, « avec » la violence matérielle. Viennent ensuite, à des niveaux inférieurs, la violence économique, la violence sexuelle et, plus marginalement, la violence politique, une catégorie qui, selon elle, demeure insuffisamment identifiée et comprise.

Elle relie cette dynamique à plusieurs facteurs évoqués durant l’entretien : pressions économiques, recul de la culture du dialogue, tensions dans le couple et dans la famille, et banalisation progressive de la violence dans l’espace public et au quotidien.

Cadre juridique et responsabilité partagée des institutions

Sur le volet législatif, Rabha Ben Hassine a insisté sur l’existence d’un cadre avancé : la Constitution (notamment l’égalité entre citoyennes et citoyens, et l’engagement de l’État à lutter contre la violence faite aux femmes), les engagements internationaux cités durant l’entretien, ainsi que la loi 58 de 2017, qu’elle présente comme une approche globale articulée autour de la prévention, la protection, la prise en charge et la poursuite.

Elle souligne que la lutte ne relève pas d’un seul acteur : plusieurs départements sont concernés selon leurs compétences, tandis que le ministère de la Famille assure, selon ses propos, un rôle de coordination.

Seize centres d’hébergement pour les femmes menacées

Rabha Ben Hassine a également évoqué les mécanismes de protection, dont les centres d’hébergement destinés aux femmes menacées et ne disposant pas d’un lieu sûr où se réfugier. Elle a indiqué qu’il existe actuellement seize centres, précisant ne pas disposer d’un chiffre exact sur la capacité totale d’accueil au moment de l’entretien.

Ces structures, rappelle-t-elle, répondent à une logique de protection temporaire, le temps que la situation de la victime se stabilise.

Ramadan, régions, suivi : « selon la gravité et selon la décision de la femme »

Concernant les variations saisonnières, l’invitée estime que certaines périodes, notamment Ramadan, peuvent coïncider avec une hausse relative des signalements, en lien avec les tensions et les pressions économiques, sans avancer de moyenne quotidienne pour le moment.

Sur le plan territorial, elle ne parle pas de « régions plus violentes » mais note que les signalements proviennent davantage du Grand Tunis, où l’accès à l’information et le recours aux dispositifs seraient plus fréquents. Dans d’autres régions, notamment à l’intérieur du pays ou au Sud, elle évoque davantage de retenue liée à des facteurs sociaux et culturels, les appels pouvant intervenir « dans des situations extrêmes ».

Quant au suivi, Rabha Ben Hassine explique qu’il dépend de plusieurs paramètres : degré de danger, vulnérabilité, et surtout décision de la femme, la ligne n’ayant pas vocation à imposer une démarche. Dans les situations graves, un accompagnement plus poussé peut être engagé, notamment lorsque la victime est dans l’incapacité d’agir seule.

Violence numérique et drogues : deux signaux d’alerte

L’entretien a aussi abordé l’émergence de la violence numérique : cyberharcèlement, menaces et chantage sur les réseaux sociaux, un phénomène « pas très massif » selon elle, mais en progression, touchant particulièrement les adolescentes et les jeunes femmes.

Enfin, Rabha Ben Hassine a insisté sur un facteur aggravant cité à plusieurs reprises : la consommation de drogues, qu’elle relie à des comportements violents dans certains foyers, évoquant des situations reçues par la ligne où des mères se disent menacées par un enfant en état d’addiction.

Un appel direct aux victimes : « Parlez, signalez »

En clôture, Rabha Ben Hassine a lancé un message aux femmes victimes de violence : appeler le 1899, parler et signaler, afin de recevoir une première écoute, de l’orientation et un accompagnement pour sortir de la situation de violence et retrouver une vie normale « en tant que citoyenne pleinement détentrice de ses droits ».

Elle a également rappelé que, selon ses propos, la stratégie du ministère s’inscrit dans le temps long : la prévention et le changement des mentalités nécessitant « beaucoup de temps et beaucoup d’efforts », avec l’implication de toutes les composantes de la société, au-delà des seules institutions.

M.B.Z

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