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Conflit au Moyen-Orient : quatre scénarios et des milliards de dinars en jeu pour la Tunisie, selon Ridha Chkoundali

Par Imen Nouira

Alors que les tensions au Moyen-Orient font grimper les prix du pétrole bien au-delà des hypothèses retenues dans la Loi de finances 2026, jusqu’où cette escalade pourrait-elle secouer l’économie tunisienne ? Intervenant par téléphone dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, au micro de Hatem Ben Amara, l’économiste Ridha Chkoundali a esquissé quatre scénarios d’évolution du conflit au Moyen-Orient, en chiffrant leurs répercussions possibles sur le budget de l’État, l’inflation et les équilibres économiques du pays.

Une guerre aux enjeux géopolitiques mondiaux

Dans son analyse générale, l’universitaire estime que le conflit dépasse largement le cadre régional. Selon lui, les États-Unis chercheraient à affaiblir la Chine sur le plan économique, en perturbant ses approvisionnements énergétiques, notamment le pétrole iranien, et en redessinant les équilibres géopolitiques au Moyen-Orient. Le contrôle du détroit d’Ormuz et des routes maritimes stratégiques, ainsi que l’implication progressive d’autres puissances, sont au cœur de cette dynamique.

Pour la Tunisie, la principale variable reste l’évolution du prix du pétrole, qui influence directement les finances publiques.

Un pétrole déjà bien au-dessus des hypothèses budgétaires

Au moment de l’intervention, le prix du baril avait atteint 84,5 dollars, après avoir dépassé 83 dollars la veille, soit une hausse de plus de 20% depuis le début des tensions.

La Loi de finances tunisienne pour 2026 repose sur une hypothèse de 63,3 dollars le baril. Selon M. Chkoundali :

  • Chaque dollar supplémentaire au-dessus de cette hypothèse coûte 160 millions de dinars supplémentaires au budget de l’État.
  • Une hausse de dix dollars du baril pourrait ajouter entre 0,3 et 0,5 point d’inflation.

La hausse du pétrole peut également entraîner un durcissement des politiques monétaires en Europe et aux États-Unis, avec une augmentation des taux d’intérêt, ce qui renchérit le coût de la dette extérieure tunisienne.

Scénario 1 : un baril autour de 84,5 dollars

Dans le premier scénario, considéré comme le plus probable à court terme, le prix du pétrole resterait autour de 84,5 dollars.

Dans ce cas :

  • le surcoût pour la Tunisie serait compris entre 1,6 et trois milliards de dinars ;
  • l’inflation augmenterait de 0,3 à 0,6 point.

Selon l’économiste, l’économie tunisienne pourrait absorber ce choc. Cependant, des arbitrages budgétaires seraient nécessaires, notamment :

  • maintenir les augmentations salariales prévues,
  • ou réduire les recrutements dans la fonction publique, estimés à 53.000 postes.

Une autre option serait de reporter certaines augmentations de salaires à l’année suivante.

Scénario 2 : un pétrole au-delà de cent dollars

Le deuxième scénario correspondrait à une aggravation du conflit avec perturbation des approvisionnements et fermeture partielle du détroit d’Ormuz. Le prix du pétrole pourrait alors dépasser les cent dollars le baril.

Les conséquences pour la Tunisie seraient nettement plus lourdes :

  • un surcoût budgétaire entre quatre et six milliards de dinars ;
  • une inflation supplémentaire entre 0,75 et un point.

Pour donner un ordre de grandeur, Ridha Chkoundali rappelle que les dépenses de développement en Tunisie s’élèvent à environ six à 6,5 milliards de dinars.

Face à un tel choc, plusieurs décisions difficiles devraient être envisagées :

  • geler certaines dépenses publiques,
  • geler les recrutements,
  • revoir les augmentations salariales,
  • ou réduire les dépenses de développement.

Il évoque également la possibilité d’un projet de Loi de finances complémentaire, incluant une réforme du système de compensation, notamment via la levée progressive des compensations sur les carburants.

Scénario 3 : une grande crise pétrolière mondiale

Le troisième scénario serait déclenché par la fermeture totale du détroit d’Ormuz ou la destruction d’importantes installations pétrolières dans le Golfe, provoquant une crise pétrolière comparable à celle de 1973.

Les conséquences seraient globales :

  • inflation mondiale élevée,
  • ralentissement économique international,
  • durcissement des politiques monétaires par les banques centrales européennes et la Réserve fédérale américaine.

Pour la Tunisie, les effets seraient particulièrement sévères :

  • un déficit budgétaire pouvant atteindre neuf milliards de dinars,
  • une forte pression sur le dinar tunisien,
  • une hausse de l’inflation pouvant atteindre 1,7 point.

Dans cette hypothèse, le pays serait contraint d’adopter un programme complet de mesures d’austérité, accompagné d’une Loi de finances complémentaire.

Scénario 4 : une guerre mondiale élargie

Le dernier scénario, considéré comme le plus extrême, correspondrait à une internationalisation du conflit, avec l’entrée dans la guerre :

  • de la Chine et de la Russie d’un côté,
  • et de pays européens de l’autre.

Une telle configuration provoquerait une polarisation majeure du système international.

Pour la Tunisie, les conséquences seraient particulièrement lourdes :

  • un surcoût budgétaire pouvant atteindre quatorze milliards de dinars,
  • une hausse de l’inflation jusqu’à 2,6 points.

Dans ce cas, l’économiste estime qu’il faudrait adopter une véritable Loi d’urgence financière pour stabiliser les finances publiques.

Un scénario extrême jugé peu probable

Ridha Chkoundali estime toutefois que ce quatrième scénario reste peu probable, notamment en raison de la stratégie de la Chine, qui privilégie :

  • la diplomatie,
  • la médiation économique,
  • et la stabilité du commerce mondial.

Les relations économiques et stratégiques entre la Chine et l’Iran, bien que solides, ne constituent pas une alliance militaire formelle susceptible d’entraîner une intervention directe.

Une équation énergétique cruciale pour la Tunisie

Au-delà de ces scénarios, l’économiste rappelle que la Tunisie reste fortement exposée aux fluctuations du pétrole, rendant la situation particulièrement sensible pour les finances publiques.

Dans un contexte international instable, le niveau durable des prix de l’énergie sera déterminant pour l’équilibre du budget de l’État, l’évolution de l’inflation et la capacité du gouvernement à maintenir ses engagements sociaux et ses investissements.

Selon lui, l’évolution du conflit dans les prochaines semaines permettra de déterminer vers quel scénario l’économie mondiale — et la Tunisie — se dirige réellement.

I.N.

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