Par Mohamed Salah Ben Ammar
Chaque année, le 8 mars, le monde célèbre la Journée internationale des droits des femmes. C’est l’occasion de faire le point sur les avancées en matière d’égalité. Cependant, dans le monde arabe, ces célébrations sont souvent plus discrètes. Lorsqu’elles ont lieu, elles mettent plutôt en avant le rôle des femmes dans la société, notamment dans l’éducation, la santé et l’économie, plutôt que de revendiquer des droits égaux.
Un 8 mars sans héritage
Un sujet reste largement absent de ces discussions : les lois sur l’héritage. Bien que des réformes aient été entreprises, l’égalité successorale n’est encore pleinement adoptée par aucun pays arabe.
Dans la plupart de ces pays, les lois successorales s’inspirent du droit islamique, où un homme hérite généralement deux parts pour chaque part attribuée à une femme. Cette règle perpétue les inégalités économiques entre les sexes. La sociologue Sibylle Gollac a montré que l’héritage est un mécanisme clé de la reproduction des inégalités de genre.
L’initiative de Bourguiba
Dans d’autres domaines, des lois autrefois considérées immuables ont évolué. En Tunisie, pionnière en droits des femmes, le Code du statut personnel de 1956, sous Habib Bourguiba, a aboli la polygamie et instauré le divorce judiciaire. Bourguiba voulait aussi réformer les lois sur l’héritage, mais a dû renoncer en 1974 face aux pressions religieuses. La Constitution de 2014 a néanmoins inscrit l’égalité entre citoyens.
La tentative de 2018
En 2018, sous Béji Caïd Essebsi, un rapport a proposé une réforme progressive des lois successorales, soutenue par le président, mais le projet n’a pas été adopté. Ce débat a créé une division en Tunisie, avec des manifestations pour et contre cette réforme.
La femme tunisienne aujourd’hui
Aujourd’hui, les femmes tunisiennes jouent un rôle économique crucial. Elles travaillent, soutiennent financièrement leurs familles et participent à l’acquisition de biens. La Tunisie a d’ailleurs levé ses réserves sur la CEDAW en 2014, affirmant son engagement pour l’égalité.
Maintenir une règle où un homme reçoit deux parts pour une part donnée à une femme est difficilement justifiable. Cette règle, abandonnée par beaucoup, est non seulement injuste, mais aussi contraire à l’égalité constitutionnelle.
Une solution possible : laisser le choix
Une piste de solution serait de permettre aux parents de choisir une répartition égalitaire entre leurs enfants, comme suggéré par le projet de 2018. Cela respecterait la liberté individuelle et pourrait conduire à des pratiques sociales plus égalitaires.
L’enjeu économique
L’héritage n’est pas qu’une question symbolique. Il influence l’accès au patrimoine et la capacité d’investir ou de devenir autonome financièrement. L’égalité successorale est un défi religieux, social et culturel, mais elle pose une question fondamentale : une société peut-elle prôner l’égalité tout en maintenant des lois qui renforcent l’inégalité ?
En ce 8 mars, il est crucial de remettre cette question sur la table. Les droits des femmes se mesurent aussi à la façon dont le pouvoir économique est partagé entre tous les citoyens.
BIO EXPRESS
Mohamed Salah Ben Ammar est un médecin et universitaire tunisien, ancien ministre de la Santé en 2014
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.











Commentaire
Gg
C’est toujours un plaisir de vous lire, cette fois ne déroge pas!