L’une des plus grandes réussites du pouvoir en place est de faire passer aux Tunisiens le goût de célébrer les fêtes et les événements à caractère national, ou de commémorer des dates qui constituent les balises de l’histoire commune, renforcent le sentiment d’appartenance et l’identité nationale. Même la révolution tunisienne qui, aux dires même du président Kaïs Saïed, « a ébahi » le monde, nous avons réussi à rendre sa date un sujet supplémentaire de discorde ce qui a conduit, depuis quelques années, à ne plus la célébrer, ou du moins la célébrer le cœur léger.
Ce dimanche 8 mars, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale de la femme, une journée qui a de tout temps été célébrée en Tunisie avec enthousiasme. C’est que l’histoire de ce pays est intiment liée à l’histoire de ses femmes. Le Code du statut personnel, le premier et l’un des rares dans le monde arabe et musulman, a été l’un des textes fondateurs de la République et a été promulgué avant l’instauration officielle de la République elle même.
Des figures féminines qui ont marqué l’histoire tunisienne
Mais ce texte n’est que le prolongement d’une vision qui nous est propre dans la région, concernant le rôle de la femme dans la vie publique. Déjà au septième siècle, la reine berbère Dihya conduisait ses hommes pour contrer l’invasion arabe. L’histoire a retenu qu’elle est morte l’épée à la main, défendant son honneur et son pays. Un siècle après, Aroua, une femme de la ville de Kairouan avait réussi à imposer la monogamie à son mari qui n’est autre que le calife des musulmans Abou Jaâfar Al Mansour. Depuis, d’innombrables autres femmes, dans tous les domaines, ont embelli et fait avancer l’histoire de ce pays.
Malheureusement, aujourd’hui, la Journée mondiale de la femme est ternie par l’ombre de toutes ces femmes qui croupissent encore dans les geôles froides et crasses. S’il y a quelque chose à célébrer, c’est leur engagement, leur courage et leur détermination. Saâdia Mosbah, Saloua Ghrissa, Abir Moussi, Cheima Issa, la nouvelle arrivée Jawaher Channa ainsi que l’exilée forcée Bochra Belhaj Hmida et les dizaines de femmes paysannes anonymes qui continuent de mourir dans l’indifférence, sont entrain de réécrire, avec nous, l’histoire de notre pays. Sauf que, malencontreusement, nous sommes entrain de l’écrire à l’envers.
Militantisme, répression et zones d’ombre
Il y a quelques jours, une campagne d’interpellations a touché des jeunes activistes et dirigeants de la flotille Al Soumoud. Des escarmouches ont eu lieu entre ces jeunes militants de la cause palestinienne et les forces de l’ordre qui leur ont interdit l’accès au port de Sidi Bou Saïd, afin de rendre hommage aux travailleurs du port, qui ont apporté leur soutien à la flotille, lors de son escale il y a un an.
Mais comme rien, ou très peu, ne se fait malheureusement chez nous dans la transparence, les motifs invoqués par le ministère public pour interpeller ces jeunes sont leur probable implication dans des délits de blanchiment d’argent et d’infractions financières. Le ministère public aurait mieux fait de se taire que d’invoquer ces motifs qui ne dupent plus personne depuis que le journaliste Mourad Zghidi, a été condamné pour blanchiment d’argent et que l’avocat et ancien magistrat Ahmed Souab, a été jugé dans une affaire terroriste.
Il aurait été plus acceptable, du moins pour une large frange de l’opinion publique tunisienne, que le pouvoir en place joue carte franche et annonce par le biais de ses médias officiels ou par le biais de l’un de ses porte-paroles officieux, qu’il estime que la date choisie par les organisateurs de l’événement est vicieuse. Qu’on se le dise franchement aussi, que compte tenu de la situation au Proche Orient et de la guerre déclarée par les États Unis et Israël contre l’Iran, l’État tunisien est contraint de faire le dos rond, adopter un profil bas et se faire oublier. Fini le temps des slogans jusqu’au-boutistes pour un nouvel ordre mondial ainsi que pour la libération de toute la Palestine et venu le temps de la realpolitik, quitte à réécrire notre histoire avec la cause palestinienne. Mais ça serait une réécriture à l’envers.











6 commentaires
Rationnel
La Tunisie a toujours réécrit son histoire à l’envers, sélectivement, mythologiquement, au gré de ceux qui détiennent le pouvoir. La légendaire reine Dihya en est l’exemple parfait : son nom n’était pas Dahiya mais al-Kahina, elle etait Algerienne, elle a surgit de l’obscurite depuis les annees 1990 (ce qui est intriguant), elle n’a jamais gouverne la Tunisie, le territoire qu’elle aurait défendu était byzantin, pas un royaume à gouverner. Le Code du statut personnel, brandi sans cesse comme preuve de l’exception tunisienne, relevait moins de la libération que de l’imposition, une « modernisation » verticale orchestrée par un dirigeant discrédité qui a coupé le pays de ses racines culturelles authentiques. Cette rupture a laissé la Tunisie sans boussole : ni ancrée ni vraiment moderne, trop pauvre pour peser et trop confuse pour rayonner. Sur la crise actuelle entre l’Iran, Israël et les États-Unis, le silence est la seule contribution honnête de la Tunisie, elle n’a ni levier, ni richesse, ni poids stratégique. Le modèle le plus éclairant se trouve plus à l’est : la Malaisie et l’Indonésie se sont modernisées sans s’effacer, prospérant précisément parce qu’elles sont restées culturellement enracinées. L’Economist a récemment noté que la modernisation en Asie du Sud-Est produit davantage d’islam, et non moins, un démenti direct à la thèse bourguibiste selon laquelle le progrès exige une amputation culturelle. L’Europe, pendant ce temps, vacille.
Hannibal
Ne vous trompez pas!
Vous attribuez au pouvoir de l’intelligence et des actions de realpolitik alors que ses réactions sont basiques, voire pavloviennes.
Ce n’est pas une dictature calculatrice et intelligente. Son maintien au pouvoir n’est due qu’aux lâches et à l’absence de maturité politique du peuple.
Le 20 mars dernier a été peu ou pas célébré.
Je pense que ce sera la même chose dans 11 jours. Le peuple sera occupé à faire la fête de l’Aïd et se goinfrer, quitte à s’endetter.
Le jour où le peuple tunisien saura l’importance d’une fête nationale pour sa cohésion et son union face aux défis actuels, il saura choisir qui pour le gouverner et défendre son choix en cas de bidonnage.
zaghouan2040
La reconnaissance d’Israël partenaire privilégié de la Tunisie et la ratification des accords d’Abraham c’est pour quand ??
Attention n’evoquez pas les mots girouette,absence de scrupules et déshonneur : prenez l’exemple du clientélisme servile de la hyène face au lion
Fares
Un grand Merci à ces militants d’avoir révélé les mensonges du régime après les attaques des drones. Les vidéos de la bombe thermique tombée du ciel ont démenti la version officielle du mégot de cigarette et du bbq arrosé. Ne cherchez pas qui sont les honnêtes et qui sont les menteurs dans cette affaire.
Menteurs un jour, menteurs toujours et espérons qu’il n’ira pas jusqu’à la reconnaissance d’Israël. On peut s’attendre à tout de sa part.
zaghouan2040
On retrouve dans cette série de felonies les ingrédients classique d’une tyrannie : absence de toute morale,reniement de tout engagement pris lorsqu’il exige courage et rectitude,absence de sens de l’honneur,mensonge,mépris du droit……
Gg
Intéressant, merci!
N’oubliez pas non plus Elissa, alias Tanit, grand personnage aussi!