L’analyste financier Moez Hadidane a mis en garde contre les répercussions économiques d’une éventuelle prolongation du conflit international entre les États-Unis et l’Iran et de la hausse des prix du pétrole sur l’économie tunisienne. Intervenant lundi 9 mars 2026 dans l’émission Expresso sur les ondes d’Express FM, il a expliqué que l’augmentation des cours du brut pourrait peser lourdement sur le budget de l’État, l’inflation et l’équilibre extérieur du pays.
Selon lui, la loi de finances pour 2026 a été élaborée sur la base d’un prix de référence du baril nettement inférieur aux niveaux actuellement observés sur les marchés internationaux. Chaque hausse d’un dollar du prix du baril représente ainsi un coût supplémentaire estimé à environ 164 millions de dinars pour les finances publiques.
Dans un premier scénario, si le prix du baril devait se stabiliser autour de 80 dollars sur le reste de l’année, la moyenne annuelle atteindrait environ 78 dollars, soit près de 14,7 dollars de plus que l’hypothèse retenue dans le budget de l’État. Une telle évolution entraînerait une charge supplémentaire d’environ 2,4 milliards de dinars, ce qui porterait le coût global de la compensation énergétique à près de 8,4 milliards de dinars, soit une hausse d’environ 25% par rapport aux prévisions initiales.
Un second scénario, jugé plus proche de la réalité selon l’analyste, verrait le baril se maintenir autour de 90 dollars jusqu’à la fin de l’année. Dans ce cas, le prix moyen annuel atteindrait environ 86 dollars, soit 22,9 dollars au-dessus du prix de référence budgétaire. L’impact budgétaire serait alors encore plus lourd, avec un surcoût estimé à près de 3,7 milliards de dinars, soit plus de 50% d’augmentation par rapport au budget initial consacré à la compensation.
Face à cette situation, Moez Hadidane estime que l’État se trouvera confronté à un choix difficile. La première option consisterait à absorber la hausse en augmentant la facture des subventions énergétiques, ce qui se traduirait par un accroissement du déficit budgétaire et par un besoin supplémentaire de financement.
La seconde option serait de réactiver le mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants, qui permet de répercuter partiellement la hausse des cours internationaux sur les prix à la pompe. Ce mécanisme n’a toutefois plus été appliqué depuis novembre 2020, a rappelé l’analyste. Dans ce cas, les prix des carburants sur le marché intérieur pourraient connaître une hausse notable, avec des répercussions directes sur les ménages et les entreprises, soit une hausse des prix de 30% à la pompe.
Une telle décision risquerait également d’alimenter l’inflation, déjà sensible aux fluctuations des prix de l’énergie. La Tunisie importe en effet une grande partie de ses besoins énergétiques. Les importations d’énergie, qui s’élevaient à environ 13 milliards de dinars en 2025, pourraient atteindre près de 17 milliards de dinars si les prix internationaux poursuivent leur hausse.
Moez Hadidane a rappelé que la Tunisie dispose généralement de réserves stratégiques de pétrole couvrant entre 45 et 60 jours de consommation, ce qui pourrait permettre d’amortir temporairement un choc d’approvisionnement. Toutefois, si la crise internationale devait se prolonger au-delà de cette période, ses effets sur l’économie nationale deviendraient inévitables.
Au-delà de ces effets directs, l’analyste a souligné également des conséquences indirectes. Un ralentissement économique en Europe, principal partenaire commercial de la Tunisie, pourrait entraîner une baisse de la demande pour les exportations tunisiennes. Or, près de la moitié du commerce extérieur tunisien est orientée vers le marché européen. Une telle évolution risquerait d’aggraver le déficit commercial, de réduire les réserves en devises et d’exercer une pression supplémentaire sur le dinar.
Il a également évoqué les répercussions potentielles sur la notation souveraine de la Tunisie. Il a rappelé que certaines agences de notation avaient déjà averti que l’économie tunisienne restait vulnérable à de nouveaux chocs externes majeurs. Une prolongation de la crise internationale, combinée à une hausse durable des prix de l’énergie, pourrait ainsi fragiliser davantage les équilibres financiers du pays et conduire les agences à réévaluer leurs perspectives sur la note souveraine de la Tunisie, voire à adopter une position plus prudente quant à son évolution future.
N.J










